vendredi 27 septembre 2019

La transformation numérique est en marche… vous embarquez?


La semaine dernière, j'ai eu l'occasion de présenter une conférence lors de l'événement ProTIC19, organisé par le Technocentre des technologies de l'information et des communications. Il s'agit d'un événement annuel qui réunit plusieurs professionnels oeuvrant dans le secteur numérique dans la région de la Gaspésie.

Dans ma vie passée, chez Québec numérique, j'avais déjà eu l'occasion de côtoyer plusieurs des personnes présentes et surtout de vivre le dynamisme de la communauté numérique gaspésienne. C'était donc un honneur pour moi de me rendre sur place à Carleton-sur-mer pour participer à l'événement. Je les remercie d'ailleurs pour l'accueil chaleureux.

L'organisation m'avait sollicitée pour présenter les différentes stratégies numériques qui sont actuellement en vigueur au gouvernement du Québec, et qui touche plus particulièrement la région de la Gaspésie.

Comme la conférence n'a pas été enregistrée ni webdiffusée, je prends le temps de reproduire une partie de mes propos au bénéfice du plus grand nombre, en plus de rendre disponible ma présentation en format PDF.

D'entrée de jeu, j'ai tenu à rappeler qui je suis. Oui, je suis aujourd'hui conseillère politique pour le ministre délégué à la transformation numérique gouvernemental du Québec, mais il y a longtemps que je baigne dans l'univers numérique. Il s'agit d'un sujet qui me passionne. Je crois sincèrement aux effets positifs que peut avoir l'intégration des technologies et je m'en fais une ardente défenderesse depuis des années. Je suis dans une philosophie d'actions; chaque geste compte et à le potentiel de faire boule de neige.

Les technologies et le numérique sont bien présents au gouvernement du Québec. La gouvernance a été jusqu'à maintenant très décentralisée. Il est parfois difficile de s'y retrouver parmi tous les projets en cours dans les différentes ministères et organismes. C'est un choc que j'ai eu en arrivant au cabinet du ministre Éric Caire.

Par contre, je sens que nous vivons actuellement un tournant. Nous sommes à l'aube de quelque chose. La volonté d'avancer plus vite dans la transformation numérique semble là et surtout d'avancer avec de plus en plus de cohérence, de collaboration et de partage à l'intérieur de la communauté gouvernementale. Il y a un intérêt et une curiosité en tout cas. C'est positif.

Je me permets de parler aujourd'hui de communauté gouvernementale. Cependant, jusqu'à maintenant, les stratégies / plans d'actions / politiques en lien avec le numérique avaient été des initiatives plutôt sectorielles (culture, éducation, économie, etc.) avec des objectifs d'accompagnement à l'utilisation du numérique, de maillage entre les acteurs sectorielles, de collaboration et de partage avec la communauté, de développement économique.

Premier plan numérique à avoir été adopté en 2014, il se poursuit jusqu'en 2021. Il vise principalement l'accompagnement et l'appropriation du numérique au sein des organismes culturels, ainsi que la visibilité et le rayonnement des contenus culturels.

J'ai notamment mentionné la stratégie d'accompagnement Culture/NumériQC offerte gratuitement à l'ensemble des acteurs du secteur culturel (mesure 99 du plan) et le nouveau Réseau des agents de développement culturel numérique (ADN) (mesure 120) qui vient d'être créé. Ce réseau vise à offrir un soutien supplémentaire aux différents milieux culturels, spécialement en ce qui concerne le développement de la culture des données. C'est deux mesures m'apparaissent très intéressantes étant donné qu'elles visent la gestion du changement et l'accompagnement dans l'appropriation de nouvelles pratiques.
Lancé en grande pompe en juin 2018, le Plan d'action numérique en éducation poursuit son déploiement. Il vise à la fois le développement des compétences numériques chez les apprenants, jeunes ou adultes, la valorisation du numérique comme outil dans les pratiques d'enseignement et la mise en place d'environnement propice au déploiement du numérique dans les écoles. 

L'un des jalons importants du PAN est le Cadre de référence de la compétence numérique qui a été publié en avril dernier. J'avais d'ailleurs rédigé un billet à ce moment pour saluer cette initiative. Le cadre devient un guide pour le milieu scolaire mais aussi pour le marché du travail et les secteurs de la formation continue. Il met notamment à l'avant la notion d'agir en citoyen éthique à l'ère du numérique et le développement des habiletés technologiques.

Plusieurs formations (auto formations et we binaires) ont été produites afin d'appuyer les enseignants et les gestionnaires scolaires dans l'appropriation du numérique. Ils sont toujours disponibles en ligne. Une journée d'initiation du numérique en éducation pour les débutants est aussi en préparation pour le 8 novembre.

