mardi 22 mars 2022

Connaître et reconnaître 3 ans de pratique ADN

 


Le Réseau des agents de développement culturel numérique (ADN) souligne ces jours-ci son troisième anniversaire. Trois ans à construire ce nouveau rôle dans les organismes du secteur culturel et des communications. Trois ans à mettre en place des projets en concertation, en collaboration. Trois ans de réseautage et de partage. En présence et beaucoup en virtuel, parce que les agents sont éparpillés sur le territoire québécois et que la période de « non-déplacement », comme le dit Sarah de la SODEC, a apporté des contraintes.

Une bonne nouvelle a été annoncée dans la discrétion en fin de semaine dernière. Le soutien financier au Réseau des ADN par le ministère de la Culture et des Communications du Québec est renouvelé jusqu'en 2024. L'aventure de la communauté de pratique se poursuivra donc.

Le « timing » était très bon puisque je préparais, avec ma collègue Annie Chénier, la 8e Rencontre nationale (RN) du Réseau. Tout comme à l'automne lors de la 7e Rencontre nationale, l'événement se tient en virtuel. On aurait préféré se voir en chair et en os, mais la richesse des partages compensera. Le coup d'envoi a été donné ce matin avec la tenue du premier atelier.

Avant de parler du contenu de ce matin, je tiens à souligner que :

- la programmation est disponible sur le Wiki des ADN et ajustée au fur et à mesure qu'elle se construit (vive l'agilité du numérique participatif!);

- en plus des ADN et de leurs gestionnaires, les membres des équipes de travail des organismes étaient invités pour la toute première fois à participer à une Rencontre nationale du Réseau (vive l'ouverture et la diffusion!);

- l'ensemble de la programmation et de l'organisation de cette 8e RN s'inscrit directement dans la mise en application de la Stratégie de transfert de connaissances du Réseau sur laquelle je travaille depuis l'été dernier (vive les communautés de pratique émergentes!).

Faire connaître des réalisations ADN

La 8e RN s'est donc ouverte ce matin avec une succession de mini-conférences de 10 minutes. Six ADN avaient répondu à mon appel et accepté de présenter un projet porteur, réalisé dans leur organisation, au cours des trois dernières années. Elles ont offert des partages généreux, transparents et emprunt de réalisme. Je les en remercie. 

Les enregistrements de chaque conférence seront rendus disponibles sur le Wiki des ADN dans les prochaines semaines. Je me suis aussi engagée à produire un compte-rendu écrit pour chacune. Je vous dévoile quand même un petit aperçu tout de suite.

Gisèle Henne de Culture Laurentides a présenté la première édition de La brigade numérique, un nouveau service visant à rehausser la littératie numérique sur le territoire couvert par son organisme. Alors que le service d'accompagnement personnalisé a été un succès et qu'une nouvelle communauté Slack a vu le jour, la plateforme d'autoformation mise en place n'a pas attiré les foules. Comme quoi, il n'y a rien comme un soutien individualisé. Oui, parfois, cela demande plus d'efforts mais les résultats sont décuplés.

Bianca Cadieux d'Action patrimoine a présenté une vaste démarche visant à dresser un état des lieux sur les données du patrimoine bâti au Québec. Celle-ci aura permis de sensibiliser des agents culturels et de développement des MRC et municipalités du Québec sur les bonnes pratiques en matière d'utilisation des données à l'interne, de diffusion à l'externe et de mise en valeur numérique des inventaires. Elle a déjà documenté la phase 1 et la phase 2 sur le site de son organisation. J'ai hâte de découvrir la phase 3! (Ajout du 29 mars : le texte qui présente la phase 3 est maintenant disponible.)

Sarah Shoucri, attitrée aux dossiers internationaux à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), a présenté trois projets numériques visant à soutenir le développement international d'entreprises culturelles québécoises pendant la période de « non-déplacement » vécue depuis mars 2020. Des projets qui ont mis en valeur le contact humain même si le tout se déroulait en mode virtuel et qui a permis de tisser des liens solides entre certains participants. Elle est convaincue que le contexte a favorisé la tenue de certaines rencontres, qui auraient été impossibles autrement. Je suis d'accord avec elle!

