mardi 11 juin 2024

FERMETURE IMMINENTE DE QUÉBEC NUMÉRIQUE | UN COUP DUR POUR L’ÉCOSYSTÈME NUMÉRIQUE ET 220 ÉTUDIANTS·E·S SUR LE CARREAU

 Québec, le 11 juin 2024 – Québec numérique annonce, avec une profonde consternation, la fin imminente de ses activités, mettant ainsi en péril le parcours des 220 étudiants·e·s en programmation informatique dans son campus 42 Québec. Cette décision, effective à partir du 31 juillet 2024, résulte d’une situation financière devenue insurmontable, malgré les efforts continuels et les nombreuses démarches entreprises afin d’obtenir le financement prévu de 500 000 $ attendu depuis septembre 2023 de la part du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS).Non seulement les 500 000 $ prévus à l’entente ne sont jamais venus, mais le 1 M $ supplémentaire à venir, nécessaire à la réalisation du projet de 42 Québec, dans le contexte, pourrait ne jamais arriver.

Au cours des 9 derniers mois, Québec numérique a subi une pression financière croissante due au retard dans le versement des fonds de la part du ministère. Ce financement destiné à soutenir le projet 42 Québec a été retenu en raison de questionnements administratifs non résolus.

Malgré de multiples appels à l’aide et des propositions de solutions dans une totale collaboration et transparence de la part de l’organisme, aucune issue n’a été trouvée, laissant l’organisation dans une position maintenant intenable. Plutôt que de s’asseoir et de trouver une lecture commune des fichiers transmis, le Ministère a claqué la porte en se réfugiant derrière une enquête.

Face à cette absence de soutien financier, Québec numérique a dû pallier le versement manquant en puisant dans ses propres ressources pour éviter tout bris de service auprès des étudiants de 42 Québec. Des coupes budgétaires drastiques ont aussi été effectuées et des personnes ont perdu leur emploi. La situation financière est devenue insoutenable pour l’ensemble de Québec numérique et ses projets.

Cette situation bouleverse profondément l’organisation, qui a toujours agi avec rigueur dans la gestion de ses fonds publics d’autant plus qu’elle est dûment auditée annuellement par des spécialistes en comptabilité et qu’elle a toujours répondu aux attentes de ses bailleurs de fonds publics jusqu’à maintenant, y compris de la Commission des partenaires du marché du travail qui relève directement du MESS. En aucun cas, les sommes provenant du public n’ont servi à autre chose que 42 Québec et sa mission de former une main-d’œuvre qualifiée dans un secteur d’activité névralgique.

« La position inexplicable du ministère a démobilisé plusieurs partenaires et a semé le doute sur l’initiative, limitant l’implication de nombreux autres collaborateurs potentiels et contribuant ainsi à la mort de ce projet innovant. Nous avons exploré toutes les avenues possibles et pris des décisions difficiles, croyant que cela donnerait le temps à notre cri du cœur d’être entendu, mais sans succès. Notre main tendue avec la plus grande transparence n’a malheureusement pas résonné auprès du gouvernement qui a fait le choix de l’opacité. Triste situation pour 42 Québec dans lequel la communauté numérique s’est engagée durant les cinq dernières années, effaçant du revers de la main un investissement collectif de plus de 8 M$ dans ce projet. C’est sans parler de Québec numérique, l’organisation et ses accomplissements des 15 dernières années comme la Semaine numériQC et le Web à Québec (WAQ), deux événements phares qui ont fait la renommée de Québec dans l’écosystème numérique. »

Joé Bussière,
Co-fondateur et membre du conseil d’administration de Québec numérique

Soulignant tout juste ses trois ans, 42 Québec aura eu la chance d’accueillir plus de 700 candidat·e·s et profite d’un taux d’insertion professionnelle frôlant les 100 % dès la fin de leur premier stage. Il a attiré plus d’une vingtaine de fidèles partenaires qui ont cru au projet. La Semaine numériQC et le Web à Québec, dont la 13ᵉ édition vient de se terminer, ont réuni, à eux deux, des dizaines de milliers de participant·e·s et des centaines de partenaires de diverses industries, générant plus de 3 M$ de retombées économiques significatives pour la Capitale-Nationale, uniquement dans la dernière année. Enfin, plus de 500 entreprises ont été soutenues par l’équipe-conseil de l’organisation à travers différents programmes de soutien, dont le parcours 100 % NumériQC, mis sur pied en collaboration avec la Ville de Québec.

Bien que la fermeture semble inévitable, tous nos efforts sont actuellement concentrés à minimiser les impacts négatifs sur les initiatives en cours et à la recherche d’alternatives permettant aux étudiant·e·s de poursuivre leur formation. Ces 220 étudiant·e·s, qui n’ont pas toujours trouvé leur voie dans le système scolaire traditionnel, se sont engagés dans une alternative porteuse d’espoir pour leur développement professionnel et méritent qu’on se mobilise pour eux.