Ce nouveau plan lancé en février 2019 contient plusieurs mesures en lien avec la formation des travailleurs afin d'intégrer le plus grand nombre de personne au marché du travail, d'adapter la main d'oeuvre actuelle, de préparer la main-d'oeuvre du future et d'accroître la productivité des entreprises. 

Le plan propose par exemple le remboursement de 85% des frais de formation des travailleurs liée à l'acquisition de nouveaux équipements plus modernes et technologiques dans les entreprises. La formation en lien avec l'intelligence artificielle sont aussi soutenue par le plan. 

Lorsqu'on pense aux actions en économie, on pense immédiatement au programme Québec branché, qui vise le branchement des villes et régions à Internet haute vitesse. Ce programme se poursuit actuellement et il fera bientôt place à un nouveau programme Québec Haut débit, annoncé dans le budget provincial 2019-2020.

Le Plan d'action en économie numérique compte plusieurs mesures d'aide financière pour les entreprises du Québec. Il faut surveiller les appels à projets qui sont publiés régulièrement pour voir le potentiel d'activités économiques nouvelles. Il se décline en 5 axes qui vise entre autres à stimuler les innovations par les technologies et les données et à renforcer la position du secteur des TIC comme chef de file mondial.

Un axe vise l'accélération de la transformation des entreprises et l'adoption du commerce électronique. J'ai d'ailleurs mentionné le programme Virage numérique pour les détaillants québécois, qui a déjà permis à plusieurs entreprises du secteur du commerce de détail de prendre le virage au cours des derniers mois.

Même si elle ne constitue pas une stratégie officielle au même titre que les autres, je tenais à mentionner le programme EDNET, mis en place par le ministère du Tourisme et administré par les associations touristiques régionales (ATR). Chaque ATR déploie le programme de façon individuelle. Les organismes touristiques (à but lucratif ou non) peuvent obtenir de l'aide financière sur deux volets: déterminer leurs besoins en lien avec le développement numérique (diagnostic) et réaliser des projets précis.

Ce qui a changé depuis octobre 2018?
Le Québec a maintenant un ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, et une Stratégie de transformation numérique gouvernementale a été lancé en juin. Cette stratégie offre une vision gouvernementale, qui deviendra commune à l’ensemble des ministères et organismes. 

Elle vise à rallier l’ensemble de la communauté gouvernementale autour d’objectifs communs. D’ailleurs, des plans de transformation numérique ont été demandé à chacun au cours des derniers jours. Ils seront mis en commun pour présenter un portrait gouvernemental.

Ces actions visent au final à établir une plus grande cohérence dans le développement du numérique au gouvernement du Québec, à favoriser la mise en commun des ressources et projets, à concerter les actions afin de réduire les dédoublements et les décisions prises en silo. Ces actions visent à mobiliser tous les acteurs dans un mouvement de changement. 

Je dois dire que je suis très optimiste par rapport à la Stratégie. Il est si facile de faire preuve de cynisme. Je crois qu’il faut se donner une chance de réussir. Nous avons pensé la Stratégie comme un tout ambitieux mais réaliste à la portée des organisations gouvernementales mais aussi externes au gouvernement, comme les municipalités. Elles aussi pourraient choisir d’adhérer à nos ambitions et cibles.

La Stratégie est accompagnée de 16 mesures clés qui sont en train de se déployer, comme le lancement d’une offre de formation sur le numérique, le modernisation du cadre légal, la mise en place de plateforme à portée gouvernementale (notamment une plateforme de consultation publique à propos de laquelle je vous donnerai plus d’information sous peu). 

Un baromètre numérique sera même produit afin de permettre au public de suivre la progression de la transformation numérique de l’État.

Le Centre québécois d’excellence numérique (CQEN)
Dans la foulée du lancement de la stratégie, un accélérateur pour propulser la transformation au sein du gouvernement du Québec a été créé : le CQEN, une unité du Secrétariat du Conseil du Trésor. Le mandat du CQEN est d’accélérer et de faciliter la transformation numérique en favorisant le partage et la collaboration.

L’équipe travaillera sur plusieurs fronts en lien avec la gouvernance, les compétences, l’innovation, l’architecture, la gestion et la sécurité de l’information, la performance. L’un des objectifs du CQEN est aussi de se rapprocher de l’écosystème numérique. J’ai donc profité de ma conférence (et je le redis ici) pour transmettre le message que le gouvernement du Québec s’ouvre à la communauté. Les échanges avec le milieu sont importants pour nous et nous voulons les accroître.