Caroline Marcel de Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean a présenté l'évolution au fil des années de l'événement Numérique 02 porté par son organisation. L'événement de maillage régional a donné lieu à des rencontres intersectorielles qui n'auraient probablement pas eu lieu autrement, favorisant le mélange des genres sur un même territoire. L'an dernier, Numérique 02 s'est transformé en programme d'incubation virtuel et pourrait encore évoluer cette année, en s'intéressant aux saines habitudes de vie et au bien-être numérique. J'ai aimé entendre parler d'un événement qui se module selon les besoins de son milieu.

Claire Dumoulin de Conseil québécois du patrimoine vivant a présenté en primeur un aperçu de la stratégie numérique qu'elle prépare pour les membres de son organisation. Elle a fait la démonstration que la mise en place d'une stratégie numérique peut être un processus tout simple, sans prétention, que la stratégie peut se bâtir à partir d'observations et de discussions avec les équipes, le conseil d'administration et les membres. J'ai apprécié son partage authentique qui fait la démonstration que la transition numérique est à la portée de tous. Keep it simple, comme on dit!

Catherine Chagnon de Culture Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches a présenté la démarche de renouvellement de la plateforme QuébecSpectacles, lancée en 2015. Connu comme un agrégateur de l'offre de spectacles à billetterie, la plateforme se voulait une action collective pour compléter la promotion effectuée par les organismes membres. La démarche de renouvellement technologique de la plateforme est devenue l'occasion d'élargir la portée des actions et d'autres disciplines artistiques s'ajouteront. Ainsi, bientôt, si vous consultez la fiche d'un spectacle, vous pourriez vous faire suggérer des livres, une pièce de théâtre ou autre production sur le même thème ou avec les mêmes artistes. Intéressant, non?

Après l'avant-midi, j'étais sous le charme. Imaginez, ce ne sont que six projets sur les centaines qui ont été mis en place dans les dernières années dans le Réseau ADN. On comprend vite sa pertinence.

Dans le sondage de satisfaction sur la rencontre, quelqu'un a écrit que les présentatrices étaient « engagées, motivées, brillantes et inspirantes ». Je partage cet avis. J'ajouterai que la concertation, la collaboration, le contact humain et les synergies sont au coeur des projets présentés et sont identifiés comme des conditions gagnantes.

La 8e Rencontre nationale se poursuivra le 30 mars avec un panel de discussion sur la pratique ADN, qui sera animé par Annie Chénier. On ne peut cacher que nous avons tiré quelques inspirations d'une récente causerie sur les communautés de pratique présentée par le Réseau d'enseignement francophone à distance (REFAD). C'est aussi ça la force des réseaux et du partage, quand tout s'entrecroise et se mélange.

À suivre...

lundi 7 mars 2022

(Ne pas) trouver les mots



Il y a quelques jours, j'ai écrit : « Ce qui se passe ces temps-ci dans notre monde est inquiétant, que ce soit ici ou ailleurs ». J'ai aussi écrit : « Nous ne sommes jamais très loin de la dérive et des extrêmes ». On dirait que cela fait une éternité.

Depuis, le monde tel que nous le connaissions a cessé d'exister. L'impensable est arrivé. Nous avons rêvé de paix, de justice, de fraternité et de solidarité pendant des décennies. Nous avons dit que nous ne voulions plus la guerre. Nous avons ignoré les signaux parce que nous voulions tellement croire que tout peut s'arranger par la négociation, le dialogue et les compromis.

Depuis, la triste réalité nous a rattrapé. L'Histoire se répète... encore.

Depuis, les mots me manquent. Comment trouver des mots pour nommer ce qu'on ne veut pas nommer? Comment trouver des mots pour expliquer l'inexplicable? 

« Le pire est à venir », « Des civils sont la cible des militaires », « Des centrales nucléaires sont sous haute surveillance », « Des écoles et des hôpitaux sont détruits par des missiles »... Les mots utilisés, je ne voudrais pas les lire ou les entendre. Ils me vont directement au coeur. Les images qui les accompagnent, je ne voudrais pas les voir. Elles me donnent envie de pleurer.