Si tout a été tenté pour éviter la déchirante décision de cesser les activités de l’organisme, il demeure difficile, voire inimaginable, de dire adieu à ces projets porteurs. Les initiatives innovantes propulsées par Québec numérique et déployées avec le soutien indéfectible de la communauté ont créé, au fil des ans, des synergies précieuses pour le tissu socio-économique de la Capitale-Nationale et des collaborations fortes à travers la francophonie.

UNE RÉFLEXION PROFONDE S’IMPOSE

« Les dédales administratifs dans lesquels ont été plongés Québec numérique au cours des derniers mois soulèvent une réflexion essentielle sur la capacité du gouvernement à soutenir l’innovation au Québec avec des critères qui n’ont pas évolué, d’autant plus dans la Capitale-Nationale, qui ne semble plus faire partie de ses priorités. Il est impératif d’ouvrir une discussion publique sur les moyens de créer de meilleurs ponts entre les processus administratifs et l’innovation, surtout à une époque où nous devons miser plus que jamais sur l’innovation sociale pour répondre aux défis de notre société. »

Martine Rioux,
Présidente du conseil d’administration de Québec numérique

Québec numérique souhaite que cette situation incite à revoir les mécanismes de soutien aux initiatives d’impact avec des retombées tangibles, mais qui n’entrent souvent pas dans le moule administratif. Il est crucial de leur fournir un appui qui prend en considération leur réalité. La fragilité des OBNL est une préoccupation partagée qu’il ne faut pas oublier. Les retards ou diminutions soudaines de financement peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour des projets essentiels à la communauté. Cette expérience démontre que sans ouverture ni collaboration adéquate, leur viabilité est définitivement compromise.

Rappelons que depuis 2011, Québec numérique a pour mission de dynamiser l’écosystème numérique. Grâce à ses projets phares et aux rencontres qu’il a provoquées, l’organisme a travaillé à créer une communauté de professionnel·le·s passionné·e·s en devenant un catalyseur d’apprentissage et de collaboration. Québec numérique remercie chaleureusement toutes les personnes (employé·e·s, bénévoles, collaborateurs·trices·, etc.) et organisations partenaires qui ont soutenu ses initiatives de près ou de loin et espère que cet héritage de créativité, de partage et de rassemblement continuera à enrichir et à inspirer la communauté.

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mardi 4 juin 2024

Pour un Cadre national de qualifications au Québec


Le Conseil supérieur de l’éducation du Québec (CSÉ) a récemment publié un rapport intitulé « Un cadre national de qualification pour reconnaître, comparer et soutenir le développement des compétences au Québec ». Un excellent résumé est disponible ici sur le site du Collimateur – Veille pédagonumérique de l'Université du Québec à Montréal.


Le document met de l’avant l’importance de développer une vision globale de la formation continue au Québec. Ainsi, les compétences acquises en dehors de la formation initiale pourraient être mieux reconnues. Cela représente certainement la voie pour enfin valoriser l’apprentissage tout au long de la vie. 


Actuellement, le système de formation est très fragmenté. Il existe une multitude de programmes et de formations offerts dans tous les secteurs, par différents acteurs. Plusieurs activités de formation continue ne sont pas reconnues de manière officielle par le secteur académique ou le ministère de l’Éducation. Elles ne donnent donc pas toujours d’avantages tangibles à ceux qui les complètent. 


Ainsi, le développement de nouvelles compétences est souvent perçu comme une activité individuelle et non pas comme une possibilité de contribuer à l’amélioration des milieux de travail. La reconnaissance de ces compétences est aléatoire d’un milieu à un autre et parfois, elle est tout simplement inexistante. Les personnes qui complètent des programmes non reconnus n’ont même pas accès à certains types d’emploi, notamment dans la fonction publique. 


Dans ce rapport, le CSÉ amène l’idée de structurer et d’organiser le système de formation des adultes afin d’obtenir une meilleure connaissance de tous les types de formation continue existant au Québec. Cela permettrait de classer et de comparer les formations, facilitant la compréhension de la réelle valeur de chacune. 


Cela permettrait de leur accorder une forme de certification (peu importe le nom qu’on donnera à cette reconnaissance) que les personnes pourraient ensuite utiliser pour témoigner des compétences acquises (et qui sortirait de la reconnaissance des acquis tel qu’elle est pour le moment vécue au Québec). Bien que le plafond de papier s’effrite, il est encore solide dans certains milieux et demeurera nécessaire d’en d’autres.