Dans l'actualité
Je ne pouvais pas passer sous silence certains dossiers plus d'actualités qui concernent le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale: 

  • la plateforme d'authentification et d'identification gouvernementale, Accès UniQC, pour laquelle le dossier d'affaires est en préparation; 
  • les travaux en cours afin de renforcer la sécurité de l'information, qui passe notamment par la création d'une unité de cyberdéfense et qui donnera lieu à la publication d'une Politique québécoise de cybersécurité;
  • le projet de loi no37 visant principalement à instituer le Centre d'acquisitions gouvernementales et Infrastructures technologiques Québec et qui signifie la dissolution du Centre de service partagé du Québec (CSPQ).

Le mot de la fin
Au final, le message que je voulais passer est que nous avons tous un rôle à jouer dans la transformation numérique du gouvernement et de notre société. Il revient à chacun d'emboîter le pas et de devenir un agent de changement, un agent mobilisateur dans son milieu. Il est facile de critiquer mais le numérique passera par des convertis qui auront un discours assez forts et convaincants pour entraîner d'autres personnes dans la vague. Le numérique n'est plus une option, il est un allié de taille pour notre société. À nous de nous l'approprier à bon escient pour en faire un accélérateur, un outil d'efficacité et de mobilisation. 


En terminant ce billet qui est déjà beaucoup trop long, je tiens à dire que j'ai été encore une fois agréablement enchantée par le dynamisme gaspésienne. Cette communauté tissée serrée développe des projets incroyables compte tenu du contexte territorial pas toujours évident. La Gaspésie est d'ailleurs la seule région administrative du Québec a avoir mis en place sa propre Stratégie numérique. Bravo!

* Crédit photo: La nomade photographie


lundi 2 septembre 2019

Cacher ce cellulaire que je ne saurais voir...


Ce n'est pas la première fois que j'écris au sujet de l'éducation et de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication, au sujet de l'usage qu'en font nos jeunes et de l'importance des les accompagner pour qu'il en fasse un usage adéquat. Ces sujets m'intéressent au plus haut point.

Le 28 avril dernier, j'écrivais:
«... ce n'est pas parce que tout se transforme autour de nous que nous savons comment utiliser ces outils à bon escient. Il y a toujours deux côtés à une médaille: ils peuvent propulser votre carrière en avant ou la détruire à tout jamais. Le meilleur et le pire peuvent arriver avec le numérique. Voilà pourquoi il devient si déterminant d'apprendre à s'en servir intelligemment, adéquatement, de façon éthique... ».
Cela vaut autant pour les jeunes que les adultes.

Dans ce domaine, ma philosophie a toujours été et demeurera: éduquer plutôt que censurer. En 2006, je produisais d'ailleurs un magazine qui en faisant son thème principal. Le magazine l'École branchée poursuit aujourd'hui sa mission de promouvoir l'usage pédagogique du numérique à l'école.

À l'occasion de la rentrée scolaire, le Journal de Québec se penche sur l'usage du cellulaire à l'école. On généralise en parlant d'interdiction du cellulaire dans des écoles en France. Ce n'est pas clair si les autres appareils technos sont aussi interdits. Ce n'est pas clair si les élèves ont quand même des cours d'informatique (ou des cours où les appareils sont permis) afin d'acquérir certaines notions. Ont-ils l'occasion de s'initier à la robotique et à la programmation? Les réponses viendront peut-être dans la suite prévu cette semaine.

Pour le moment, je choisis de retenir de ce dossier la citation suivante (qui est très très loin dans le texte, surtout dans la version en ligne):
« Le cellulaire est un problème majeur, mais en interdisant, est-ce qu'on éduque vraiment? On s'imagine qu'on a réglé le problème, mais ce n'est pas le cas. »
Cette citation est de Thierry Karsenti, professeur à l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation.

Elle vient résumer la problématique. Oui, il existe un urgent besoin d'outiller les jeunes dans l'usage qu'ils font de leurs appareils électroniques. Il y a un temps pour chaque chose et chaque chose en son temps. Par contre, en interdisant tout simplement, on se ferme les yeux et on passe à côté d'une excellente occasion de sensibiliser.

Interdire dans certaines situations, d'accord. Mais interdire mur à mur, non.