Mais, je tourne les pages du journal (oui, je reçois encore un journal papier chez moi à chaque jour). Je défile mon fil Twitter à la recherche des dernières nouvelles. Je regarde assidûment les bulletins de nouvelles à la télévision. Je vois, le lis, j'entends. J'ai des frissons. Je veux tout fermer mais je regarde quand même. J'ai besoin de savoir ce qui se passe à l'autre bout du monde, même si je me sens totalement impuissante, même si tout ça me dégoûte complètement.

Je ne sais plus si ce que je lis est vrai, si ce que je vois est réel. Est-ce que ce sera identifié comme faisant partie de la catégorie désinformation dans quelques minutes, heures, jours? Qui croire?

Je voudrais ignorer ce qui se passe à l'autre bout du monde, mais je n'y arrive pas. Faire comme si de rien n'était? Me dire que, de toute façon, je n'y peux rien?

Moi, ça va. Je me fais une carapace (j'écris ça comme si c'était normal!). Mais quand ma fille me demande, inquiète, ce qui va se passer... ensuite, après... je ne sais pas. Je n'ai pas de réponse. Je lui dit qu'il faut garder confiance, qu'il faut avoir de l'espoir. Je cherche mes mots. Je lui dit de ne pas regarder mais je lui résume en gros les dernières nouvelles. Je ne fais pas exprès pour lui en parler, mais je réponds à ses questions. Elle a le droit de savoir aussi. Cela fait partie de notre monde. En plus, tout ceci survient juste au moment où elle étudie la Deuxième Guerre Mondiale dans son cours d'histoire. Impossible de ne pas voir les similitudes, de ne pas comparer, de ne pas craindre l'horreur la plus atroce.

Soudainement, le confort dans lequel nous vivons n'est plus tout à fait autant acquis qu'auparavant. TOUT peut arriver. Le bien comme le mal. Le meilleur comme le pire. On pensait avoir vécu l'impossible avec la pandémie. Et si... nous aussi... que ferions-nous?

Juste de l'écrire, ça me fait mal. Mais, en même temps, j'ai besoin de trouver des mots pour me sortir du malaise qui m'envahit depuis des jours. Je pense à ces gens, j'écoute les témoignages. J'ai mal.

Ce n'est pas fini, ça ne fait que commencer. La destruction, la misère...

Il est encore temps de se serrer les coudes, même si nous sommes épuisés des deux dernières années. 


En complément :





dimanche 20 février 2022

Les dérives du passé

 


Tout n'est jamais noir ou blanc. Notre monde est fait de gris. Les extrêmes sont difficiles à comprendre, mais il faut pourtant s'y attarder.

Ce qui se passe ces temps-ci dans notre monde est inquiétant, que ce soit ici ou ailleurs. Qu'avons-nous retenu du passé? Nous en souvenons-nous vraiment? En avons-nous une image déformée? Comment faire pour ne pas oublier? Comment éviter de reproduire les dérives du passé?

Il y aura toujours des politiciens avides de pouvoir qui souhaitent dominer le monde. Ils sont persuadés qu'ils détiennent la vérité et c'est leur façon de voir les choses qui est la bonne.  Il y aura toujours des groupes plus marginaux que se placeront en dehors de la société, du système établi. Ils sont bruyants, mais ils ne représentent pas la majorité. Il ne faut pas les ignorer, mais il ne faut pas leur accorder trop d'importance non plus. Comment les prendre en considération? Comment les ramener vers le centre? Les écouter certes, mais quand il n'y a pas de dialogue possible... 

En 2018, j'étais en mission pour Québec numérique à Aix-en-Provence, avant de quitter, je suis allée visiter le Site-mémorial du Camp des Milles. Vous ne connaissez probablement pas ce lieu. C'est un lieu avec une histoire très particulière. Il rappelle que la France a collaboré avec l'Allemagne Nazi pendant la Deuxième Guerre Mondiale. 

Le Camp des Milles a été un centre d'internation et de déportation des « étrangers » et des Juifs à cette époque. Plus de 10 000 personnes, dont beaucoup d'artistes et d'intellectuels qui avaient fui l'Allemagne, s'y sont retrouvés prisonniers. C'était un lieu de transit vers la liberté ou vers la mort, selon votre destinée.