En ce moment, hors du système traditionnel de formation, point de salut, je l’ai déjà mentionné à quelques reprises. Ai-je besoin encore de mentionner la pertinence de formation dans le secteur du numérique comme 42 Québec? Je pourrai même ajouter d'autres exemples comme l’incubateur numérique de CyberCap, le Wagon et Lighthouse Labs. Ces initiatives (gratuites ou payantes) démontrent que les parcours alternatifs peuvent non seulement exister, mais également donner des résultats positifs. 


Toutes ont en commun qu’elles ne donnent pas de diplôme officiel du ministère de l’Éducation, mais qu’elles ont une valeur reconnue par certains employeurs (mais pas tous) du domaine numérique. Toutes les personnes qui suivent ces formations mériteraient de faire reconnaître leurs compétences acquises au terme de celles-ci afin de faciliter leur insertion au marché du travail. Par exemple, en France, les finissants de 42 ont droit à une certification professionnelle reconnue (RCNP 36137 ou RCNP 36135). Les Québécois suivant la même formation n’ont droit à rien.


La mise en place d’un Cadre national de qualifications devient non seulement nécessaire, mais urgente pour faire face aux défis actuels de l’éducation et du marché du travail. Cela représenterait un premier pas, une ouverture (enfin!) vers l’acceptation de la diversité des parcours de formation et surtout de la diversité des apprenants. Actuellement, les personnes qui ne répondent pas aux attentes du système sont tout simplement mises de côté. Comme société, avons-nous le luxe de nous priver du potentiel de ces personnes? Un gouvernement peut-il encore dicter LA façon d’apprendre, LE chemin à suivre? 


De plus, même avec un premier diplôme officiel en poche, les personnes qui poursuivent des activités de formation continue ne voient pas toujours celles-ci reconnues lorsqu’elles sont réalisées en dehors du cadre académique traditionnel. Le système éducatif québécois n’a plus le monopole de la formation depuis longtemps, mais le gouvernement refuse toujours d’admettre que d’autres types de formation fonctionnent et permettent aux personnes qui les suivent de progresser dans le développement de leurs compétences.


Cela a déjà été mentionné sur la place publique à de nombreuses reprises. Pourtant, le gouvernement du Québec tarde toujours à ouvrir la porte à la reconnaissance des formations alternatives, alors même qu’elles répondent aux besoins actuels du marché du travail en accélérant le perfectionnement, la requalification, la mise à niveau des travailleurs; alors même qu’elles permettent une inclusion plus large des individus au marché du travail.


En adoptant un cadre national de qualifications, nous pourrions non seulement améliorer la transparence et la compréhension des formations offertes aux adultes, mais aussi favoriser une plus grande mobilité des travailleurs et des apprenants adultes. Cela permettrait à tous de naviguer plus aisément entre les différentes offres de formation, rendant la formation continue et la reconversion professionnelle plus accessibles et certainement plus attrayantes, puisqu’elle serait reconnue à sa juste valeur.


Le CSÉ propose de créer une nouvelle entité, avec une gouvernance multipartite, pour piloter le développement et la pérennité du cadre, de même que pour « intensifier la reconnaissance des acquis et des compétences à tous les niveaux ». Personnellement, je suis d’avis que l’expertise existe déjà au sein de la Commission des partenaires du marché de travail (CPMT) et de ses comités sectoriels de main-d’oeuvre (CSMO). La CPMT regroupe déjà des acteurs des secteurs académiques et de l’emploi, elle a déjà élaboré un cadre des compétences du futur, ses comités sectoriels offrent déjà de la formation continue ou sont au fait des besoins et de l’offre dans leur domaine d’activité. Cependant, il faudra que les membres de la CPMT accepte de faire table rase sur la tradition, qu’ils acceptent que l’innovation est devenue incontournable.


Il est temps que le Québec rejoigne les rangs des 150 pays qui ont déjà adopté ou sont en train de développer un cadre de qualifications. Nous devons cesser de discourir sur le sujet et se mettre en action pour valoriser véritablement les compétences et les acquis de chacun, peu importe le chemin emprunté pour les obtenir. En tant que société moderne qui désire faire face aux enjeux actuels, nous devons reconnaître toutes les voies d’apprentissage.


Les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sont les destinataires de l’avis publié par le Conseil supérieur de l’éducation. Entendront-ils le message? Je l’espère. J'espère surtout que l’apprentissage tout au long de la vie sera bientôt véritablement valorisé dans notre province. 


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L'avis propose sept recommandations qui s’inscrivent sous trois grandes orientations: 
  1. Doter le Québec d’un outil structurant pour favoriser la comparaison et la lisibilité des qualifications.
  1. Mettre en place les conditions assurant l’adhésion, la validité, la pérennité et l’efficience du cadre national de qualification.
  1. Intensifier et élargir le déploiement de la reconnaissance des acquis et des compétences à tous les niveaux


Image : Générée sur Ideogram.ia

lundi 22 avril 2024

Les pratiques du passé...



