lundi 28 septembre 2020

Sortir du sentier



Peut-être que nous devrions sortir du sentier... Changer complètement notre façon de voir les choses.

On est dedans. Elle vient de nous frapper. On ne peut pas dire qu'on n'était pas préparé. On se le faisait dire depuis des semaines. Continuez de faire attention. Respectez les consignes sanitaires. On n'a pas écouté. On était trop pressé de retourner à notre vie d'avant. La deuxième vague est là.

Notre vie d'avant... Elle ne reviendra pas. Avant est passé. C'est maintenant que ça se passe. Et après, on verra.

On avait plein de bonnes et belles intentions au printemps. On disait : « il faut retenir quelque chose de cette pandémie », « il faut en profiter pour revoir / refaire / recréer le monde dans lequel nous vivons ». 

À peine quelques semaines plus tard, on était tous pressé de sortir de chez nous et de reprendre nos activités. On était déjà en train d'oublier nos bonnes intentions. 

Il y a quelques semaines, mon ami Pierre-Luc Lachance demandait: «... sommes-nous prêts à faire évoluer nos habitudes pour sortir de nos labyrinthes de certitudes et instaurer un réel changement durable... ».

J'en suis de moins en moins sûre. Ce n'est pas la majorité en tout cas. Des habitudes, c'est dur à changer. Des choses qu'on prenait pour acquises, c'est encore pire. On n'est pas capable de se projeter dans un nouvel univers, parce qu'on n'a jamais rien connu d'autres. On est assis dans notre confort. Chassez le naturel et il revient au galop. 

Dernièrement, tout ce que j'entendais autour de moi, c'est « ça vas-tu finir cette affaire-là». 

Mais non, ça ne finira pas. 

Qu'on le veuille ou non, il va falloir apprendre à faire les choses autrement. Alors, aussi bien collaborer et participer plutôt que de se faire imposer le futur. On peut rester là à se plaindre ou on peut tourner la situation à notre avantage. Personnellement, dans nos vies. Collectivement, aussi. Et ces changements devront devenir durables. Il n'y aura pas de retour en arrière.

Appuyer sur RESET, comme disait Pierre-Luc.

Moi, je dis : Sortons du sentier. Empruntons un nouveau chemin. Inconnu, incertain. Partons à l'aventure et laissons-nous transporter par la nouveauté. 

En fin de semaine, je suis allée me promener dans la montagne. D'habitude, j'emprunte toujours le même sentier pour monter au sommet puis redescendre. J'ai décidé de passer par un chemin différent en redescendant. Ça m'a pris un peu plus de temps pour revenir, je devais faire plus attention aux endroits où je posais les pieds, mais j'ai vu des paysages sous une nouvelle perspective, j'ai découvert d'autres sentiers. 

C'est sûr que ça m'a demandé un effort. Mais j'étais contente de moi en arrivant au chalet.

Et c'est là que je me suis dit que c'est probablement l'attitude à adopter par rapport à la situation actuelle.  Adoptons une nouvelle façon de considérer les contraintes. Je sais bien que la situation est loin d'être idéal en ce moment. Elle est même tragique pour certains. 

Mais l'occasion est là. Il ne faudrait pas la laisser passer, même si ça nous rend inconfortable.

Pour une fois, on a la chance de mieux « choisir à quoi et à qui (encore plus important) on consacrera du temps », comme le dit Clément Laberge.

Normalement, on était plutôt submergé par les événements de la vie, incapable de s'arrêter. Au lieu de se plaindre qu'on n'a pas le temps, on peut enfin ralentir. Ma grand-mère paternelle disait: « La vie est un festin de miettes ». Chaque petite chose compte pour se tisser un bonheur. C'est le moment de nous remettre cette maxime à l'esprit. On n'est plus habitué de meubler notre quotidien de petits plaisirs, trop habitués à courir. Il faut recommencer à le faire.

Faisons les sacrifices nécessaires avec un objectif en tête. Moi, c'est définitivement de passer plus de temps en famille, de prendre le temps de lire tous ces livres que je n'avais jamais le temps de lire, de cuisiner plus aussi (je sais, c'est cliché!). J'ai eu une période yoga au printemps. J'en fais moins. Mais je fais toujours du sport et mon 10 000 pas quotidien est devenu sacré. 

Et puis, je planifie mieux mes déplacements et mes achats. Est-ce que j'en ai vraiment besoin? Est-ce que je dois absolument aller acheté ceci aujourd'hui? 

Il nous appartient à tous d'être attentif et de poser des gestes qui viendront concrétiser nos bonnes intentions énoncées au printemps dernier. Poursuivons la réflexion. Quels changements durables voulons-nous faire dans nos vies? 