Depuis 2012, ce lieu est devenu un Monument historique et un Mémorial. Parce qu'il ne faut pas oublier. Il faut se souvenir de ces événements du passé. L'un des objectifs derrière est de chercher à mieux comprendre les mécanismes qui mènent au racisme, à la xénophobie et au génocide, chercher à les reconnaître pour éviter de les reproduire encore.

Je me souviens que, pendant la visite, on présente les étapes qui peuvent mener vers les extrêmes... C'est tout simplement fascinant de constater que nous sommes toujours à risque aujourd'hui, que la nuance, le discernement ne sont jamais acquis.

En 1996, j'étais en 5e secondaire, j'étais en voyage étudiant en Alsace, en France, toujours. Nous avons visité le Centre européen du résistant déporté, soit l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Vous ne sortez pas indemne d'une telle visite. Porter un masque, ce n'est peut-être pas naturel, mais ce n'est certainement pas inhumain. Nombre d'expériences pseudo-médicales ont été menées dans ce lieu de l'horreur.

Les traces de la Deuxième Guerre Mondiale sont encore bien présentes en Europe. Ici, dans notre Amérique douillette, cela peut sembler lointain. Réalisons-nous vraiment ce que cela fût? Ne devrions-nous pas célébrer la démocratie dans laquelle nous vivons? Et encore, on se dit que là-bas, ils se souviennent, mais il faut répéter et rappeler encore et encore pour éviter d'oublier... Parler de tolérance, de diversité, d'ouverture à l'autre, de compromis, etc.

Aujourd'hui, nous prétendons vivre dans un monde plus humains, mais nous ne sommes jamais très loin de la dérive et des extrêmes. Je n'ai pas de réponse, mais juste d'en être conscient, je pense que ça peut déjà être un élément de réflexion...

Ce matin, j'ai vu ce gazouillis du Musée de l'Holocauste de Montréal. C'est ce qui m'a convaincu d'écrire ce texte auquel j'avais pensé toute la semaine. Cette semaine, j'en avais parlé avec ma fille parce que dans son cours d'histoire, elle voit la Deuxième Guerre Mondiale en ce moment. Elle m'a dit : « C'est complètement dégueulasse ce qui s'est passé à ce moment. Le pire, c'est qu'on dirait qu'on n'a rien compris de tout ça! ». Parlons-en pour ne pas oublier et tirer des apprentissages. Ce sera au moins ça!



dimanche 16 janvier 2022

D'un bord ou de l'autre

 


Savez-vous pourquoi le lapin est vert?
(réponse à la fin de ce texte)

Je débute par une blague, décidément la blague de la semaine, avec laquelle l'enseignante de sciences de ma fille a débuté un cours en ligne. Je l'ai partagé avec l'équipe de l'École branchée, puis Audrey l'a partagé dans la Salle des profs de l'École branchée sur Facebook.

Avouez qu'on a besoin d'un peu de légèreté en ce moment. L'atmosphère est lourde. La fatigue s'accumule. C'est insidieux et ça attaque notre mental à tous, qu'on le veuille ou non. On ne sait plus comment prendre les choses. Avec optimisme, avec découragement, avec espoir, avec désespoir, fatalisme ou frustration.

On fait notre temps mais le temps devient long. 

Je suis bien chez moi et je m'en accommode très bien. Mais j'aimerais ça aussi sortir au restaurant, aller jaser avec des amis, voir du monde un peu, en dehors des écrans. L'automne passé, on avait commencé à reprendre vie. Là, je me dis que nous ne saurons plus comment vivre en société.

On ne sait plus trop à quoi s'attendre. On a l'impression d'être dans un cul de sac, que c'est toujours du pareil au même. Mais non, le temps passe. Ça peut aller d'un bord comme de l'autre. Et on n'a plus aucun contrôle. 

Ben, on a le contrôle sur la façon dont on vit les choses, mais même pour moi, cela devient de plus en plus difficile d'être zen. Le début de l'année 2022 (deux semaines à peine!) a déjà mis notre quotidien à rude épreuve : la conciliation télétravail / téléécole, la course pour faire les courses le samedi parce que tout est fermé le dimanche, la course pour trouver des tests rapides en pharmacie (ça existe vraiment ces trucs-là?), le dilemme « j'ai eu la COVID, je me fais vacciner quand finalement pour la 3e dose » (jamais, ou maintenant, ou dans quelques semaines?).

