samedi 29 octobre 2022

Chronique scolaire



Le début d'une nouvelle année scolaire amène toujours son lot d'histoire à raconter. L'an dernier, j'en avais fait un billet dès la première journée. Cette année, j'ai tardé un peu. Par manque de temps surtout. Certainement pas par manque de sujets à aborder!

Le début d'une nouvelle année scolaire, pour un jeune, c'est découvrir de nouveaux enseignants et s'adapter à leur style. C'est recommencer à vivre au rythme des règles de vie scolaire. C'est renouer des amitiés et en tisser de nouvelles. Les premières semaines sont un enchaînement de découvertes positives ou... surprenantes.

Au royaume de l'utilisation du cellulaire en classe, la confusion règne. Certains enseignants autorisent les élèves à le laisser sur leur bureau, d'autres ne veulent pas le voir du tout. Certains piquent des colères mémorables à leur sujet, d'autres l'utilisent pour réaliser des activités en classe. « Il faut simplement se souvenir quel prof autorise quel comportement. » 

Au sujet de l'intégration du numérique, on repassera dans certains cas alors que le cahier d'activités est toujours roi et maître (oui, même en 5e secondaire). Il y a l'enseignant qui fait faire des travaux dans Classroom, mais demandent de remettre une copie imprimée. Heureusement, il a aussi ceux et celles qui autorisent les recherches en ligne, qui donnent le choix des outils, qui proposent des projets stimulants. Chaque enseignant est vite catégorisé par les élèves (c'est ingrat, je sais). Il y en a des « plus cool » que d'autres qui feront en sorte que les élèves trouveront du plaisir à apprendre. 

Vous l'avez compris, c'est beaucoup à travers les discussions que j'ai avec ma fille que je vis la rentrée scolaire. Les communications directes que j'ai avec l'école se résument pas mal en une accumulation de notifications pour de nouveaux résultats affichés dans le portail Mozaik. La première communication qui m'a dit que ma fille « répond parfaitement aux attentes du programme » et à un « excellent comportement ». Et le premier bulletin qui arrivera dans deux semaines.

Ce premier bulletin est probablement ce qu'on pourrait appeler le « bulletin de trop ». Oui, je sais, ce n'est pas la faute des enseignants si le 3e bulletin est de retour. N'empêche, il a causé tant de stress dans ma maison au cours des dernières semaines. Alors que certains enseignants veulent passer leur matière chargée, les examens se sont multipliés en prévision de la préparation de celui-ci. Il faut dire que les enseignants n'ont pas tous la même attitude face à l'évaluation. Ça fait un bel amalgame et ça fait grimper la pression. On peut comprendre quand tu te retrouves avec trois examens dans la même journée : math, chimie et physique.

Après deux années de pandémie, le retour à la « normale » est définitivement une situation stressante pour bien des jeunes. Comment faire comme si de rien n'était? Pourquoi surtout? On parle de plus en plus d'inégalité, elle est bien visible. Je me compte chanceuse, ma fille est une performante. Mais ce que j'entends n'est pas toujours reluisant. Il y a des dommages collatéraux sur lesquels il faudra se pencher, plus tôt que tard.

Ma fille est en cinquième secondaire, je commence à entendre parler de cégep, de choix de programme, de performance pour être acceptée dans tel ou tel programme, etc. Ce seront bientôt les portes ouvertes dans les Cégeps. Je me demande : « comment ces jeunes seront-ils accueillis dans les établissements? Est-ce que là aussi l'enseignement est sur le pilote automatique, comme avant? ». 

Le milieu de l'éducation a besoin d'un bon coup de renouveau. Pour tenir compte des deux dernières années. Pour garantir la réussite du plus grand nombre (pour vrai). Pour amener les jeunes à aimer apprendre, à se sentir bien à l'école, à ne pas y aller à reculons le matin. Pour offrir des milieux stimulants qui ouvrent des horizons pour l'avenir. Ce n'est plus de la peinture que ça prend pour cacher les défauts sur le mur. C'est une véritable rénovation. Même la fondation aura besoin d'être revue et solidifiée. 

Beaucoup de réflexion sont en cours en ce moment dans les milieux, je le sais. Certains milieux sont en action. C'est excellent. Leurs actions sont inspirantes. J'en vois beaucoup passer par le biais de mon travail avec L'École branchée. Par contre, nous en sommes encore aux initiatives locales. Donc, elles ne touchent pas tous les jeunes (inégalités quand tu nous tiens). Et puis, tu as beau être super innovant, si tu es coincé dans une boîte administrative rigide, tu vas atteindre tes limites un jour ou l'autre. 