Pour répondre à la question, je pense qu'on a vraiment besoin de sortir du sentier et de mettre de côté tous les référents qu'on avait. Ils n'existent plus déjà ou ils n'existeront plus bientôt. Construisons le monde de demain. Hier n'existe plus.




dimanche 30 août 2020

La rentrée n'est plus ce qu'elle était

 


La rentrée n'est plus ce qu'elle était et ce n'est pas la faute de la pandémie. C'est la faute au temps qui passe et à nos enfants qui vieillissent. À mon ado qui grandit.

La rentrée scolaire a toujours eu quelque chose de magique. C'est un des grands moments de l'année. C'est un rituel important dans la vie des enfants (et de leurs parents). Reprendre le chemin de l'école pour retrouver les amis et faire de nouveaux apprentissages. 

Bien sûr, la rentrée signifie aussi le retour des devoirs et de la fameuse boîte à lunch. Ne vous en faites pas, vous savez comme moi qu'on y survivra tous!

Après les tumultes du printemps et le laxisme de l'été (lire ado qui passe le tiers de son temps à dormir, l'autre tiers au parc avec ses amis et le reste collé à son écran d'iPad), cela fait aussi du bien de retrouver une certaine routine.

Et c'est là que j'y viens. L'adolescence. Ma fille débute son secondaire 3. Pas de photo d'elle sur les médias sociaux cette année. (Alors qu'elle passe ses journées à faire des séances photos avec ses amies.) 

Elle ne voulait même pas que je fasse une publication pour dire à quel point je suis fière de son cheminement et lui souhaiter une belle rentrée. (Alors, j'ai fait pire et j'ai écrit ce blogue hahaha).

Vous comprendrez donc que la rentrée perd un peu de magie pour moi. Mais cela ne veut pas dire que ce n'est pas important.

Au contraire, cela est d'autant plus important. 

J'ai l'impression que c'est souvent quelque part, là, au tournant de l'adolescence que certains jeunes perdent de leur motivation pour l'école. Ma fille n'aime pas autant l'école que moi je pouvais l'apprécier. Elle a besoin d'encouragement et d'une bonne dose de « pep talk » pour persévérer, même si, au final, elle réussit très bien. Elle a besoin de sa vie sociale et parascolaire pour accepter ce qu'elle aime moins de l'école.

Alors, j'ai l'impression que c'est d'autant plus important de célébrer la rentrée. C'est d'autant plus important que je sois là pour l'aider et l'accompagner. L'aider à trouver ce qui est « cool » à l'école, l'aider à voir le positif dans ce qui lui semble contraignant, l'accompagner dans ses apprentissages scolaires, mais aussi dans ses découvertes de la vie d'adolescente.

Je laisse ici deux citations de Stéphane Laporte, écrites dans un billet sur la rentrée, publié dans La Presse en 2019, et qui me rejoignent particulièrement. Je l'ai ai souvent répété à ma fille.

«N'y allez pas pour vous trouver une place après, allez-y pour vous y faire une place maintenant.»

«À l'école, il y'a plein de trucs qu'on n'aime pas, mais il suffit de trouver un truc qu'on aime.»

Eh oui, l'école, il faut en profiter et vivre ce moment pleinement, intensivement, même si ce n'est pas toujours évident. C'est là qu'on jette les bases de notre futur, mais c'est aussi là qu'on apprend à apprécier les petites joies du quotidien.

C'est en cette rentrée scolaire que je me rends encore plus compte que le rôle de parent ne se termine jamais. Il change et se transforme. On s'adapte. 

Et, même si ma fille est maintenant en secondaire 3, je vais encore me plonger dans ses manuels scolaires  avec elle cette année. Je veux suivre ses apprentissages et l'aider à cheminer. Je pourrais la laisser aller mais ces moments de discussions et de complicité sont essentiels pour moi. On va rire, on va se décourager (à faire de l'algèbre), on va se créer des anecdotes, des souvenirs.

Au fur et à mesure que nos enfants grandissent, on grandit encore avec eux. C'est ce que j'apprécie le plus de mon rôle de parent.

Il y a quelque chose de déroutant et de sécurisant à la fois dans le fait de voir grandir ses enfants. Déroutant, surtout à l'adolescence, parce que je me souviens de ma propre adolescence et cela me projette immanquablement dans le passé. Sécurisant, parce que je vois ma fille gagner en autonomie, prendre sa place, développer sa personnalité, avoir des opinions, s'exprimer.