Nous sommes tous épuisés par deux années d'adaptation. On se demande si on est encore capable de vivre un autre revirement de situation. Et vlan, c'est reparti! On se prépare pour une autre rentrée scolaire qui sera tout sauf normal. 

Déjà vendredi, ma boîte courriel se remplissait : un message concernant le retour à l'école, un erratum concernant le message concernant le retour à l'école, une précision concernant l'erratum concernant le message concernant le retour à l'école... 

« Il va sans dire que ce retour en classe ne se fera pas sans quelques ajustements. », écrit la directrice générale du centre de services scolaire. C'est sûr et je m'y attends. Pour l'instant, j'ai l'impression qu'on fait un saut dans le vide.

Dans le même message, la directrice générale demande « à tous les parents d’élèves utilisant le transport scolaire de surveiller leur enfant à l’arrêt d’autobus désigné, jusqu’à l’arrivée du transport ». D'un coup que le chauffeur ait la Covid et ne puisse pas passer ce matin-là. 

Elle écrit aussi : « Nous aurons, plus que jamais, besoin de votre collaboration et de votre souplesse pour que nos environnements demeurent des lieux où les apprentissages foisonnent et où les liens sociaux favorisent, entre autres, le maintien d’une bonne santé mentale ». Évidemment que vous aurez ma collaboration.

Je comprends pourquoi on tient mordicus à réouvrir les écoles. Je comprends que dans certains milieux l'enseignement à distance n'est tout simplement plus acceptable, parce que le temps a fait son temps et que la santé mentale de tous en souffre au plus au point. Mais je comprends aussi qu'on ne sait pas trop dans quoi on s'embarque avec cette nouvelle rentrée. Et je me dis que, rendu là, une semaine ou deux de plus...  On aurait peut-être même pu se rendre jusqu'au 2 février (jour de la marmotte, t'sé). Si la marmotte voit son ombre, on retourne à l'école. Si non, on continue en ligne.

Je sais que l'ensemble du personnel dans les écoles est bien intentionné et surtout très dévoué. Tout le monde souhaite que tout se passe bien pour les élèves (et pour le personne aussi). On a beaucoup parlé du personnel dans les hôpitaux, mais dans les écoles aussi, les employés sont au front. Un autre front. Celui du maintien d'un semblant de vie normale pour nos enfants et nos adolescents. Pour qu'ils continuent d'apprendre malgré tout, qu'ils ne soient pas trop pénalisé dans l'avenir, qu'ils aient une vie sociale minimale.

J'ai quand même l'impression qu'on roule sur le pilote automatique. La progression des apprentissages, l'évaluation et les bulletins, je veux bien. Mais là, je pense qu'on a juste besoin d'un gros câlin collectif, juste être ensemble et jaser un peu. La fatigue mentale est bien installée pour tout le monde. Pouvons-nous revoir nos attentes un peu? Personne n'est à son meilleur dans le contexte actuel. On parle de bienveillance constamment, mais le mettons-nous en pratique pour vrai?

Il ne faudrait pas oublier de tirer des apprentissages de ces deux années. La performance et la normalité à tout prix, ça a un prix justement!

Bon après toute cette lourdeur, rions un peu...


Savez-vous pourquoi le lapin est vert?
Réponse : Parce qu'on l'a peint ! 😂






samedi 15 janvier 2022

Le numérique peut-il être durable et responsable?

 

Les usages du numérique ont définitivement des impacts sur l’environnement. Cela n’est plus un secret et on en entend de plus en plus parler. Et si en plus de viser des usages plus écologiques et durables, on visait aussi des usages plus responsables? C’est ce que propose Rémy Marrone, directeur de projets à l’Institut du numérique responsable en France. 