La semaine dernière, j'ai écrit un éditorial à propos de l’incontournable présence du numérique en éducation et des amalgames concernant leur place des écrans dans la vie des jeunes, avec mes collègues et amies de l'École branchée, Stéphanie et Audrey. Certaines personnes m'ont fait remarquer que j'aurais plutôt dû parler des pratiques pédagogiques archaïques qui ont encore cours dans nos écoles. Ce commentaire est arrivé juste à point.


Justement, des pratiques dépassées se pointent dans ma vie par le biais de ma fille qui est étudiante dans un cégep de la rive-sud de Québec. Eh oui, encore moi avec mes péripéties en lien avec les études collégiales de ma progéniture. À entendre les paroles de certains enseignants qu’elle et ses amies me rapportent, je me demande bien dans quel siècle ceux-ci vivent.


Je ne comprends pas comment on peut se prétendre enseignant ou professeur en 2024 et entretenir des pratiques du passé, comme si le monde n’avait pas changé au cours des dernières décennies. Je ne comprends pas comment il est possible d’ignorer les pratiques efficaces, la différenciation pédagogique, la rétroaction constructive, en 2024. Je ne comprends pas pourquoi les directions des établissements d’enseignement permettent des pratiques aussi disparates d’un enseignant à l’autre. 


Est-ce moi où cela ne devrait pas être accepté qu’en 2024, on retrouve des enseignants qui disent des choses comme « Au moins la moitié d'entre vous ne passeront pas mon cours », « Vous n'auriez pas dû passer le cours précédent », « Il y a toujours un tamis qui doit se faire, mais certains professeurs vous la rendent trop facile », « Vous êtes jeunes et vous avez le temps de reprendre un cours deux ou trois fois pour parfaire vos connaissances ».


Est-ce moi où cela ne devrait pas être toléré qu’en 2024, on retrouve des enseignants qui dictent littéralement à des étudiants la façon dont ils doivent se comporter (et de façon peu élégante) : « Si vous ne mentionnez pas ceci dans votre texte, je vais vous couler », « Si vous oubliez de mentionner cela, je vais vous couler ». Aucune créativité, aucune liberté de pensée, au nom de rigueur intellectuel, tous doivent adopter le même moule.


Je croyais bien naïvement que ce type de commentaires qui frôle l'intimidation n’avait plus sa place dans les écoles en 2024. Il me semble qu'à l'heure de l'inclusion où on appelle à former plus de diplômés au nom de la réussite éducative, ce type de pratique devrait être complètement évacué. Où sont passées la bienveillance et la résilience dont on parle tant dans cette ère post-pandémique?


Accompagner les étudiants dans la découverte des subtilités du langage? Oui.

Ouvrir leurs horizons face à l’univers des possibles? Tout à fait.

Permettre le dialogue, l’écoute active, la collaboration et la rétroaction? Encore plus.

Favoriser la persévérance, stimuler la motivation? Toujours.


Les professeurs qui osent encore aujourd'hui faire ce genre de commentaires désobligeants, élitistes, snobinards, devraient se faire rabrouer. Ceux qui disent « dans mon temps, j’ai bûché alors, vous allez bûcher », à ceux qui disent « moi alors vous »…. Quelle étroitesse d'esprit! 


Le milieu scolaire devrait être un milieu de progrès et non d’immobilisme. Imaginez-vous qu'il y a encore des professeurs qui n'ont même pas de PowerPoint à afficher à l'écran « parce que vous n'aurez pas le choix d'écouter et de prendre des notes si vous voulez passer mon cours sinon tant pis pour vous ».


Aucune possibilité de revoir des notes pour se rafraîchir la mémoire. Aucune diversification dans les apprentissages pour ceux qui seraient plus visuels. Sans l'écoute et la mémorisation par cœur, tu couleras! C'est normal que certains jeunes vivent des échecs, mais pouvons-nous au moins leur donner des conditions favorables et des conditions gagnantes pour qu'ils cheminent vers la réussite?


Et pire encore, au moment où je termine la rédaction de ce billet, un ami me rapporte qu’une membre du personnel du cégep en question a demandé à quelques étudiants de ne plus se présenter à son cours, à quatre semaines de la fin de la session, parce qu’« elle ne souhaite plus leur enseigner ». Elle leur a clairement indiqué que s’ils se présentent aux prochains examens, elle leur attribuera automatiquement un échec. Ces jeunes ne sont pourtant pas en situation d’échec en ce moment. Depuis quand les enseignants peuvent faire de l'enseignement sélectif et prédire le succès ou l'échec d'un jeune? S'ils vont se plaindre à la direction, que pourra-t-elle véritablement faire? Aura-t-elle la volonté de faire quelque chose?