Alors, c'est parti! Tout est possible en cette nouvelle rentrée!


lundi 15 juin 2020

Normalité programmée




Ainsi, trois mois ont passé....


Le déconfinement est bel et bien entamé. La vie normale, pas tout à fait normale, reprend. Je suis définitivement remonté à la surface après le creux de vague de mon dernier billet alors que je cherchais les rayons de soleil.


Si je suis beaucoup plus positive face aux prochaines semaines, aujourd'hui, j'ai comme l'impression que nous sommes dans une sorte de « no man's land», un entre-deux. Pas tout à fait normal, mais pas tout à fait confiné non plus.


Je peux maintenant retourner chez la coiffeuse... avec un masque.

Je continue de faire mon épicerie une fois par semaine pour éviter de faire la file.

Je peux réserver une table dans un restaurant près de chez moi.

Je continue de faire des achats en ligne pour limiter mes déplacements. 

J'ai pu retourner quelques fois physiquement au bureau.

Je me suis habituée au confort de ma maison pour travailler.


Ma fille termine cette semaine ses travaux scolaires.

J'ai refais trois mois de secondaire 2 avec elle (mais nous avons surtout fait le plein de fou rire et « d'inside jokes » pour un bout). 

Nous pourrons prendre des vacances cette été.

Bye bye le forfait au Mexique. Gaspésie, je reviendrai te voir!

Le prêt de livre recommence le 25 juin à la bibliothèque municipale, sur réservation.

Cette semaine, via Zoom, j'assisterai à une conférence qui devait avoir lieu à Toronto.


Quand je sors, le petit moment d'hésitation est devenu une partie de moi. À chaque geste que je pose, je me demande si j'ai vraiment le droit de le poser. Ai-je besoin de me sentir coupable d'entrer à la pharmacie simplement pour m'acheter de la crème à main et une brosse à dent? Puis-je prendre ma voiture et rouler jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli pour aller marcher au bord du fleuve sans me demander si je fais un déplacement inutile?


En trois mois, on a eu juste assez de temps pour perdre certaines habitudes et s'en créer de nouvelles. Maintenant, il faut se déprogrammer et se reprogrammer pour autre chose, qui encore une fois est de l'inconnu.


Nous sommes « en liberté contrôlée », mais c'est quand même fou la vitesse à laquelle certaines habitudes reviennent rapidement.


Je m'étais dit, je n'irai plus dans les commerces le dimanche. Devinez qui était à l'épicerie dimanche soir juste avant la fermeture...


Qu'en est-il de nos bonnes intentions du début de la pandémie? Nombreux sont ceux qui ont écrit qu'il s'agissait d'un moment pour repenser le monde. J'y croyais. Je n'en suis plus si certaine.


Dans mon dernier billet, je disais que la spontanéité n'avait plus sa place et je viens tout juste d'écrire à propos du moment d'hésitation quand je sors à l'extérieur. 


Par contre, c'est quand même surprenant la vitesse à laquelle notre cerveau retrouve la spontanéité... tellement qu'on en oublie (presque déjà) qu'il faut encore faire attention. Vous lavez-vous autant les mains qu'au début de la pandémie? 


Je crois que certaines choses vont changer et qu'il faut tirer des leçons de la pandémie, de vraies leçons. Mais attention, chassez le naturel et il revient au galop. Je vois des gens autour de moi qui ont déjà recommencé à vivre « comme avant ». Ils sont trop contents de l'assouplissement des règles qu'ils font comme si il n'y en avait plus. Ils ont déjà oublié.


Si nous voulons que certains changements s'opèrent de façon durable, il faudra être très attentif et poser des gestes pour s'assurer de les pérenniser. Il faudra être lucide et constamment à l'affût. Quel est le bon que nous voulons garder? Quel est le moins bon que nous voulons éliminer? De quelle façon pouvons-nous assurer que les conclusions à tirer de cette pandémie seront les bonnes et qu'elles s'enracineront dans le temps?


Cela revient à chacun de nous de répondre à ces questions. Je n'ai pas de réponse. Je les pose tout haut pour rappeler qu'elles devront se poser. Si la pandémie nous a appris quelque chose c'est bien qu'il ne faut rien prendre pour acquis!




samedi 9 mai 2020

Cherchez le rayon de soleil



Ce soir, je relis le billet que j'ai écrit au début de la pandémie. Je me trouve tellement optimiste. Pas que je ne le sois plus. Ce billet ne fait que mettre en lumière toute la gamme des émotions par lesquelles je suis passée depuis bientôt deux mois (DEUX MOIS!).