Je me demande bien ce que ça prendra pour que l'on bouge dans les hautes sphères pour offrir des milieux scolaires dignes du XXIe siècle à nos jeunes.



mercredi 5 octobre 2022

Et si on parlait un peu de numérique ?



En 2018, à l’aube de l’élection provinciale qui allait faire élire la Coalition avenir Québec pour la première fois dans la province, nous étions trois blogueurs* qui s’étaient réunis pour interpeler les principaux partis politiques au sujet de leur vision du développement numérique.


Huit questions avaient été posées en lien avec les thèmes suivants : L’innovation, La stratégie numérique et l’administration publique, L’accès à l’information, Le commerce en ligne, La culture, La démocratie, L’éducation et Le développement régional. Les liens vers les réponses de l’époque sont encore disponibles en ligne, à partir de cet article.


En les relisant, je ne peux que constater que notre monde a bien changé en quatre ans, mais que plusieurs enjeux sont demeurés les mêmes.


Quatre ans plus tard, je ne pouvais pas laisser cette campagne se dérouler sans y mettre mon petit grain de

sel.


C'est ainsi qu'en 2022, il n'y a pas eu de questions, mais une lettre ouverte.

 

Elle a été rédigée avec Yves Williams, accompagnateur numérique, et Stéphane Ricoul, expert de l'économie numérique.  Avec des échanges dans un Google Document, des commentaires et des discussions dans un canal Telegram, le processus est allé bon train. Je me réjouis même tout autant du contenu de la lettre que de la fluidité et efficacité de notre collaboration. C'est la preuve qu'on n'a pas toujours besoin d'être physiquement dans la même pièce pour réaliser un projet commun.


Nous avons fait relire nos écrits par un petit groupe en privé. Puis, il nous est venu l'idée de recueillir aussi des appuis, sous forme de co-signataires. C'est ainsi que Yves (merci!) s'est retrouvé à acheter un nom de domaine, à créer un mini-site Web et à brancher un Google Analytics.


Le résultat est simple, mais efficace pour ce que nous voulions faire : http://numerique-ouvronsledebat.ca/


Le contenu de la lettre et la liste des co-signataires s'y trouvent. J'ai aussi republié la lettre sur ce blogue.


La lettre a aussi été publiée pour la première fois dans La Presse Plus (merci à Stéphane pour les démarches!). D'autres publications ont suivi. Afin de garder des traces des retombées de l'exercice, je souhaitais publier une petite revue de presse ici.


Revue de presse :

« Je salue l’initiative du gouvernement d’avoir créé un ministère relatif au numérique, mais j’ai toujours milité contre un tel organe, et pour la création d’une autre entité, d’une direction générale ou d’une société d’État numérique, beaucoup plus transversale et transministérielle, adéquatement financée et dotée d’un pouvoir d’action concret. Ce serait un organisme chargé d’accompagner l’ensemble des ministères pour comprendre ce qu’il faut modifier dans chacune des lois s’ajuster à ce que le numérique nous offre aujourd’hui. »



L'élection provinciale a eu lieu le 3 octobre 2022. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a été élu pour un deuxième mandat majoritaire. Il est certain que nous allons suivre la mise en place du nouveau conseil des ministres, puis les décisions à venir en matière de transformation numérique de la société et de l'État québécois.



*À l’époque (2018), Clément Laberge, consultant indépendant dans le domaine du numérique, de la culture et de l’éducation, Martine Rioux, citoyenne et blogueuse engagée dans l’intégration du numérique, Yves Williams, entrepreneur, consultant numérique et blogueur. 

Société numérique: ouvrons le débat!

 


Cette lettre ouverte, rédigée à l'occasion de la campagne électorale québécoise de 2022, a également été publiée sur site Web : numerique-ouvronsledebat.ca

Le billet Et si on parlait un peu de numérique? explique la démarche derrière sa rédaction.

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La campagne électorale est commencée depuis deux semaines; ni les partis politiques, ni les commentateurs et analystes n’ont abordé la question de l’impact de la transformation numérique du Québec. Non seulement, cette question ne fait pas partie des priorités des candidats, elle est même évacuée des priorités électorales par les médias.

Pourtant, l’impact de cette transformation est omniprésent. Toutes les dimensions de l’activité gouvernementale, sociale et économique seront affectées au cours des prochaines années, tout comme elles l’ont déjà été au cours des 20 dernières.