Je dois dire que ce type de pratique me laisse pour le moins perplexe, en colère même. Le fait qu’elle persiste encore dans nos écoles en 2024, c’est vraiment le signe que le système scolaire est dû pour un bon électrochoc. Après, on se demande pourquoi les jeunes sont de plus en plus anxieux et décrochent. Ce type de pratique n’est pas du tout en phase avec le monde dans lequel ils veulent vivre et se développer.


Décidément, je suis une mère au front pour un meilleur système d’éducation! 

samedi 13 avril 2024

L'éducation du futur


Quelle discussion pertinente et nécessaire avec Mélanie Labbé, de Cofomo Québec et de Mon Avenir TI, et Sophie Viger, de 42 The Network, dans le cadre de la Semaine numériQC. J'y prenais part en tant que rédactrice en chef des médias de L'École branchée.

De plus en plus de jeunes Québécois quittent le système scolaire traditionnel sans diplôme. L’arrivée de l’intelligence artificielle générative fait peur dans bien des milieux scolaires; les enseignants reviennent au papier et au crayon. Avec la révolution numérique en cours, les jeunes doivent pouvoir développer les compétences nécessaires pour intégrer le marché du travail de demain.

Or, nos écoles ne se transforment pas assez rapidement pour accrocher, motiver et engager les jeunes. Il devient de plus en plus urgent d’adopter de nouvelles pratiques d’enseignement et surtout de nouveaux modes d’évaluation. Au niveau primaire et secondaire, des parcours alternatifs ont vu le jour au fil des années. Au collégial et à l’université, les changements sont plus lents, des programmes sont dépassés et n’arrivent pas à se mettre à jour assez rapidement pour suivre l’évolution des changements technologiques.

Des modèles proposant des pédagogies innovantes existent (allô 42 Québec et le 42 The Network et CyberCap). Ils deviennent des alternatives intéressantes pour ceux qui ont le potentiel, mais ne se retrouvent pas dans le système scolaire traditionnel. Par contre, nous devons aussi pouvoir reconnaître les compétences acquises dans le cadre de ces formations hors normes. Les badges numériques ou d’autres formes d’attestation représentent-ils des avenues intéressantes?

Une chose est sûre, nous devons nous mettre en action pour offrir une diversité de parcours de formation aux jeunes, pour leur permettre de développer des compétences comme la créativité, le jugement critique, la collaboration et la résolution de problème. Nous devons aussi nous mettre en action pour reconnaître les apprentissages fait tout au long de la vie, de manière autodidacte. Les entreprises adapteront-elles leurs critères d’embauche dans un contexte où la pénurie de main-d'œuvre persistent? Elles ne peuvent se passer d’aucun talent disponible.

En résumé, je reprends les mots de Mathieu Naud, directeur de Noschool : « Réussir à faire "apprendre à apprendre" pour les jeunes d’aujourd’hui est devenu essentiel! Pourquoi? Le monde a déjà changé! Notre éducation basée sur la précédente révolution industrielle ne prend pas en compte la nouvelle révolution... numérique, celle-là »!

samedi 30 mars 2024

La communauté EdTech au service de l'éducation

 


Le 14 mars 2024, l'Association Edteq a organisé une soirée pour souligner la publication de deux guides importants pour la conception et l'intégration des technologies en éducation. J'ai eu l'occasion de participer de diverses façons à ce bel événement et je tenais à garder des traces ici. 

Premièrement, au cours de l'été dernier, j'avais accepté d'assumer la rédaction d'un guide pratique à l'intention des concepteurs de technologies éducatives. À partir de différentes conversations et documentations, ainsi que d'une revue de littérature, j'ai bâti le guide. Celui-ci contient :

  • des conseils pour développer des outils technologiques répondant aux besoins des milieux scolaires (du primaire à l'université), 
  • des conditions gagnantes pour intégrer le marché scolaire, 
  • des bonnes pratiques, notamment en matière de cybersécurité, d'inclusion et de sobriété numérique,
  • un regard sur des tendances à venir en éducation. 

Parallèlement, un deuxième guide à l'intention du personnel et des gestionnaires scolaires était en rédaction du côté du Centre de transfert en réussite éducative du Québec (CTREQ). J'ai assisté aux rencontres du comité de pilotage et j'ai pu suivre l'évolution du développement de ce guide. Celui-ci présente :

  • des facteurs pouvant contribuer à une intégration réussie des technologies en milieu scolaire,
  • des pistes de réflexion pour tirer profit des technologies éducatives,
  • des exemples de projets réussis.

L'idée derrière ces guides est de favoriser une utilisation à valeur ajoutée des technologies en contexte scolaire et d'accompagner, encore et toujours, les concepteurs et les utilisateurs.