D’abord, il apparaît nécessaire de faire la distinction entre toutes les expressions utilisées. Dans un récent article publié sur le site de l’École branchée, je propose justement des définitions. Je ne reproduirai pas tout ici mais en bref disons que :

  • L’expression « numérique durable » concerne un ensemble de techniques visant à réduire l’empreinte sociale, économique et environnementale du numérique.
  • Le « numérique responsable » prend en compte les éléments du numérique durable, mais il encourage aussi des usages qui favorisent la diversité, l’équité et l’inclusion.
Lors d’une conférence présentée à l’occasion de la plus récente Connected Week, en France et à laquelle j’ai assisté, Rémy Marrone a soutenu qu’il serait désormais opportun de penser le numérique, et plus particulièrement le Web, comme quelque chose d’Utile, qui peut être Utilisé et qui est effectivement Utilisable pour le plus grand nombre.

Qu’est-ce que ça veut dire concrètement?

Le numérique responsable encourage la parité des genres, la représentation de la diversité, l’accessibilité des contenus sur le Web pour tous. Il pousse à se poser des questions sur les contenus que l’on publie. Par exemple, une vidéo prend beaucoup plus de bande passante que du texte et est moins accessible. Donc, avant de produire et publier une vidéo, il peut être opportun de se demander si cette vidéo est vraiment nécessaire. De même, toute vidéo devrait être accompagné d’un texte qui la résume.

Rémy Marrone s’adressait plus particulièrement aux entreprises et individus qui créent du contenu pour le Web. Il les invitait à poser un regard sur les biais qu’ils peuvent reproduire, sur l’image qu’ils projettent ou les comportements qu’ils peuvent encourager : qui mettent-ils en scène dans les images qu’ils publient? Mettent-ils des textes alternatifs sur les images pour maximiser leur accessibilité? Font-ils la promotion d’opérations marketing qui encouragent la surconsommation? Les images et vidéos qu’ils publient sont-ils si lourds qu’ils amènent leurs utilisateurs à utiliser des appareils plus performants?

Le site Numérique responsable qu’il a donné en référence est particulièrement intéressant pour découvrir des principes à adopter pour vivre un numérique plus responsable et plus durable. Vous pouvez aussi mesurer l’impact environnemental de votre site Web sur ce site. Je présente également d’autres exemples dans mon article paru sur le site de l’École branchée.

Numérique et électronique

Dans le cadre de la Connected Week, d’autres conférences portaient sur l’impact des usages du numérique sur l’environnement et la société. Les paragraphes qui suivent sont un condensé de ce qui a été discuté. J’ai particulièrement aimé la conférence de Marion Simon qui avait bâti celle-ci autour d’un quizz Menti très interactif pour les participants. (Voyez par vous-mêmes sur la photo qui accompagne ce texte!)

Lorsqu’on parle de numérique, on parle nécessairement d’électronique. Le numérique, ce sont les données, le reste est du matériel. Le développement des objets connectés de toute sorte fait croître ce marché et ajoute de l'électronique là où il n’y en avait pas. Suffit de penser aux montres et aux thermostats qui sont devenus intelligents. Et puis, nos voitures sont équipées d’un nombre croissant de pièces électroniques, comme les caméras de recul qui sont devenues la norme. Cela ne semble pas prêt de s'arrêter.

De même, derrière chaque donnée que nous collectons et conservons dans l’infonuagique (le fameux « cloud »), il y a un espace occupé sur un serveur et donc une consommation d’énergie perpétuelle. Au Québec, on se la coule douce avec ça parce que nous profitons de l’hydroélectricité, mais ailleurs dans le monde, la situation est tout autre. Nous aurions peut-être intérêt à devenir un peu plus conscient de notre consommation énergétique.

Finalement, la norme du « porter-jeter » avec nos appareils électroniques aura peut-être une limite. 50 métaux sont nécessaires à la fabrication d’un téléphone intelligent. Ces ressources ne sont pas inépuisables. La réparation devrait revenir à la mode plutôt que le remplacement des appareils. En France, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire vise par exemple « une meilleure information du consommateur sur le caractère plus ou moins réparable de ses achats ». Ainsi, depuis le 1er janvier 2021, l'indice de réparabilité est déployé sur 5 catégories de produits électroménagers et électroniques.