Des règles simples peuvent être mises en place par les écoles (comme cela peut aussi être le cas à la maison).
  • En classe, par exemple, l'utilisation d'un appareil comme un iPad, un ordinateur ou un cellulaire peut être réservé uniquement pour les tâches scolaires. Si on en a pas besoin pendant un cours donné, on le laisse à la porte dans un contenant prévu à cet effet ou dans son casier.
  • Au début du cours, tous les appareils sont éteints (en mode veille).
  • Les notifications sont désactivées en tout temps à l'école.
  • L'utilisation des appareils est permise dans certaines zones de l'école seulement.
  • Une charte est signée par les élèves en début d'année scolaire (utilisation éthique, sécuritaire et responsable dans le respect des autres personnes dans l'école).
Ces exemples sont tirés des règles d'utilisation signés par moi et ma fille en début d'année scolaire dans l'école qu'elle fréquente. Elle est dans un programme de langues internationales dans une école publique et la majorité de ses "cahiers scolaires" sont numériques.

Les temps ont changé

Encadrer, accompagner, cela implique d'abord de reconnaître que les technologies sont là pour rester. Ben oui! La transformation numérique est sur toutes les lèvres dans plusieurs sphères de la société. Les reproches à l'effet que l'école n'a pas beaucoup changé depuis un siècle sont pourtant légions. Le monde a changé. L'école doit s'adapter et devenir un reflet de la société.

Dans les médias d'aujourd'hui, je choisis surtout de retenir le texte de Marc-André Girard, directeur des services pédagogiques du Collège Durocher de Saint-Lambert, publié dans La Presse Plus. Prenez le temps de le lire au complet, mais en voici un résumé.

« Essentiellement, il s'agit de comprendre et surtout d'accepter que les technologies soient ancrées dans la vie de nos élèves et que, bien qu'il faille reconnaître les dangers de dérives, il y a néanmoins un énorme potentiel à exploiter pour enrichir autant la démarche pédagogique que celle liée à l'apprentissage. »

Dans son texte, il rappelle que les enseignants jouent un rôle de premier plan pour aider les jeunes à développer leur esprit critique, pour qu'ils apprennent à faire une utilisation réfléchie des technologies, pour qu'ils deviennent des citoyens avisés à l'ère du numérique. Bref, l'école n'a pas à être ou à devenir une cloche de verre sous laquelle les élèves sont isolés du reste du monde.

« Ce n'est donc pas en interdisant les outils qui sont pourtant utilisés et valorisés partout ailleurs dans la société que les milieux scolaires agiront de façon cohérente avec leur propre mission: éduquer les élèves et les préparer à leur vie adulte. »

Il rappelle également que, de tout temps, les adultes ont jugé « le présent à partir de [leurs] rapports au passé », en ayant une vision idyllique du passé et en se disant que c'était « donc bien mieux avant ».

J'ajouterai qu'ils ne regardent pas toujours leurs propres comportements avant de critiquer les jeunes (allô les 53% d'adultes qui consultent leur téléphone cellulaire pendant des réunions!) et qu'ils ont tendance à se donner l'absolution simplement parce qu'ils sont adultes. Ça donne à réfléchir...

La situation est complexe. Elle est composée de plusieurs sujets à considérer indépendamment. Il y a l'utilisation à des fins personnelles (divertissement, médias sociaux, jeux vidéos, etc.) et celle pour le travail scolaire ou professionnel (outils liés à la production, à la consultation, recherche et collaboration, etc.). Parfois, les univers s'entrecroisent, les compétences à développer se ressemblent. Le ministère de l'Éducation du Québec a d'ailleurs publié un cadre de référence concernant la compétence numérique ce printemps. Je pourrais aussi aborder ce qu'on appelle la dépendance aux écrans dans un autre billet.

Il faut prendre chaque aspect pour ce qu'il est et éviter de généraliser lorsqu'il est question de technologies. Il faut surtout saisir l'occasion de faire de nos jeunes de véritables citoyens du XXIe siècle, qui maîtrisent des compétences dont ils ont besoin pour prendre leur place dans la société d'aujourd'hui et de demain.


samedi 8 juin 2019

La pointe de l'iceberg numérique



Au jour 7 de l'année 2019, j'annonçais une année de défis et d'aventures numériques.

Et c'est ainsi qu'une nouvelle aventure débutait pour moi lorsque j'ai joint le Cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale du gouvernement du Québec... Le défi était si grand et stimulant que je n'ai pas pu refuser cette proposition.

Car, bien que la transformation numérique soit déjà en marche au gouvernement du Québec, c'est la première fois de l'histoire qu'un ministre est délégué spécifiquement à cette tâche. Et vous n'avez sans doute pas besoin de moi pour savoir que cette tâche est colossale.