La soirée du 14 mars marquait la publication des deux Guides. Ceux-ci sont maintenant disponibles gratuitement sur le site de l'Association Edteq (en format PDF). Je crois sincèrement qu'ils méritent de circuler abondamment dans les milieux. Alors, n'hésitez pas à les partager!

Deuxièmement, la soirée de lancement, organisée par l'Association Edteq, avec la participation de Desjardins Caisse des Technologies, a été une incroyable occasion de réseautage et de partage. Ce fût vraiment une réussite! Tous ceux et celles qui y ont participé sont certainement repartis énergisés (en tout cas, moi, je l'ai été!), avec la conviction qu'il faut aller de l'avant pour que les milieux éducatifs puissent tirer le meilleur de l'intégration des technologies (pas besoin de dire que je n'en doute pas!). 

J'aime particulièrement ce type de soirée qui permet de faire de nouvelles connaissances et de revoir des collaborateurs réguliers. J'aime le mélange des genres qui se produit aussi.  

Finalement, j'ai participé activement à la programmation de la soirée en intervenant dans le panel de discussion qui a permis de mettre en lumière des usages positifs et concrets de la technologie dans les écoles. Un honneur pour moi d'être aux côtés de Shawn Young, co-fondateur et président de l'Association Edteq, de Nadia Naffi, chercheure à l'Université Laval, de Federico Puebla et Cyril Cosenza, de Créativité Québec.

De cette discussion, je retiens : 

  • « On n'a certainement pas encore exploré tous les possibles de la technologie en éducation. Il faut se donner le droit de le faire pour les découvrir. »
  • « Il existe des technos conçues pour répondre à des besoins spécifiques et qui changent l'éducation en mieux! »
  • « Le marché éducatif est une drôle de "bibitte" pour les entreprises qui tentent de s'y tailler une place. Il faut savoir y naviguer et persévérer. »
  • « Les exemples d'intégration réussie de la technologie dans les écoles existent et il faut s'en inspirer pour propulser l'utilisation à un autre niveau. »
Et le mot de la fin : « Cela fait des années que l'on dit qu'il y a des choses qui doivent changer dans le monde scolaire, mais rien ne bouge. Cessons d'attendre et provoquons le changement dans nos milieux. Osons poser des gestes pour offrir une éducation moderne à nos enfants, pas pour demain, mais bien pour aujourd'hui, dès maintenant. On se met en action? »

« Osons revoir les façons d'enseigner et d'apprendre, osons évoluer dans les pratiques pédagogiques en vue d'une meilleure adéquation avec l'évolution de nos sociétés, osons encourager la découverte et l'innovation, osons accompagner la jeunesse tout en saisissant le renouveau qu'elle peut nous offrir, osons nous approprier le changement et en faire une en opportunité. »

Image prise à la fin du panel de discussion par Federico.

dimanche 24 mars 2024

Dans la boîte...

 

Le Québec fait face à de nombreux défis. Il faut transformer, optimiser, améliorer, accroître, et ce dans plusieurs domaines. Par contre, lorsque je regarde le budget dévoilé récemment et le discours qui l'accompagne, je ne découvre absolument rien qui me laisse entrevoir des changements, des façons de faire différentes qui pourraient conduire à de nouveaux résultats. 

Ce n'est pas en remettant constamment de l'argent supplémentaire dans des programmes que l'on arrivera à des résultats différents. Ce n'est pas en reproduisant constamment les « bonnes vieilles méthodes » qu'on pourra relever les défis d'aujourd'hui et de demain. 

Prenons l'éducation par exemple. Sans surprise, puisque c'est un domaine que je connais très bien. Et ça tombe bien, il s'agit d'une des deux priorités énoncées par le gouvernement. 

Un budget, ça ne dit pas tout d'une vision et d'une stratégie, c'est vrai. Mais je m'attarderai davantage au choix des mots, qui témoignent bien d'une forme d'immobilisme.

La priorité 2. se lit comme suit : « Favoriser la réussite éducative des jeunes ». Dans ce chapitre, il est abondamment question du « plan de rattrapage » pour « reprendre [...] le retard accumulé ».

La priorité 3.  se lit comme suit : « Promouvoir la réussite aux études supérieures ». La première phrase de ce chapitre est la suivante : « La diplomation aux études supérieures constitue un levier essentiel pour contrer la rareté de main-d’œuvre et favoriser le développement socioéconomique du Québec ». Plus loin, on peut aussi lire que l'on souhaite « Favoriser la diplomation pour la transition énergétique et d’autres domaines prioritaires ». 

On comprend donc que la réussite éducative implique l'obtention d'un diplôme.