Ça prenait ça pour forcer certains géants du numérique pas très portés sur la réparation à bouger. Apple publie maintenant un indice de réparabilité de ses appareils et commence timidement à rendre accessible des pièces pour que nous puissions réparer nous-mêmes ses appareils.

La France fait aussi figure de précurseur avec sa nouvelle loi sur le numérique responsable. Par le biais de cette loi, les jeunes français seront désormais formés à l’écoresponsabilité et à la sobriété numérique. Ça aussi, j’en ai parlé sur le site de l’École branchée.

Ceci étant dit, il ne faut pas non plus se taper sur la tête et se dire qu’on n’utilisera plus le numérique (cela serait complètement irréaliste de toute façon). Par contre, il est possible de poser un regard sur ses usages du numérique et revoir certains comportements. Est-ce vraiment nécessaire de changer de téléphone tous les deux ans? Est-ce vraiment nécessaire de conserver toutes ses photos numériques? N’y aurait-il pas un petit ménage à faire?  Est-ce préférable de télécharger ce film ou cette musique plutôt que de l’écouter en « streaming » ?

Ici, c’est comme dans tout, l'important est de trouver un certain équilibre et de se rappeler que chaque petit geste compte. Par contre, on voit qu’en France, ce sont des lois qui font bouger les choses plus rapidement. J’ai comme l’impression que cela devra être la même chose ici. Surtout, en ce moment, alors que le numérique est le centre de notre univers. N’est-ce pas grâce au numérique que notre société peut continuer de fonctionner depuis deux ans?


* Sur la photo, la fois où j'étais beaucoup trop contente de participer à un quiz Menti. Crédit photo : Annie Chénier.

**Ce texte devait faire partie de la série 12 jours avant Noël.

dimanche 2 janvier 2022

De retour après la pause

 



Le 20 décembre, j'ai écrit que je sentais une sorte de soulagement collectif avec la fermeture des écoles une journée plus tôt que prévu. Ce fût le dernier texte d'une série qui devait en compter 12. Je me reprendrai bien dans les prochains jours.

Je me sentais soulagée mais il était trop tard. La COVID était entrée chez moi (ainsi que dans plusieurs chaumières autour de moi). Dans ces derniers jours avant Noël, il aurait peut-être été plus sécuritaire de prendre un avion que de fréquenter une école primaire ou secondaire.

Bref, ça a commencé par une série de messages textes provenant d'adolescentes et ma fille qui a développé des symptômes rapidement. Il était devenu évident que nous ne serions que trois pour le réveillon. Et j'ai accepté de vivre dangereusement, autant l'attraper tout de suite, ce serait fait! Sans possibilité de faire de « vrais » tests de dépistage, la course aux tests rapides battait son plein. Non, mais quelle aberration de devoir faire la file pour se procurer la précieuse boîte. On se serait cru dans La course aux jouets, ce bon vieux classique cinématographique. J'ai passé mon tour.

Quelques jours plus tard, ce fût à moi de développer des symptômes (mon chum a suivi pas longtemps après même si il se croyait invincible!). Mal de tête intense, toux, maux de gorge, fatigue... ce qui explique mon silence des derniers jours. Dormir et combattre mon cerveau en compote ont constitué mes principales activités du temps des Fêtes. Heureusement, nous avons (encore une fois) pu nous exiler au chalet, ce qui adoucit le mal et les contraintes. 

Je voulais me reposer pendant le congé, j'ai été servi à souhait. Je voulais faire le vide, mon cerveau m'avait carrément abandonné. Même pas capable de réfléchir à mon bilan de 2021, ni de voir clair sur ce qui s'en vient en 2022.

Là, je reprends du mieux. Je me dis que je suis passée au travers. Ça aurait pu être mieux, ça aurait pu être pire. Moi, je n'avais pas grand chose de prévu mais, encore une fois, le pouvoir de résilience de ma fille m'impressionne. Sans amie, sans copain, sans emploi. On peut rêver mieux comme vacances de fin d'année à l'adolescence. Quoi que, elle a pu faire le tour de Netflix et Disney+ sans souci. Nous avons quand même réussit à vivre de merveilleux moments. Ils seront bien gravés dans ma mémoire, surtout les instants où la maison se transformait en véritable comédie musicale.