L’économie, la santé, l’environnement, la culture, l’éducation, qui sont parmi les principaux thèmes de la campagne de tous les partis, ont pour dénominateur commun d’être des domaines où l'utilisation des technologies numériques est toujours de plus en plus importante. Même les règles de la vie démocratique sont bousculées par l’essor de nouveaux canaux de communication proposés par des technologies aussi innovantes qu'opaques dans leur fonctionnement.

En 2021, 97 % des Québécois possédaient au moins un appareil numérique et 93 % des foyers étaient branchés à Internet. L’apprentissage en ligne s’est démocratisé, le télétravail s’est généralisé, les produits culturels sont de plus en plus consommés au moyen de plateformes de diffusion, les objets connectés nous suivent à la trace pour surveiller nos moindres déplacements, notre état de santé, nos contacts, nos achats (souvent en n’incluant qu’un consentement approximatif).

Les technologies numériques sont des leviers inouïs pour répondre aux enjeux de société de notre temps. Elles permettent d’accéder à des savoirs jusque-là inaccessibles, de contribuer à la productivité de nos entreprises, de pallier le rétrécissement du bassin de main-d'œuvre, d’accroître les découvertes médicales et leur partage, de faciliter les communications entre les administrations publiques et les citoyens; elles pourraient même devenir un atout important dans la lutte aux changements climatiques. À l’inverse, elles provoquent aussi des effets pervers indéniables : choc des cultures, fuite de renseignements personnels, nouvelles fractures sociales, polarisation des débats, cyberintimidation, cyberattaque, redéfinition des frontières de nos vies privées, etc.

Il est donc inquiétant de constater aujourd’hui la nonchalance des partis à développer une ligne politique cohérente sur le numérique. Les technologies numériques ne sont pas neutres et leur utilisation peut entraîner des divergences de vues au sein même de notre société.

Les gouvernements ne peuvent plus minimiser les questions numériques comme s'il ne s'agissait que d'infrastructures, de méthodes informatiques, de câbles et de programmes d'accompagnement. Le numérique refaçonne le rapport entre les entreprises et la population, entre l’administration publique et les citoyens, et entre chacun d’entre nous. Le numérique a un effet structurant sur notre façon de penser, de vivre, d'échanger, de consommer, d'aimer, et de faire évoluer notre démocratie. La transformation numérique de notre société est liée aux pouvoirs politiques et doit être conduite comme telle.

Les partis politiques ne peuvent plus se défiler. Les enjeux sociaux sont grands, les impacts possibles immenses.

Jusqu’à maintenant, aucun gouvernement n’a assumé le leadership auquel nous nous attendions. Ni pour soutenir la transformation numérique de la société, encore moins pour chercher à la comprendre. Au fil des ans, les gouvernements sont apparus mal préparés et en mode improvisation lorsque certains enjeux faisaient tout à coup la manchette.  

Aujourd’hui, est-ce qu’un seul des partis est en mesure d’avoir une vision pour s’assurer : 

  • que les technologies numériques puissent devenir des alliés puissants du développement régional et des outils de croissance pour les entreprises où qu’elles se trouvent sur le territoire; 

  • que le commerce en ligne se développe à l’avantage des économies locales et des consommateurs

  • que les milieux artistiques, médiatiques et culturels soient mieux servis par les nouvelles formes de diffusion et de distribution, et non plus simplement menacées par elles; 

  • que l'éducation publique puisse tirer profit des possibilités numériques pour offrir des parcours de formation plus adaptés aux apprenants et aux réalités actuelles; 

  • que l’écosystème communautaire puisse utiliser les technologies numériques pour accélérer le rayonnement des valeurs inclusives dans notre société; 

  • que l'intelligence artificielle, qui s’intègre de plus en plus aux processus administratifs, respecte les plus hauts standards d'éthique et soit libre de biais sociaux; 

  • que les stratégies numériques soient établies en cohérence avec l’action climatique, en tenant compte du fait que le numérique est à la fois un accélérateur du dérèglement climatique et une source potentielle de solutions;  

  • que le gouvernement adhère à des principes de développement numérique responsable, attentifs aux exclusions que l’intensification des usages numériques va produire afin de permettre à chaque citoyen de jouer son rôle à part entière;

  • que l'innovation devienne une valeur forte dans l’administration publique?

Aujourd’hui, est-ce qu’un seul des partis est en mesure d’envisager la création d’un organisme indépendant et adéquatement financé, chargé de conseiller le gouvernement et le public sur les enjeux du numérique?