Après ce premier billet, je m'étais dit que j'écrirais plus souvent. Puis, les jours ont passé et se sont enchaînés. Comme une suite de journées toutes pareilles. Comme une automate, je me suis mis au nouveau rythme et le temps a passé. Une semaine, deux semaines, trois semaines et ainsi de suite. Jusqu'à aujourd'hui.

J'ai vécu des journées de légèreté où je me sentais très bien. J'ai vécu des journées où je n'en pouvais plus d'être assise devant mon ordinateur de 9h à 17h, enchaînant les vidéoconférences les unes après les autres comme si c'était normal. J'ai vécu des journées de découragement total en voyant mon ado errer sans but dans la maison, se bornant à dire que l'école est optionnelle. Des journées d'inquiétude face au moral changeant et à la baisse de plusieurs proches.

J'ai pris des marches dans mon quartier en changeant de côté de rue quand je rencontrais quelqu'un. J'ai lavé mes mains avant et après être allée à l'épicerie. J'ai vécu la nouvelle façon de « scanner ses articles » et de les emballer à la pharmacie. J'ai vécu l'hésitation à toucher au dispositif pour mettre de l'essence dans ma voiture (un plein en 2 mois, pas mal).

La semaine dernière, je crois avoir atteint ma limite personnelle. On parle de plus en plus de surcharge cognitive et de fatigue mentale ou bien de « zoom fatigue », je peux témoigner que c'est bien vrai. Le télétravail est rempli d'avantages, mais les désavantages sont quand même là, surtout en ce moment. Et puis, en étant à la maison, les tâches quotidiennes deviennent omniprésentes. J'ai terminé la semaine complètement épuisée, sans énergie. J'avais déjà perdu le contrôle. Cette semaine, je me suis recentrée sur l'essentiel, j'ai revu mon horaire et la gestion de mon temps. Avec succès, heureusement.

Mais dans quel monde irréel vivons-nous maintenant?

J'ai cessé de regarder les statistiques sur les autres pays. Je me suis repliée dans la lecture de fiction plus légère et l'entraînement maison pour me changer les idées. Après avoir vu des projets se mettre en pause au boulot, j'ai vécu de la frustration. Puis, j'ai décidé de me concentrer sur le positif et ce qui avance. Il y en a quand même beaucoup. J'y reviendrai.

J'ai lu des tonnes de blagues sur la pandémie sur les médias sociaux. Au début, je riais aux éclats, puis je me suis mise à sourire et parfois, je me suis dit « ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle». N'empêche que l'humour aide à passer au travers et que ça aide à détendre l'atmosphère.

Car, c'est bien ça. La légèreté et les bonnes intentions du début ont fait place à des inquiétudes et des questionnements pour la suite. Le ton a changé. Notre attitude face à la situation a changé aussi. La normalité, plus personne n'y croit.

Nous avons été confiné. Nous avons (plus ou moins) réappris à vivre. Maintenant, nous avons peur d'être déconfiné, car nous avons perdu tous nos repères en société. Nous devrons revoir nos comportements, nous devons réfléchir avant de poser des gestes qui nous étaient tout à fait naturels auparavant. La spontanéité n'a plus de place.

Nous avons réappris à apprécier notre foyer. Une fois le grand ménage du printemps fait, les recettes de Ricardo testées, pour ceux qui en avaient le temps, que reste-t-il? Personnellement, j'ai trouvé le temps de participer à un concours de photos sur Instagram pour me sortir encore plus de ma zone de confort et me changer les idées. Oublier un peu la situation. Comme plusieurs, je tente de me créer une nouvelle vie et de me convaincre qu'on est bien ainsi.

J'ai toujours été plutôt du genre cocooning le soir et les fins de semaine. J'ai aussi besoin de moment seule avec moi-même. En contre-partie, j'ai toujours été entouré de gens dans ma vie professionnelle et j'ai toujours déclaré présente lors des événements sociaux importants. Je ressens de plus en plus cette coupure de mon réseau de contacts. Ce n'est pas si évident de maintenir le lien et les interactions en ce moment.

Cette semaine, j'ai fait un passage au bureau pour un après-midi. J'étais arrivé au point où je devais changer d'air. Je savais que le lieu était accessible et sécuritaire. Je n'ai jamais été aussi contente de parler quelques minutes avec le gardien de sécurité et le concierge! Pendant le trajet en voiture, le long du boulevard Champlain, j'avais presque l'impression de revivre et d'être dans une vie normale.

Il faut se le dire, nous sommes de plus en plus impatient face à la situation. Rester à la maison, c'est bien beau, mais ce n'est pas sensé être ça la vie. Nous sommes de plus en plus impatient de reprendre une sorte de vie sociale, hors écran. Pourtant, cela n'arrivera pas tout de suite. Ne nous faisons pas de cachettes. L'avenir est incertain et surtout inconnu.