Au cours des quatre derniers mois, j'ai apprivoisé mon nouveau rôle de conseillère politique. J'ai aussi travaillé en mode collaboratif avec une équipe du Secrétariat du Conseil du trésor à l'élaboration de la Stratégie de transformation numérique gouvernementale.

Nous avons partagé nos idées, échangé nos visions, nous avons consulté le public et les employés de la fonction publique, nous avons validé des propositions, rédigé, commenté, revu et corrigé. Puis, le document a fait son chemin au Conseil du trésor et au Conseil des ministres, pour finalement être adopté. En si peu de temps, on me dit que c'est du jamais vu!

Et c'est là, une grande partie de la joie que j'ai aujourd'hui... c'est de dire « c'est possible de faire les choses autrement ». Le processus qui nous a conduit au lancement de la Stratégie lundi dernier a été pour le moins inhabituel tout en étant un succès. Chaque élément compte.

Le lancement de la Stratégie marque la fin d'une étape déterminante (sa création). Il marque surtout le début d'une autre qui sera encore plus importante (sa mise en oeuvre). Le navire est en marche. Il y a de nombreux projets en cours. Le temps que se déploie la Stratégie, il y aura sans doute des ratés (encore). Mais, j'ai décidé de croire que nous avançons pour le mieux.

Le changement ne s'opèrera pas du jour au lendemain. Et, comme on le répète de plus en plus souvent, le défi de la transformation numérique n'est pas technologique, il est humain. Faire place à la collaboration, à l'ouverture, au partage. Briser les silos, travailler ensemble, se parler, se comprendre. Ça prend du temps!

La Stratégie que nous avons livré lundi n'est pas une révolution. Elle s'appuie sur d'autres stratégies déjà déployées dans le monde. Elle vise à offrir « des services publics plus rapides et intuitifs », à proposer des services publics adaptés à la réalité des citoyens d'aujourd'hui, à faire en sorte que l'administration publique devienne plus innovante, efficace et transparente.

Là où elle est ambitieuse, je trouve, c'est dans les cibles qui ont été fixées pour mesurer la progression de la transformation numérique (voir l'énumération ci-bas). Un baromètre numérique est en préparation et il permettra de diffuser la progression en continu.

Les ministères et organismes publics devront maintenant produire et déposer leur propre plan de transformation numérique qui s'arrimeront à ces cibles. C'est une façon de dire que, dans un souci de cohérence gouvernementale, tous devront maintenant avancer dans la même direction, avec des objectifs communs.

Ils ne seront pas laissés à eux-mêmes dans cette aventure. Le Centre québécois d'excellence numérique (CQEN) a été créé. Il s'agit d'une nouvelle entité au sein du Secrétariat du Conseil du trésor qui aura pour objectif de les soutenir.

L'idée est d'en faire un accélérateur de la transformation numérique gouvernementale, qui pourra offrir de l'accompagnement, tester des projets, concevoir des solutions destinées à l'ensemble du gouvernement, s'inspirer de l'écosystème numérique en multipliant les partenariats. J'aime dire que le CQEN devient la « SWAT Team » du gouvernement. L'offre de service est en préparation.

Je suis particulièrement heureuse des mesures clés qui ont été dévoilées en même temps que la Stratégie. Je dirais que plusieurs d'entre elles sont déjà en cours de réalisation (à différentes phases) et je voue un attachement particulier à la plateforme de consultation publique gouvernementale qui sera proposée (même si ce projet est aux balbutiements).

Tout ceci me donne espoir que nous sommes déjà en mouvement pour jeter les premiers jalons de la Stratégie. Ces mesures amènent du concret. L'idée était qu'elles puissent permettre d'accélérer la transformation en cours, donner un air d'aller à tous, créer des succès qui inspireront et donneront confiance.

J'ai l'air optimiste dans mon discours. Et je le suis, vraiment. En même temps, je ne me fais pas d'illusion. Nous ne pourrons pas tout faire et certaines étapes seront plus difficiles à réaliser que d'autres. Je sens toutefois qu'il y a un momentum à saisir, les équipes sont mobilisées, la patience envers la non-transformation numérique arrive à ses limites. Avançons!

Je crois que le numérique, la transformation numérique du gouvernement du Québec, et du Québec, a le potentiel de devenir un nouveau projet de société rassembleur. Pour le moment, nous n'avons encore vu que la pointe de l'iceberg du potentiel numérique. À nous maintenant de faire vivre le numérique à travers les gens qui l'utiliseront et le mettront en oeuvre!