Malgré la fatigue qui me surprend encore à tout moment, je me prépare à repartir en force dans quelques jours. Je regardais mes photos de 2021 ce soir et je me disais que ça avait été une belle année pour moi malgré tout. Le dernier mois a été chaotique et j'avais grandement besoin de ce congé, mais pour le reste, quand même, je ne peux vraiment pas me plaindre!

J'avais terminé 2020 en apprivoisant mon nouveau statut de travailleuse autonome. En 2021, tout a déboulé et j'ai enchaîné les contrats les uns après les autres. Et non les moindres! Je pense que je ne m'étais pas rendue compte de toute l'ampleur avant aujourd'hui. La preuve qu'il faut savoir s'arrêter pour prendre la mesure du chemin parcouru.

C'est vrai qu'en 2021, j'ai été porté par une vague (sans jeu de mots) de projets tout aussi emballants les uns que les autres : 

Et ça, ce n'est qu'une partie de ma vie professionnelle! Bref, je suis choyée. Mon défi est maintenant de savoir m'arrêter, de savoir prendre des pauses (non-forcées), pour faire le vide et me ressourcer. D'apprendre à choisir et à choisir mieux à quoi je consacre mon temps. Je ne peux pas tout faire. Peut-être que « less is more » après tout.

À suivre...



lundi 20 décembre 2021

Être ensemble, c'est tout.

 


Mon plan de publication d'avant Noël est en train de prendre le bord. Les imprévus de la vie, ça vous dit quelque chose? Peut-être que j'étais trop optimiste avec ce projet aussi. Mais je persévère. Je vais juste sortir un peu de la programmation prévue. Parce qu'il faut bien s'adapter, non?

Réussir à prendre un rendez-vous en ligne pour la 3e dose de vaccin pour mes parents. Apprendre que les écoles ferment à quatre heures d'avis et aller faire la file devant l'école en voiture avec les autres parents pour récupérer ma fille avec tout le contenu de son casier sous les bras. Mais en même temps sentir une sorte de soulagement collectif. Le congé du temps des Fêtes est à nos portes. On va pouvoir s'enfermer dans notre bulle familiale pendant deux semaines et se dire qu'on est bien ensemble malgré tout. N'est-ce pas ce qui est le plus important?

Tout est une question de perspective, de comment on voit les choses et de la façon dont on accepte de les vivre. Après avoir couru tout l'automne, je me sens comme si j'arrivais à un fil d'arrivée. Le calme s'installe en moi au fur et à mesure que je coche des choses sur ma liste de choses à faire avant Noël. Et c'est à ce moment aussi où je lâche prise et où je me prépare à me reposer.

Covid ou pas, je veux juste prendre du temps pour moi et ma famille immédiate, m'en aller au chalet et me perdre dans le bois, aller skier et patiner, lire toute la journée, apprécier chaque petit moment de la vie, le calme de l'hiver.

Comme toujours lorsque c'est le temps de prendre une pause, je vais avoir un peu de difficulté à arrêter, mais peut-être pas tant que ça finalement cette année. Je me donne le droit de dire « non » aux demandes de dernières minutes, de ne pas sortir pour aller acheter ce dernier cadeau que je voulais offrir, de ne pas me sentir mal de refuser une sortie au restaurant. Je m'en donne le droit, tout simplement.

Selon mon objectif, il me reste encore deux journées de travail. Ma liste est peut-être encore trop ambitieuse pour le temps qu'il me reste. Mais je me dis que, quoi qu'il arrive, je vais fermer mon ordi à ce moment. Ben, de façon symbolique là, car il me restera des textes à écrire ici et des trucs à lire sur le Web, un gym virtuel à fréquenter, mais ce sera pour le plaisir.

D'autres nouvelles nous tomberons peut-être sur la tête dans les prochains jours. J'ai définitivement fait la paix avec tout ce qui pourrait être annoncé. Je vais être correct. Je vais être en sécurité chez moi avec mon chum et ma fille. Je verrai mes parents pour le réveillon de Noël. On sera ensemble et c'est tout ce qui compte.

*Ce texte fait partie de la série 12 jours avant Noël.