Je vis dans une montagne russe.

Si en mars, nous voulions mettre des arc-en-ciel dans nos vies. Aujourd'hui, nous sommes rendus au point de simplement chercher un rayon de soleil. Tant pis pour les arc-en-ciel qui semblent inatteignables. Je crois que cela sera la clé pour la suite.

Soyons attentifs à nos états d'âme. Ne pas les garder en dedans. Il faut se rappeler qu'il vaut mieux transformer l'inconfort en opportunité. Chercher le positif dans les détails du quotidien. À la fin de la journée, prendre un temps d'arrêt pour relaxer, se demander ce qu'on a fait de bien dans la journée et ce qu'on voudrait améliorer pour demain.

S'accrocher à un rayon de soleil, c'est ce que nous pouvons faire de mieux pour le moment.



dimanche 12 avril 2020

Cette ruralité qui m'habite


J'avais cette idée de blogue depuis des mois, mais je n'arrivais pas à l'écrire. Et voilà qu'une idée pour l'après pandémie lancé par mon ami Clément m'a finalement donné l'élan qui me manquait pour le faire.

J'ai grandi sur une ferme laitière, à la campagne. J'ai grandi entre la plaine et le fleuve, bercée par les marées et les vents dominants de l'ouest.

Grandir à la ferme, ça veut dire vivre au rythme des saisons, vivre selon l'horaire des animaux, profiter du grand air et de grands espaces de jeu. Cela veut dire apprendre à cultiver la terre, à cuisiner des aliments frais, à reconnaître les espèces, les races, de la faune et de la flore.

Cela veut dire travailler de longues heures sans compter, mais toujours avec passion. Les agriculteurs sont des entrepreneurs qui font prospérer leur entreprise à la sueur de leur front, en étant à la merci des aléas de la nature.

Je me plais aussi à citer que des études ont déjà établi une corrélation entre la résistance aux allergies ou l'auto-immunité et l'exposition pendant l'enfance à des fermes ou à la vie à la ferme.

Et puis, on parle souvent des valeurs associées à la campagne: l'entraide, le partage, la persévérance, la simplicité de vivre, l'authenticité, etc.

J'ai toujours été convaincue que la ruralité avait contribué largement à faire de moi la personne que je suis. Je suis sortie de la campagne depuis quelques décennies maintenant mais jamais, cette fierté de la ruralité ne sortira de moi.

Je suis sortie de la campagne parce que la ville m'appelait aussi. Mais n'empêche que le besoin du fleuve et de la plaine se font régulièrement sentir chez moi.

« ... quand t'as goûté à l'air de la campagne, tu y reviens, tu finis par y revenir. »               - Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion 

L'odeur du foin fraîchement coupé, les balles de foin qu'on entre dans la grange en pleine canicule, les vaches que l'on traie, les veaux qu'on fait boire au biberon, les chats qui courent partout dans l'étable, le harfang des neiges qui revient à chaque hiver, les oies blanches qui passent au printemps et à l'automne. Les promenades en tracteur, le temps des récoltes, les pique-nique aux champs, la pêche à l'anguille. Entendre le camion arriver pour venir chercher le lait, aller porter le grain récolté à la meunerie locale, faire du fromage maison, etc.

Quand je circule sur les routes du Québec rural, je ressens un profond respect pour ces hommes et ces femmes qui se donnent corps et âme à l'agriculture. Ne perdez pas patience quand vous êtes « coincés » derrière un tracteur qui roule trop lentement à votre goût, soyez fiers de celui qui le conduit et qui travaille pour vous nourrir.

Le Québec rural fait partie de notre histoire, de notre patrimoine. Il est encore essentiel aujourd'hui et il le sera toujours. Pourtant, trop souvent, je trouve qu'on le sous-estime.

De plus en plus de Québécois n'ont aucun membre de leur famille qui possède une ferme. Je suis maintenant du nombre. Cela me manque. Cela me manque terriblement.

Privé de l'entraide familiale d'autrefois, le Québec agricole dépend aujourd'hui de la main-d'oeuvre étrangère pour fonctionner. C'est triste et beau à la fois.

Et puis, trop peu de Québécois peuvent aujourd'hui bénéficier d'un véritable contact avec la terre, vivre l'expérience agricole pour vrai. L'émission Arrive en campagne présentée à TVA peut sembler anecdotique, mais pour moi, elle représente une belle vitrine pour la campagne. Tout comme, le Salon de l'agriculture, de l'alimentation et de la consommation, organisé à chaque année par des étudiants de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval.