Ambitions et cibles

Ambition 1 : Les citoyens sont au coeur de l'évolution des services, des programmes et des politiques
  • 75% des nouveaux services numériques sont conçus en impliquant les citoyens
  • 75% des services numériques évolueront grâce à l'évaluation en continu des citoyens
  • 75% des consultations publiques proposent un moyen numérique pour y participer
Ambition 2: Les citoyens communiquent leurs informations une seule fois à l'administration publique
  • 50% des services ne redemandent pas au citoyen une information déjà connue
Ambition 3: Les organisations publiques sont proactives dans leurs relations avec les citoyens
  • 60% des échéances font l'objet de rappels numériques
Ambition 4: Les employés sont au coeur de la transformation
  • 100% des organisations déploient des mesures pour réaliser la transformation numérique
  • 60% des employés bénéficient d'un milieu de travail et de façons de faire transformés
Ambition 5 : Les services publics sont numériques de bout en bout
  • 75% des services numériques présentent un taux d'utilisation supérieur à 75%
  • 75% des processus administratifs sont sans papier
Ambition 6: Les données sont valorisées et redonnées aux citoyens
  • 60% des organisations diffusent la majorité de leurs données à haut potentiel de réutilisation


Tous les documents en lien avec la Stratégie de transformation numérique gouvernementale 2019-2023 sont disponibles sur Quebec.ca.


dimanche 28 avril 2019

Je vous présente la compétence numérique

Lorsque les ordinateurs ont fait leur entrée dans nos vies dans les années 80, et plus intensivement dans les années 90, on a parlé de technologies de l'information et de la communication ou plus communément des TIC. Les TIC se sont multipliés, ont envahi nos vies, ont pris de nombreuses formes différentes.

Quand j'ai commencé ma carrière de journaliste pour le magazine l'École branchée et le site l'infobourg, ceux-ci étaient dédiés à témoigner de l'intégration des TIC en éducation. Au début des années 2000, des enseignants devenaient avant-gardistes et transformaient leur enseignement à l'aide des outils technologiques qui se démocratisaient. Ils voyaient un potentiel pédagogique à les utiliser en classe.

En 2009, Pierre Poulin (c'est l'exemple le plus frappant que j'ai en tête) chamboulait sa classe en faisant éclater le modèle de pupitre en rangée pour établir une classe collaborative... et techno. Il avait compris que les technologies n'étaient qu'un outil et surtout pas un moyen de nous propulser vers l'avant, que les TIC allaient changer nos façons d'interagir les uns avec les autres et surtout la façon dont on apprend.

Après, les téléphones intelligents et autres tablettes nouveau genre se sont vendus à vitesse grand V, les médias sociaux ont changé notre façon de demeurer en relation avec notre cercle familial et amical, de rencontrer de nouvelles personnes même, les foyers québécois se sont branchés à Internet les uns après les autres, notre rapport avec l'information, le divertissement, le travail a évolué... Puis, il est devenu de plus en plus facile de produire du contenu et de le diffuser soi-même sur le web.

Bref, les TIC (jumelé à Internet) ont créé un nouvel univers dans lequel il fallait apprendre à naviguer. Il était question de nouveaux outils à maîtriser mais aussi de nouvelles habiletés à développer. Il fallait maintenant aller plus loin que la quincaillerie.

Apprendre... apprendre tout au long de la vie est devenu primordial. Appendre à apprendre et à s'adapter à un monde en changement constant. Tout s'est accéléré.

Et puis, le discours a changé les TIC sont devenus le numérique. Le monde s'est digitalisé. La technologie est là pour rester. Les possibilités se complexifient.

Mais, ce n'est pas parce que tout se transforme autour de nous que nous savons comment utiliser ces outils à bon escient. Il y a toujours deux côtés à une médaille: ils peuvent propulser votre carrière en avant ou la détruire à tout jamais. Le meilleur et le pire peut arriver avec le numérique. Voilà pourquoi il devient si déterminant d'apprendre à s'en servir intelligemment, adéquatement, de façon éthique...

Les compétences numériques
Depuis quelques années, une préoccupation s'est installée. Il y a désormais ceux qui sont nés avec le numérique, ceux qui ont appris à l'utiliser mais aussi ceux qui risquent d'être laissés de côté faute de l'utiliser. Peu importe dans quel groupe vous vous situez, le développement de nouvelles compétences devient un enjeu dans votre vie quotidienne, et ce à plusieurs niveaux. Comme citoyen, comme travailleur, comme étudiant, comme utilisateur de services, comme consommateur, etc.
Accompagnement, sensibilisation, transfert et partage de connaissance deviennent plus pertinents que jamais. [...] Formation continue, ateliers, perfectionnement, éducation..., tous doivent avoir la possibilité de comprendre le numérique, de prendre conscience de ses possibilités et de pouvoir s'y adapter. - extrait d'un billet écrit le 13 décembre 2017
Mais le développement de quelles compétences au juste?
Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement Supérieur (MEES) du Québec est venu répondre à la réponse la semaine dernière avec le lancement du Cadre de référence de la compétence numérique. Ce cadre ne viendra pas tout régler mais il vient au moins uniformiser la façon dont devrait se traduire la compétence numérique, comment on devrait la considérer dans son ensemble.