Pourquoi ne pas parler de réussite scolaire dans ce cas? Ça m'agace toujours un peu quand je vois réussite éducative (et pas seulement dans le budget). Dans le fond, on cherche à diplômer des jeunes. Lorsqu'ils décrochent, on parle de décrochage scolaire, mais quand ils obtiennent leur diplôme, on parle de réussite éducative, alors que c'est une réussite scolaire, académique. Ce n'est pas parce que quelqu'un n'a pas de diplôme qu'il n'a pas eu d'éducation et donc que son éducation n'a pas été réussie.

Bref, on continue de promouvoir un seul et même chemin pour tous. Sans diplôme, point de salut. Pourtant, on sait bien que le « plafond de papier » s'effrite de plus en plus. 

De plus, les statistiques montrent que de plus en plus de jeunes quittent l'école secondaire sans diplôme. Les taux de « décrochage » sont aussi élevés aux niveaux collégial et universitaire. Que faisons-nous pour transformer l'école et y intéresser les jeunes? Il faudra un jour se mettre en action pour revoir les programmes, les méthodes, l'évaluation (ce sujet pourrait faire l'objet d'un autre billet entier!).

Ensuite, si on ne peut nier que « la diplomation aux études supérieures constitue un levier essentiel pour contrer la rareté de main-d’œuvre », il y a certainement d'autres avenues pour répondre aux besoins croissants, complexes et urgents du marché de travail, surtout dans un monde qui change rapidement et constamment (inutile de dire que les programmes scolaires ne changent pas rapidement et constamment). 

Pourquoi ne pas évoquer le nécessaire apprentissage tout au long de la vie, la formation continue, la requalification, le développement professionnel, l'acquisition de compétences à travers des activités formatrices diversifiées et engageantes? Pourquoi ne pas ouvrir la porte à la reconnaissance de parcours alternatifs? 

Pourquoi ne pas s'intéresser à d'autres manières de reconnaître les compétences? La microcertification avec des badges numériques gagne en popularité. Y aurait-il lieu de créer des certifications ou des attestations différentes qui ne passent pas par le « chemin officiel »? Pour augmenter le nombre de travailleurs qualifiés dans certains domaines. Pour accélérer la reconnaissance des compétences acquises hors du cadre scolaire habituel. Pour « rattraper » ceux qui sont sortis de l'école sans papier, mais qui ont développés des compétences. 

La pluralité des trajectoires est un fait. Pourquoi ne pas créer davantage de passerelles entre les parcours empruntés par les individus. Au final, l'important ne devrait-il pas être que tous puissent se développer professionnellement et humainement, peu importe le chemin emprunté, et que tous puissent être reconnus à leur juste valeur?

On sait déjà, depuis des décennies, que les murs de l'éducation traditionnelle s'effondrent. Le trajet uniforme avec diplôme officiel à la sortie n'est plus la seule voie depuis longtemps, mais on tarde à le reconnaître. Avec les mots employés dans le budget 2024, on persiste et signe, encore!

Il me semble que si l'on veut transformer, optimiser, améliorer, accroître, il faut regarder en dehors de la boîte. On a fait le tour de la boîte depuis longtemps!

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« Le taux de sorties sans diplôme ni qualification est en hausse un peu partout au Québec. Dans certaines régions, c'est un élève sur cinq qui quitte l'école sans aucune qualification. » (Félix Lajoie (18 mars 2024). Le Soleil)


« La demande de travail dans le secteur de la transition énergétique est en constante augmentation, notamment avec le développement de la zone d’innovation de la Vallée de la transition énergétique (VTE) ainsi que l’installation de Northvolt au Québec. 
Face à cet enjeu, le gouvernement souhaite augmenter le nombre de travailleurs qualifiés pouvant commencer rapidement à travailler dans les entreprises du secteur de la transition énergétique, particulièrement dans la filière batterie. Ainsi, il soutient les établissements dans le développement et la diffusion de programmes d’études adaptés aux besoins de main-d’œuvre. 
Dans le cadre du budget 2024-2025, le gouvernement prévoit une somme de 26,0 millions de dollars sur cinq ans afin d’accroître le nombre de diplômés dans le secteur de la transition énergétique et dans d’autres domaines prioritaires. »

Source de l'image : Publication de Catherine Mathys sur LinkedIn, au sujet d'une conférence présentée à l'événement SXSW en mars 2024.
 

samedi 2 mars 2024

Une histoire de 42 Québec


Quelque part dans le quartier Saint-Roch, à Québec, l’intérieur d’un bâtiment communément appelé « l’ancien édifice Le Soleil », fourmillent des centaines de personnes qui ont choisi d’oser pour se former autrement et vivre une expérience humaine hors du commun. Chaque jour, ils entrent dans le bâtiment et se rendent au 3ᵉ étage avec le désir de se développer professionnellement. Ils sont les maîtres de leurs apprentissages.