Depuis quelques semaines, en pleine pandémie, la nécessité d'avoir une agriculture locale forte, innovante, créative est plus valorisée que jamais. Je suis heureuse que cette réalité revienne à l'avant-plan de l'actualité. Nos agriculteurs qui remplissent le garde-manger du Québec sont des entrepreneurs ingénieux qui ont besoin qu'on reconnaisse leur travail.

Ceci est un long détour pour revenir à l'idée de mon ami Clément. Mais voilà, cette semaine, il suggérait d'instaurer un service agricole obligatoire pour tous les jeunes Québécois.

« Ce serait une façon de prêter main forte aux agriculteurs et agricultrices québécoises (qui autrement dépendent de la main d'oeuvre étrangère), de développer des connaissances de bases en agriculture, et de mieux comprendre le circuit alimentaire, de la terre à notre assiette. »

Depuis longtemps, je me dis que tous les jeunes Québécois devraient avoir la chance de vivre une véritable expérience agricole de quelques semaines ou quelques mois dans leur vie. Pour voir, sentir, toucher, respirer, goûter, cultiver, récolter, élever, découvrir.... pour changer leur vie.

Je n'ai aucune idée de la façon dont cela pourrait se concrétiser. Mais il m'apparaissait important de le souligner ici. Pour qu'on n'oublie pas après la pandémie et que la valorisation du monde agricole soit durable.


Autre lecture sur le sujet:
- Grandir la ferme : la garderie dans le champ
- Une histoire de famille depuis 1769



vendredi 27 mars 2020

Suivez l'arc-en-ciel...




Depuis le début de l'année 2020, j'avais accumulé plusieurs brouillons de billets de blogue, jamais publiés, jamais terminés. Soudainement, ils n'ont plus aucune importance. Tout ces sujets semblent futiles.

Depuis deux semaines, notre vie a basculé, tout prend un nouveau sens. Jamais, on n'aurait pu prévoir une telle situation. Surréaliste, inimaginable, les adjectifs manquent pour décrire ce que nous vivons. C'est de la science-fiction, avons-nous envie de dire.

Deux semaines, le temps de perdre l'équilibre, de s'adapter à la vitesse grand V à une nouvelle réalité et de se créer de nouveaux repères, de maintenir la routine sans la routine.

Deux semaines, c'est le temps que ça m'a pris pour réaliser vraiment ce qui se passe (est-ce que je le réalise vraiment?). Vivre dans l'incertitude, sans contact physique, avec des déplacements très limités, cela apparaissait tout simplement impossible. Et pourtant, on y arrive et on persévèrera.

Isoler, chacun chez soi. Plus solidaires que jamais.

Chaque matin, je me réveille en pensant que le cauchemar est terminé. #not

Puis, tout s'enchaîne. Télétravail, gestion familiale, les repas, petite marche dans le quartier, etc.

Un rendez-vous journalier avec Justin Trudeau et un autre avec François Legault. Ils nous livrent la nouvelle réalité du jour, ordonnent à ceux qui n'ont pas encore compris la gravité de la situation de rester chez eux, tout en nous offrant un « peptalk quotidien » pour nous aider à garder le moral.

Le soir venu, je tente de m'éloigner de l'ordi, des réseaux sociaux, de la télé. J'ai besoin d'une pause pour donner de l'oxygène à mon cerveau. Je n'y arrive pas toujours (comme en ce moment). Je finis par prendre un livre papier et à décrocher un peu.

Notre vie a changé. Les priorités d'il y a deux semaines ne sont pas les priorités de cette semaine. Les déplacements que l'on jugeait essentiel ne le sont plus tellement. Les achats compulsifs que l'on faisait sont devenus un « pensez-y bien » (à moins que vous vous défouliez sur les boutiques en ligne).

Je planifie chaque sortie méticuleusement. Je n'ai jamais aussi bien planifié les menus de la semaine et ma liste d'épicerie. À l'épicerie, je prends ce dont j'ai besoin et je me dépêche de sortir. J'ai fait mes achats pour deux semaines (du jamais vu!). Et j'ai décidé d'aller au même supermarché pendant toute la durée de la crise pour éviter de fréquenter plusieurs endroits.

Je n'ai jamais autant apprécié le confort de mon foyer, mon emploi pas menacé par la crise, le fait que ma fille réussisse bien à l'école (et qu'elle ne soit pas en danger d'échec malgré la coupure scolaire), le fait que notre société soit remplie de personnes dévouées qui assurent les services essentiels, juste le fait d'être en bonne santé et de vivre au Québec, au Canada, des sociétés solides qui ont à coeur leurs citoyens.