Pour la première fois, la compétence numérique a été analysée sous tous les angles possibles, elle a été décrite et présentée. Selon moi, ce cadre a le potentiel de devenir une référence à chaque fois qu'il sera question de développement de compétences numériques, autant dans les institutions d'enseignement, dans les entreprises et milieux de travail que dans la société en général.


Je ne vous présenterai pas tout en détail mais j'attire votre attention sur la première « dimension » de la compétence numérique: Agir en citoyen éthique à l'ère du numérique. Car au-delà des outils utilisés, le volet éthique et le rôle de citoyen à l'ère du numérique sont devenus prédominants dans les besoins de formation.

C'est très significatif comme choix de placer cette dimension comme prémisse à toutes les autres.

Maintenant, nous avons la bonne description pour bien former au numérique. On s'y met plus sérieusement?


Quelques références complémentaires

Enseignants à la recherche d'activités actuelles en lien avec le numérique? Consultez les 3 activités pédagogiques de la Semaine numériQC à l'école.

Pour relire ce que j'ai déjà écrit sur le sujet:
- Une stratégie numérique pour le Québec  (février 2017)
- Enfin! (décembre 2017)


dimanche 7 avril 2019

La Semaine numériQC autrement


C'est le début d'une grande semaine: la Semaine numériQC, l'événement qui rassemble la communauté du numérique à Québec, porté par Québec numérique.

En 2016, j'étais participante et conférencière. En 2017, je faisais nouvellement partie de l'équipe de Québec numérique. En 2018, je portais le flambeau à titre de directrice générale de Québec numérique. En 2019, bien que j'ai porté une bonne partie de l'idéation de la semaine, je serai une simple participante. Ça me fait tout drôle!

Pour ceux qui ne le savaient pas encore, j'ai quitté mon poste chez Québec numérique le 18 janvier dernier pour une nouvelle aventure numérique. Je suis désormais conseillère politique au Cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire. Le numérique n'est jamais très loin de moi, vous voyez!

Malgré mon départ de Québec numérique, c'est important pour moi d'être sur le terrain. Et c'est avec fierté que je vais prendre part aux nombreuses activités de la semaine. La fierté d'avoir contribué à la croissance de cette organisation au cours de la dernière année, d'avoir solidifié des partenariats, d'avoir convaincue certaines personnes du rôle indispensable de Québec numérique et de sa Semaine comme vecteur de développement numérique.

Je vais prendre part à la Semaine de multiples façons: comme participante, accompagnatrice du ministre, animatrice de table ronde, conseillère politique qui réseaute avec le milieu. Je veux vraiment en profiter au maximum. Savourez l'instant, encore plus que lorsque j'étais au sein même de l'organisation. Avec un regard extérieur, qui comprend le travail acharné qu'il y a derrière cet événement. Il faut y croire plus que tout pour qu'il arrive.

Il est certain que j'ai un attachement particulier envers la Semaine numériQC. Et par-dessus tout, je pense à l'équipe que j'ai bâti au cours de la dernière année et aux nombreux bénévoles. Je suis de tout coeur avec vous.

Je pense aux personnes, car le numérique, c'est d'abord une affaire d'humain et de passion. Sans tous ceux qui y croit, plusieurs projets n'auraient jamais vu le jour.

Sortez le fille de Québec numérique, mais vous ne sortirez pas le numérique de la fille! Mon engagement pour faire progresser les usages du numérique est tout aussi fort qu'avant. Il est simplement différent. Et si il y a une chose à laquelle je crois, c'est la force du réseau et des gens. La Semaine numériQC me permettra sans doute de faire des rencontres intéressantes qui pourraient être utiles pour la suite des choses...

lundi 7 janvier 2019

2019 - jour 7


En 2017, j'ai été transporté par une avalanche. En 2018, c'est un véritable tsunami qui m'a frappé de plein fouet. La croissance de Québec numérique a été exponentielle. Je n'en suis pas peu fière... mais, en même temps, cela est venu avec plusieurs moments de doute et des instants où tout allait juste trop vite. Quand le tsunami te frappe, tu n'as pas le choix, tu dois nager pour te garder la tête hors de l'eau. C'est ce que j'ai fait.