Aujourd’hui, est-ce qu’un seul des partis peut défendre les principes d’une souveraineté numérique, tant dans les moyens technologiques, dans la formation que dans la préservation de nos informations privées ?

Au début de 2023, les nombreux plans d’actions mis en place par le gouvernement en matière de numérique arrivent à échéance. Il faudra repenser les stratégies, mesures et calendriers d’activités rapidement au lendemain des élections. Rien n’a encore été divulgué quant à leur continuité. Ce sera un exercice complexe et délicat; tout autant que le fut la révision de la loi sur la protection des renseignements personnels. Chacun des plans est intimement relié aux autres et ne saurait plus être traité indépendamment, comme ce fût le cas jusqu’à aujourd’hui. Les questions du numérique sont si transversales et leurs impacts si structurants qu’elles imposent d’avoir une vision d’ensemble forte

Nous faisons donc appel aux leaders des partis politiques, afin qu’ils et elle profitent des semaines de campagne qui restent pour amorcer la discussion sur la société numérique que nous souhaitons collectivement nous donner. Aurez-vous le courage d’ouvrir le débat ?


À l’initiative de :   Martine Rioux, Chargée de projets d’édition numérique Stéphane Ricoul, Expert en économie numérique Yves Williams, Accompagnateur numérique


Parmi les cosignataires:

Dominique Leclerc, Scénariste, dramaturge, réalisatrice; Francis Gosselin, Ph.D., Économiste et consultant; Mathieu Halle, Entrepreneur, président et cofondateur; Stéphane Roche, ing., Ph.D., Professeur titulaire de sciences géomatiques; Annie Chénier, Accompagnatrice dans la transformation numérique; Bruno Santerre, Coordonnateur de programme Intégration multimédia; Denis Martel, Stratège numérique; Guillaume Morissette, Directeur de la recherche et développement.

Pour consulter la liste complète des cosignataires.

dimanche 28 août 2022

Politique et autres réflexions

 

Reprendre le clavier pour parler de politique. J'y ai pensé à deux fois et puis j'ai décidé que je pouvais bien me lancer. C'est naturel pour moi. J'avais écrit sur la campagne de 2014, ensuite sur celle de 2018. Nous voilà en 2022.

C'est que je ne peux pas écrire sur la campagne électorale qui vient de débuter sans jeter un regard sur les quatre années qui viennent de passer.

Retour en arrière...

Lorsque la Coalition Avenir Québec (CAQ) a été élue en 2018, un vent de changement et d'optimiste soufflait sur le Québec. Enfin, un nouveau parti qui voulait faire les choses différemment. C'était ma perception en tout cas. Avec la nomination d'un ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale (devenu ministre de la Cybersécurité et du Numérique depuis), j'étais personnellement d'autant plus heureuse. Le gouvernement allait s'attarder aux enjeux du numérique et mettre fin au bordel informatique.

C'est pourquoi je n'ai pas hésité à embarquer dans l'aventure quand on m'a offert le poste de conseillère politique pour le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire. Quelle opportunité! Je ne le regretterai jamais et depuis, les employés de l'État ont toute mon admiration.

Pendant un an et demi, j'ai pu vivre de l'intérieur ce qu'on appelle le gouvernement et la vie de cabinet politique. Cela m'a permis de mieux comprendre certaines choses, de me réjouir de certaines rencontres et de me désoler d'autres situations. Cela a confirmé ou infirmé certaines perceptions que l'on peut avoir de l'extérieur.

Il y a eu des projets incroyables et grisants auxquels j'ai pu participer : élaboration et lancement de la Stratégie de transformation numérique gouvernementale 2019-2023, plateforme de consultation publique gouvernementale, standards numériques (devenu le guide des bonnes pratiques numériques), mission en France avec le ministre (qui allait confirmer la vision autour de la Loi 25, entre autre chose). Puis, il y a eu la pandémie qui a changé la dynamique pour de multiples raisons.

Quand j'ai quitté, j'ai pris mes distances avec le monde politique. J'avais besoin de faire le vide. J'avais besoin de redevenir une simple citoyenne. Je n'avais pas accepté ce poste pour « faire de la politique », j'avais accepté ce poste pour faire bouger les choses pour la transformation numérique.

Parfois, on en vient à penser qu'il n'est pas possible de faire changer les choses de l'intérieur, qu'il faut reprendre son bâton de pèlerin de l'extérieur. Cela revient un peu à ce que j'avais écrit lors de la campagne électorale de 2018.

« Dans le fond, la solution ne se trouve peut-être pas dans l'implication politique, mais dans une implication citoyenne constante et consciente. »

Aujourd'hui...