Ce sont des adultes (la moyenne d’âge est de 28 ans) qui ont choisi de s’engager dans un parcours de formation dont la clé du succès est leur motivation et leur capacité à persévérer. Sans horaire fixe ni échéancier de travail, chaque personne puise en elle l’autodétermination pour compléter le parcours (en moyenne, entre 12 à 18 mois). 

Chacune a une histoire différente. Un parcours unique qui l’a conduit à vouloir apprendre autrement. Le point commun est un désir de développer de nouvelles compétences pour accéder à une carrière dans l’économie du numérique. Le parcours se termine d’ailleurs par un stage en entreprise (et une offre d’emploi pour la majorité!).

Un parcours technique et humain

Le parcours de formation de 42 Québec conduit techniquement à l’apprentissage de la programmation informatique. Humainement, il permet de développer des compétences comme la collaboration, la résolution de problèmes, l’autonomie, l’adaptabilité, la communication, qui sont reconnues comme étant des compétences nécessaires dans un marché du travail en transformation. Il permet aussi de gagner en confiance, de croire en ses capacités, de connaître des succès « scolaires ». 

« Je n’étais pas bon en mathématiques, je pensais ne jamais pouvoir accéder à un programme de formation en informatique. »


« 42 m'a appris à apprendre. » 




Une pédagogie efficace


La pédagogie de 42 Québec s’appuie sur des principes comme la collaboration, l’apprentissage par projets et la rétroaction entre pairs. Des pratiques qui ont fait leur preuve comme étant efficaces. John Hattie est un chercheur bien connu dans le monde de l’éducation. À travers ses travaux, il identifie les pratiques susceptibles d’avoir un impact positif sur les apprenants. Toute stratégie ayant une taille d’effet de plus de 0,40, selon Hattie, est considérée comme efficace.


Ces stratégies sont présentes dans la pédagogie de 42 : 

• Autoévaluation (1,33)

• Discussion collaborative (0,82)

• Apprentissage réciproque (0,74)

• Rétroaction (0,70)

• Apprentissage par résolution de problèmes (0,68)


Mentionnons que, dans le cas de 42, la pédagogie est vécue par des apprenants adultes, qui s’engagent volontairement dans le processus. Ce type de pédagogie ne s’applique pas à tous et toutes. 




















Et c’est d’ailleurs l’une des caractéristiques principales du campus 42. Il fait la démonstration qu’il est possible d’offrir une formation différente, de qualifier des personnes pour certains types d’emplois, sans suivre le modèle traditionnel. Il fait la démonstration qu’il n’y a pas un modèle, mais des modèles pour apprendre, se développer techniquement et humainement. 


Derrière le parcours et la pédagogie de 42, se trouve le désir d’avoir un impact social important. En permettant :

• d’encourager la réalisation du plein potentiel des individus; 

• de leur permettre de rester compétitif et pertinent en emploi; 

• tout en assurant l’inclusivité et l’équitabilité de notre société;   

• et en développant une citoyenneté informée et résiliente. 


Ce sont des principes qui guident les travaux de l’UNESCO sur l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie.


Et ce n’est pas simplement un désir, 42 Québec y arrive, pour vrai Trois ans après l’ouverture du campus, quelque 300 personnes ont entrepris le parcours, ceux qui complètent sont de plus en plus nombreux. Les commentaires des employeurs sont élogieux. La preuve de concept a été faite.


« Le parcours de 42 est vraiment différent d’un parcours académique standard. Cela [paraît dans le profil du stagiaire] : beaucoup d’autonomie, d’ouverture aux commentaires, curieux d’en savoir plus. »



Il fallait être visionnaire pour implanter un parcours de formation qui ne ressemble à aucun autre, qui brise tous les dogmes de l’éducation. Être en dehors de la boîte demande une volonté de fer et une détermination de tous les instants. Faire de l’innovation sociale n’est pas de tout repos. 


À l’heure où plusieurs en appel à penser l’éducation autrement pour favoriser l’engagement des apprenants, où on reconsidère la reconnaissance des acquis, où on encourage la micro-certification par compétences, où le plafond de papier se fragilise, 42 Québec permet de croire qu’il est possible de donner la possibilité à un plus grand nombre de personnes de se former pour contribuer à la société d’aujourd’hui et de demain. 



• Si certaines personnes de mon réseau veulent visiter, il y a des portes ouvertes le 6 mars.

• La prochaine piscine est en septembre pour ceux qui voudraient tenter leur chance.


 

J’ai déjà parlé de 42 sur ce blogue : 

• 1, 2, 3, 42... Plongez! (8 février 2021)

• 42 Québec prend vie (13 mai 2022)

• Briser le plafond de papier (9 octobre 2023)