Je réalise qu'on a pris beaucoup de choses pour acquises. Notre confort, notre liberté, mais aussi la santé publique. Pour nous, une épidémie, c'était dans le temps de la Nouvelle-France, quand les gens mouraient du choléra. Nous avons bien beau avoir fait avancer notre société (industrie, technologie, science, éducation, etc.), la nature nous a rattrapé.

Cette tempête prend des allures de grand « wake-up call » collectif. Recentrons-nous sur l'essentiel. Dans l'urgence. Dans l'inquiétude. Avec de multiples contraintes. Mais revenons à la base.

Combien de fois avons-nous souhaité ralentir le temps? Le Québec est sur pause. Prenons le temps. Prenons ce temps. Même si ce n'est pas le meilleur contexte. Pour réfléchir. Pour être créatif. Pour apprécier tout simplement. Cuisiner, bricoler, apprendre, lire, découvrir, d'une nouvelle façon. Transformons l'inconfort en opportunité.

Il y aura un avant et un après pour notre société. Il y a des choses qui vont changer à tout jamais, pour le mieux, je l'espère. L'heure n'est pas encore au bilan. Vivons l'instant présent. Comme aucun autre moment que nous avons vécu avant.

La vie continue. Il ne faut pas l'oublier. Créons-nous de nouveaux repères, personnels et sociaux.


En terminant, pour détendre l'atmosphère, voici quelques-unes des phrases « savoureuses » que j'ai entendu cette semaine. Notez que c'est toujours la même ado qui est citée.

« Dans l'ancien temps, quand on pouvait aller "chiller" à Place Laurier. »
- une ado en manque de vie sociale

« À venir dans les cours d'histoire, les époques revues: préhistoire, renaissance, époque contemporaire, coronavirus...»
- une ado qui pense quand même un peu à l'école

« Au moins, on a de l'eau potable et de l'électricité [ndlr. incluant internet]. »
- une ado qui pense aux choses essentielles de la vie

« Je suis dans mon laboratoire anti-coronavirus. »
- une ado qui reste dans sa chambre à longueur de journée #distanciationsocialeX1000


On est capable. Tous ensemble. Ça va bien aller!

samedi 15 février 2020

Prendre le bus



Je l'ai mentionné dans mon bilan de l'année 2019. J'ai commencé à prendre l'autobus pour aller au travail. Cela demande quelques compromis mais l'expérience est quand même concluante jusqu'à maintenant.

Je tenais donc à vous partager mes constats plus en détails.

Tout d'abord, je dois dire que pendant les cinq années où j'ai habité à Ste-Foy, j'avais littéralement adopté le transport en commun. Puis, quand j'ai déménagé à Lévis (secteur St-Jean-Chrysostome), j'avais fait une croix sur cette option. Cela fait maintenant plus de 15 ans que j'habite la rive-sud et que je travaille à Québec. Cela n'est pas prêt de changer (pour des raisons familiales surtout).

J'avais souvent regardé les trajets d'autobus à partir de la rive-sud pour aller à Québec. Chaque fois, j'avais rejeté le tout du revers de la main en me disant que c'était trop compliqué. Mais là, j'avais vraiment envie de donner une chance au coureur. D'autant plus que quelques conditions favorables étaient désormais réunies.

L'hiver dernier, j'ai changé d'emploi. J'ai recommencé à avoir des horaires de travail plus réguliers sur la Colline parlementaire. De plus, ma fille est maintenant au secondaire. Le matin, elle peut se préparer seule pour l'école et le soir, elle peut s'occuper avant mon retour du travail. Cela m'amène une certaine flexibilité dans mes déplacements puisque je n'ai plus à aller à reconduire (et chercher) à l'école et qu'elle peut rester seule à la maison.

Donc, je me suis mise à analyser les trajets et à évaluer toutes les possibilités. Je suis presque rendue une spécialiste des trajets de la Société de transport de Lévis. J'ai commencé à faire des essais de trajets au printemps 2019 et au cours de l'été dernier. À l'automne, j'ai pris le bus de façon plus régulière. Et depuis le début de l'année, je compte sur les doigts d'une main les fois où j'ai pris ma voiture pour me rendre au travail.

En février, j'ai acheté pour la première fois un laisser-passez mensuel de la Société de transport de Lévis. Le calcul m'a montré que c'était devenu plus avantageux. Je garde aussi sur ma carte Opus des billets à l'unité du Réseau de transport de la Capitale, puisque c'est toujours pratique d'en avoir en réserve.