Une nouvelle campagne électorale débute. La CAQ domine outrageusement les sondages. Les oppositions sont dispersées. Même si j'adhère encore aux idées de la CAQ, je ne suis pas de celles qui suivent une formation politique aveuglement. J'espère donc que la campagne donnera quand même lieu à des échanges constructifs et pragmatiques pour notre société qui en a bien besoin.

J'admire toujours les gens qui ont le courage de mettre « leur face sur le poteau » (Allô en particulier à Éric, Joëlle et Mario!). Le cynisme est plus présent que jamais. C'est donc plus important que jamais que des gens le fassent. Beaucoup de journalistes sont du nombre. Est-ce bien ou mal? Je me permets de donner mon avis, étant journaliste de formation moi-même : à travers le cynisme ambiant, les journalistes font partie d'une classe qui croit qu'il est possible d'avoir une influence dans la société, qui croit à la défense de la démocratie et qui s'intéresse au bien public. Au-delà des raisons personnelles, l'appel de la politique est cohérent avec cette vision.

Une nouvelle campagne électorale débute. Je me désole de voir qu'on fait encore de la politique pour faire de la politique, que certaines décisions, comportements ou commentaires sont faits uniquement avec un objectif partisan et non pas pour le bien commun. C'est ce que je déplore le plus. Et je l'avais déjà écrit d'ailleurs.

Et malgré tout, au fond de moi, j'ai encore espoir que cela pourrait changer, qu'il est vraiment possible de faire de la politique autrement. Pour redonner le goût aux citoyens de s'intéresser davantage à tout ce qui touche le gouvernement et les enjeux publics. Pour rejoindre les jeunes électeurs. Pour cela, il faudra peut-être sortir des clichés à un moment donné. En refaisant mon cours d'histoire de secondaire 4 l'an dernier (avec ma fille!), j'ai juste repris conscience à quel point l'histoire se répète et se répète sans cesse. 

Mon message est donc le suivant : 

- Ce n'est pas en réanimant toujours les mêmes débats ni en tombant dans les extrêmes que nous pouvons créer un climat social harmonieux (et nous devons être plus vigilants que jamais pour que cela n'arrive pas). 

- Les citoyens doivent sentir qu'on les écoute réellement, que les choses avancent concrètement. (Bref, on lâche la cassette et on privilégie la transparence et les échanges authentiques, pour vrai, et pas juste pendant la campagne).

- Comme citoyens, il est plus nécessaire que jamais de s'intéresser aux débats d'idées et de prendre le temps de s'informer, puis d'aller voter. (oui, je sais, vous avez l'impression que ça ne changera rien, mais ça peut TOUT changer).

- Sur une note plus personnelle, malgré les avancées réalisées grâce à la pandémie, il reste beaucoup à faire pour que le gouvernement du Québec se dote d'une véritable vision pour répondre aux enjeux du 21e siècle et de l'ère numérique. Bien qu'il soit peu probable que ceux-ci fassent partie des grands débats de la campagne, je souhaite que la prochaine législature du Québec s'y attarde plus activement.

On s'en reparle le 4 octobre (ou avant)!


mercredi 27 juillet 2022

La mascarade papale

 


C'est toujours délicat de parler de religion, mais là, c'est plus fort que moi, je me lance. La visite du pape au Canada et au Québec, en particulier, est en train de prendre une importance démesurée. Pour une société qui a rejeté la religion catholique en bloc dans les années 60 et qui n'est presque plus pratiquante, nous avons l'air d'un gang de groupie depuis quelques semaines. Seraient-ce les médias qui n'ont quasiment rien à se mettre sous la dent en cette période estivale qui accorde trop de place à cet événement? 

La religion catholique fait partie de nos racines et elle est inscrite partout dans notre patrimoine. Nous ne pourrons jamais le renier, ni faire comme si cela n'avait pas existé. Ce sont des religieux qui ont contribué massivement à la colonisation de notre pays et à la naissance de notre société. Mais, disons-le, la population a été (trop) longtemps sous le joug de la religion, d'extrémistes religieux qui ont abusé de leurs pouvoirs au nom de Dieu.

Oui, le pape doit absolument s'excuser auprès des Premières Nations pour tout le mal fait à ces communautés. (ceci étant, de nombreux civils auraient aussi à s'excuser). 

Mais le pape ne devrait-il pas aussi s'excuser auprès de toutes ces femmes qui ont été contraintes d'avoir des enfants à répétition pendant des années (peu importe leur condition physique)? Le baby-boom, ce n'est pas juste parce que les Québécois désiraient des familles nombreuses. 