En 2018, mon souhait était de « ne pas perdre la magie ». Je dois avouer que j'ai eu de la difficulté à préserver cette magie, surtout dans la seconde moitié de l'année. Pas pour rien que j'ai été plus silencieuse sur les réseaux à la fin de l'année. Mais voilà, le temps des Fêtes est arrivé et j'ai pu reprendre mon souffle, poser les pieds sur la terre ferme et recommencer à voir plus clair.

Au jour 7 de 2019, mes batteries sont rechargées et je suis pleine de bonnes intentions (pour ne pas dire résolutions!). La question demeure: combien de temps cela va-t-il durer?

Ce matin, je faisais ce constat avec une amie. À chaque année, pendant le temps des Fêtes, on dirait qu'on retrouve l'essence de qui on est vraiment. Tout s'arrête en même temps pendant deux semaines. Nous sommes alors nombreux à prendre la décision de ralentir, de lâcher-prise, de mieux gérer nos priorités. C'est logique et légitime.... et puis, pouf, le 7-8 janvier, la vie reprend et la réalité nous rattrape.

C'est là que le défi devient plus important. Pouvons-nous résister aux forts courants? Est-ce que c'est acceptable de ralentir? Est-ce que c'est possible?

Pour 2019, je fais le pari que oui (encore une fois!). Il n'y a pas de solutions miracles mais je demeure convaincue qu'il est possible de trouver un équilibre et de vivre la magie au quotidien. Alors, essayons encore cette année!

Dans le plus concret, je pose deux gestes significatifs pour moi:

  1. Pas de cellulaire en auto. J'ai activé la fonction Ne pas déranger lorsque je suis au volant. J'ose espérer qu'on peut encore se permettre des moments de déconnexion pour écouter de la musique.
  2. Revaloriser le sommeil. Faire du sport et bien manger, c'est bien et cela fait partie de mon quotidien. Par contre, le trio n'est pas complet sans le sommeil et je dirais même un sommeil de qualité. Les études le prouvent, le sommeil est la clé du repos et du bon fonctionnement du corps et de l'esprit. Pourtant, il est trop souvent négligé. Revaloriser le sommeil, ça veut aussi dire pas de médias sociaux avant de me coucher, car c'est trop facile de perdre 30 minutes.


Allez! On est déjà au jour 7 de 2019, je suis partie pour une autre année de défis et d'aventures numériques!

lundi 1 octobre 2018

Vision numérique... la fin et le début!


Ainsi, le grand jour électoral est arrivé pour le Québec aujourd'hui... Pour moi, cela signifie un peu la fin de la démarche que j'ai entreprise avec Yves Williams et Clément Laberge en cours de campagne électorale.

Après avoir formulé des questions en lien avec le thème du numérique, nous avons sollicité les quatre principaux partis pour qu'ils y répondent.

Au final, la Coalition Avenir Québec, Québec solidaire et le Parti Québécois ont répondu à nos questions. Le Parti Libéral du Québec est demeuré discret. Vous pouvez lire les réponses obtenues en cliquant sur les liens ici.

Au passage, quelques personnes également engagées dans l'univers du numérique se sont prêtées au jeu et ont répondu aux questions:  Carl-Frédéric De Celles, Pierre-Luc Lachance, Patrice-Guy Martin, André Bélanger. Leurs réflexions sont pertinentes et alimenteront certainement les discussions dans les prochains mois. Je prendrai d'ailleurs un peu de temps pour les relire prochainement.

Tout comme Clément et Yves, il me fallait prendre quelques instants pour remercier tous ceux qui ont pris le temps de se pencher sur les questions pour y répondre. C'est signe que le numérique intéresse de plus en plus. C'est signe qu'il ne faut pas hésiter à se prononcer publiquement, à partager ses points de vue, à les enrichir des idées des autres... C'est ainsi que nous pourrons faire avancer « la cause » du numérique dans les instances publiques et dans la société.

Aujourd'hui, c'est peut-être la fin de la démarche. C'est surtout le début de la suite! C'est, ce soir lorsque le résultat de l'élection sera connue, peu importe, ce qu'il sera, qu'il faudra se retrousser les manches et pousser un peu plus fort pour que des choses arrivent et se concrétisent, pour qu'on arrête de faire du surplace au Québec sur plusieurs dossiers, dont le dossier du numérique.

La liste de « to do » du numérique est encore bien longue mais, comme toute liste de choses à faire, il faudra prendre les points un par un et s'y attaquer avec ardeur et patience. À la gang, on devrait être capable d'y arriver!