Mes déplacements

Tout au long de mes essais, les facteurs les plus déterminants pour moi ont été le temps et la simplicité d'utilisation (peu de transfert, horaires flexibles). Après de nombreux tests de parcours, je crois être arrivée à un modèle satisfaisant.

Je précise tout de suite que, dans tous les cas, je dois utiliser à la fois la voiture et le bus comme moyen de transport. Il y a un stationnement incitatif à 10 minutes de chez moi que j'ai maintenant adopté. C'est donc là que je me rends à chaque matin.
  • Je peux prendre un bus Express vers la Colline qui passe à cet arrêt à 7h26, 7h40 ou 8h22. Je débarque à l'arrêt du Grand Théâtre et je marche jusqu'au bureau. Le trajet prend environ 30-45 minutes. Cette option matinale est la meilleure, d'autant plus que le trajet est généralement plus court que si je prenais ma voiture. 
  • Si je veux partir plus tard ou si je manque l'Express, je prends la L2, qui est l'équivalent du Métrobus pour Lévis. Je débarque devant le CHUL et je monte dans un 800 ou 801 pour faire le reste du trajet. Le trajet prendre entre 40 et 55 minutes. Plus long, car il y a plus d'arrêts et un peu d'attente entre les deux (mais jamais plus de 5 minutes jusqu'à maintenant).
  • En fin de journée, je peux revenir jusqu'à ma voiture en prenant l'Express de retour. Je dois alors quitter le bureau à 16h30 ou 17h et marcher jusqu'au Centre des congrès. Le trajet dure environ 50 minutes + le 10 minutes pour revenir chez moi. Ce qui est la même durée que si j'étais en voiture à cette heure-là.
  • Si je termine plus tard (ce qui m'arrive au moins une fois par semaine), je dois prendre le Métrobus avant de transférer dans la L2. C'est la seule option où le trajet est plus long que si j'étais en voiture (50 minutes vs 30 minutes pour revenir du centre-ville). En dehors des heures de pointe, l'auto est plus rapide. 
Avantages et inconvénients

Après des années à avoir été coincée dans le trafic dans ma voiture, je vois plusieurs avantages à prendre le bus. À commencer par le fait de ne plus être au volant pour tout le trajet! Je me laisse conduire. Mon niveau de stress a diminué. Surtout en fin de journée, j'arrive beaucoup plus reposée à la maison.

Je peux lire pendant le trajet (wow! J'ai recommencé à lire de façon compulsive depuis que je prends le bus). J'ai de la difficulté à faire des suivis courriel ou autres sur mon téléphone parce que ça finit par me donner le mal des transports mais c'est quand même un avantage possible et occasionnel.

Je suis aussi plus active physiquement. Je marche plus quand je prends le bus (c'est bon pour mon objectif de 10 000 pas par jour!).

Par contre, cela me demande plus de discipline. Le bus passe à l'heure indiquée, une minute de retard et je le manque. Je dois donc m'arranger pour être prête à partir à l'heure. Pas de procrastination le matin et pas de « je termine cela avant de partir » le soir. Au début, cela m'irritait. Je me suis habituée.

Je trouve aussi cela un peu plate de faire partir ma voiture pour 10 minutes de route (surtout en hiver, elle a à peine le temps de réchauffer) mais cela fait partie des compromis acceptables.

Mes conclusions

Outre ces constats personnels, les conclusions plus sociales que je tire de l'utilisation du transport en commun sont les suivantes:

  • Le besoin pour du transport en commun à Lévis est réel et grandissant. Les bus sont très souvent pleins (ne vous fiez pas à la photo qui a été prise pendant les vacances de la construction l'été dernier). Il devrait y avoir encore plus de stationnements incitatifs.
  • Plusieurs aménagements urbains sont mal adaptés pour les piétons (absence de trottoirs ou mauvais éclairage près des arrêts, arrêts mal déneigés en hiver, lumière pour piétons qui prennent un temps fou à changer et qui peuvent faire en sorte que vous manquer votre bus). Cela est vraiment dangereux dans certains cas.
  • Comme je marche plus aussi, je me rends encore plus compte à quel point certains automobilistes peuvent être impatients envers les piétons. 
  • Les chauffeurs du RTC ne sont pas toujours courtois envers les chauffeurs de la STL comme si ils ne faisaient que les tolérer sur leur territoire et n'acceptaient pas de partager leur voie réservée avec eux.

À long terme

Ma démarche a été progressive. J'ai fait des essais avant d'être convaincue car j'étais des plus sceptiques.

Finalement, je dois dire que je me vois vraiment continuer à prendre le bus à long terme. J'y ai pris goût! Je suis beaucoup plus zen dans mes déplacements.