Ne devrait-il pas s'excuser auprès de tous les enfants qui ont été arrachés à leur mère parce qu'ils avaient été conçus hors du mariage? Ne devrait-il pas s'excuser auprès de ces filles et ces femmes qu'on a privées de leur enfant? De celles dont on a nié qu'elles étaient victimes d'incestes? Des autres qu'on menaçait d'aller en enfer si elles éprouvaient du plaisir lors d'une relation sexuelle?

Ne devrait-il pas s'excuser auprès des personnes qui n'ont pu vivre leur homosexualité librement? Ne devrait-il pas s'excuser pour toute l'hypocrisie de la communauté religieuse, les secrets, les tabous, les fausses croyances qu'elle répandait dans une population peu instruite qui voulait croire en quelque chose? 

Il y a quelques semaines, on s'insurgeait contre le recul du droit à l'avortement aux États-Unis. Aujourd'hui, nous accueillons en grande pompe le pape. Ce pape qui s'oppose toujours à toute forme de contraception, qui est contre l'avortement, qui condamne l'homosexualité, qui refuse tout pouvoir aux femmes. Et n'oublions pas qu'il existe des populations dans le monde qui sont encore sous l'emprise de la religion catholique.

Le pape est un symbole. Un pape rétrograde. Une image du passé. 

Maintenant que notre société devient de plus en plus laïc, que nous voulons nous éloigner des extrémistes en tout genre, ne devrions-nous pas faire preuve d'un peu plus de retenu face à sa visite?


Image prise le 10 juillet au Mont-Saint-Joseph à Carleton-sur-Mer. 

vendredi 13 mai 2022

42 Québec prend vie

 


J'ai déjà raconté l'histoire derrière l'ouverture du Campus 42 Québec. « Une histoire d'humains qui ont cru très forts en ce projet et qui ont déployé des efforts énormes pour le mener à bien. » 

La dernière fois que j'ai écrit au sujet de 42 Québec, j'avais visité les locaux pour la première fois et j'avais assisté à l'arrivée des touts premiers candidats étudiants. C'était en février 2021. 

42 Québec est un lieu de formation en informatique qui permet d'accéder à une foule de métiers liés au numérique : développeur, concepteur de jeux vidéo, administrateur réseaux, expert en sécurité et plus. La pédagogie 42 est innovante, car elle propose un parcours ludique, collaboratif et participatif. Le concept repose sur l'apprentissage autonome, à partir d'une plateforme, mais en constante relation avec les pairs, en personne.

La formation est ponctuée de module à compléter, d'évaluation par les pairs et de stages en entreprises. C'est autour du numérique mais tout est conçu pour reposer sur l'humain, les interactions, l'entraide. L'un des objectifs est d'offrir un modèle de formation différent à ceux qui ne cadrent pas dans le moule traditionnel, mais aussi un cadre de formation qui s'apparente au marché du travail.

42 Québec est le premier campus au Canada d'un réseau d'une quarantaine d'établissements à travers le monde, le tout premier ayant vu le jour à Paris en 2013. Il s'agit d'un lieu de formation complètement hors norme pour le Québec (et ailleurs dans le monde aussi), ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7, où les étudiants circulent à leur rythme.

En plus d'être basée sur une pédagogie « en dehors de la boîte », la formation 42 est gratuite, et aucun diplôme n'est décerné à la fin. La reconnaissance des compétences des étudiants passent par la reconnaissance des entreprises qui les embauchent à la fin de leur parcours. Pour étudier à 42, il suffit d'avoir 18 ans ou plus et de réussir « la piscine », qui est comme un camp de sélection de 26 jours. 

Ça, c'est le cadre théorique. 

Hier soir, en tant que vice-présidente du conseil d'administration de Québec numérique (l'organisme derrière le campus 42 Québec), j'ai eu l'occasion de participer à un 5@7 (yé!) auquel était convié des étudiants (ils sont 117 en ce moment, mais ils n'étaient évidemment pas tous là) et des entreprises partenaires qui accueilleront bientôt des stagiaires (on les remercie!).

Et, vous savez quoi? J'ai été émue. Vraiment émue. De voir que le cadre théorique prend vie et se concrétise.

« Je suis tellement motivé à apprendre depuis que je suis ici. »

« J'ai recommencé la piscine deux fois, parce que je voulais me prouver que j'étais capable de le faire. La deuxième fois, j'ai réussi! »

« Des fois, je complète un module et je ne suis pas certain que j'ai appris quelque chose. Après, je me rends compte que je suis capable d'aider un collègue parce que j'ai complété ce module. »

« Je n'étais pas capable de me lever pour aller à mes cours au Cégep. Maintenant, je suis ici à 8h tous les matins. »

« C'est tellement inclusif comme milieu. On a tous des parcours différents mais on se rejoint. Il ne me viendrait jamais à l'idée de manger seul à la cafétéria comme je le faisais à l'université. »

« On n'a pas le choix de collaborer et de s'entraider. C'est comme la vraie vie. »

« Il y a trois cohortes qui se côtoient, mais on s'entraide tous sans distinction. La troisième cohorte est en train de rattraper la deuxième, parce qu'on s'aide. »

« Je m'étais intégré dans le moule de l'université, mais je voulais vivre quelque chose de différent. » 

« On a le droit de se tromper et de recommencer autant de fois qu'on veut. Si on ne sent pas bien une journée, on ne vient pas et ça ira mieux demain. Ce n'est pas comme à l'école où tu dois performer tel jour à telle heure pour un examen, peu importe ce qui se passe dans ta vie. »

Ces témoignages d'étudiants, ça vaut de l'or pour moi. Ça me prouve que le campus 42 Québec était nécessaire, qu'il offre une voie à certaines personnes. C'est pour ça qu'on voulait ouvrir ce lieu de formation à Québec.

J'avais envie de garder des traces de ces témoignages et j'espère pouvoir le faire encore dans le futur. Car au-delà de la reddition de comptes que les partenaires publics (Commission des partenaires du marché du travail et Ville de Québec) du projet demanderont : nombre d'étudiants, durée de la formation, taux de complétion, etc., pour moi, ce sont ces témoignages qui ont une véritable valeur et qui démontre la pertinence du projet.

Ce 5@7 se tenait dans le cadre de la première Foire de l'emploi de 42 Québec alors que des employeurs du numérique sont venus à la rencontre des étudiants en après-midi. Je les ai déjà félicité en privé mais je tiens à souligner le travail de tous les membres de l'équipe de Québec numérique qui ont participé à l'organisation de l'activité.

Pour en savoir plus sur le concept, je vous invite à lire ce billet d'Isabelle Ouellet, conseillère marketing et communication à 42 Québec.

Et maintenant, quelques messages d'intérêt public : 

  • Si certaines personnes de mon réseau veulent visiter, il y a des portes ouvertes le 29 mai. Faites-moi signe. 
  • La prochaine piscine est en septembre pour ceux qui voudraient tenter leur chance.
  • On parle beaucoup de recherche et de données probantes en éducation, surtout autour du numérique, alors si des chercheurs y voient un intérêt, là aussi, faites-moi signe.


lundi 18 avril 2022

Les dessous de la création du Wiki des ADN

 


Lors du plus récent Forum des innovations culturelles, qui s'est déroulé à l'occasion de la Semaine numériQC, j'ai eu l'opportunité de participer au panel de discussion « Wiki expérience : s'outiller pour être mieux représenté ». Marie-Hélène Raymond assurait l'animation des échanges. J'étais présente à titre de chargée de projets en transfert de connaissances pour le Réseau ADN. Jean-Robert Bisaillon, consultant en transformation numérique dans le secteur culturel, a présenté une initiative dans le secteur de la marionnette et Frédérique Dubé, responsable du développement numérique et wikimédienne en résidence chez Productions Rhizome, a présenté le projet Créer du lien pour une plus grande découvrabilité des arts littéraires québécois.

Je ne résumerai pas ici toute la discussion, qui a certainement permis de faire valoir la pertinence du wiki comme outil de transfert de connaissances, que ce soit à travers un wiki « privé » comme celui des ADN ou à travers les différentes instances de la Fondation Wikimédia (notamment Wikipédia et Wikidata).

Je vais juste saisir l'occasion de revenir sur la démarche de création du Wiki des ADN et de présenter les étapes qui ont conduit à sa mise en place.

En fait, en 2021, a débuté le déploiement de la Stratégie de transfert du Réseau ADN. Après 3 ans, il était temps d'identifier des apprentissages réalisés au sein de la communauté de pratique, de sélectionner des contenus développés en collaboration et de documenter le tout dans un lieu commun et facile d'accès. 

Dès le départ, il était clair que nous aurions besoin d'un « endroit » sur le Web pour déposer les contenus, les rendre publics et les partager (au sein de la communauté et plus largement aussi). Il s'agissait de créer une vitrine pour présenter l'apport des ADN à la transformation numérique des secteurs de la culture et des communications depuis 2019.

Bien honnêtement, il n'y avait tant de possibilités : le site Web ou le wiki. Le choix de l'outil final est documenté ici

Parmi les critères qui ont guidé le choix, on retrouve ceux-ci : 

  • Ne pas multiplier les plateformes (privilégier les outils déjà utilisés dans la communauté de pratique ou un outil gratuit)
  • Maîtriser l'hébergement
  • Contrôle et gestion des accès simple et centralisé
  • Maîtriser la publication de nouveau contenu (pour faciliter l'engagement)
  • Identifier aux couleurs du Réseau ADN (pour la pérennité)
  • Permet le partage de contenu facilement (URL, bouton de partage, RSS, etc.)
  • Permet la recherche de contenu selon certains critères (catégories)

Je dois dire que je ne connaissais pas grand chose à l'univers des wiki avant d'avoir à me pencher sur le choix de l'outil de transfert du Réseau ADN. Puis, je me suis mise à lire toute sorte de publications au sujet des wikis. J'en ai aussi discuté abondamment avec Annie Chénier, ma collaboratrice au Réseau ADN. J'ai consulté des experts du domaine. Plus j'avançais dans les échanges et la réflexion, plus je me disais que ce serait le meilleur outil pour donner vie à la Stratégie de transfert des ADN.

Parmi les lectures pertinentes, je retiens particulièrement celle-ci : Le wiki, un outil de travail collaboratif.

« ... il devient un outil de plus en plus utilisé en entreprise pour favoriser la collaboration, le suivi des dossiers et la créativité... »

Comme je l'ai moi-même écrit sur le Wiki des ADN :

« Le wiki est un outil de gestion et de transfert de connaissances reconnu dans les communautés de pratique. Il peut être à la fois utilisé pour publier du contenu plus statique ou du contenu destiné à évoluer dans le temps, du contenu public ou privé. Un grand nombre de contributeurs peut y adhérer et il peut être pris en charge par la communauté assez aisément. »

J'en suis donc venu à défendre la mise en place d'un wiki auprès des responsables au ministère de la Culture et des Communications, qui m'ont fait confiance et ont donné leur aval au projet. Merci Valérie et Mathieu.

Ce qui a guidé le choix final du wiki

  • Expertise existante au sein de la communauté (plusieurs ADN avaient déjà participé à des projets wiki)
  • Philosophie wiki (collaboration, partage) qui est en adéquation avec les valeurs de la communauté de pratique
  • Occasion de pousser plus loin les apprentissages au sein de la communauté
  • Potentiel de projet mobilisant qui deviendrait le leg des trois premières années d'existence de la communauté, tout en s'ouvrant sur l'avenir


C'est alors que j'ai fait un saut dans le vide dans l'univers wiki et je ne suis pas gênée de le dire. Je me suis sortie de ma zone de confort et j'ai participé à l'aventure avec les ADN. J'ai d'ailleurs commencé par me créer un compte sur Wikipédia, afin qu'il soit lié à notre wiki par la suite. Celui-ci a été bâti dans l'environnement logiciel MediaWiki afin de pouvoir s'arrimer avec l'univers de Wikipédia.

La première fois qu'on publie dans un wiki, on a peur de tout briser. Après, on essaie et on se rend compte que rien n'explose. Ça va et on y prend goût. J'ai abondamment publié sur le Web dans ma vie et je connais les bases du codage mais j'avais quand même une hésitation. Avec le temps, ça a passé.  Frédérique Leclerc a qualifié cet état de « wiki gêné » lors du panel de discussion. C'est un terme qui va rester!

Une bonne partie de l'automne 2021 a été consacré à la conception et la création du Wiki, par les ADN, avec le soutien de Jean-Robert Bisaillon et d'Antoine Beaubien, de moi-même et d'Annie Chénier. Plusieurs rencontres et ateliers pratiques ont permis de définir, puis d'alimenter l'outil. Je remercie tous les ADN qui ont contribué. J'ai préparé de nombreux contenus ainsi que la politique éditoriale, qui définit l'utilisation de l'outil, les contributeurs et les droits associés. C'est finalement au début février 2022 que nous avons pu le dévoiler publiquement et je surveille la fréquentation depuis. C'est assez satisfaisant.

On dit que ce wiki est « privé » parce que les contributeurs qui se créent un compte doivent être approuvé par un modérateur. Pour le moment, ce ne sont que les ADN qui ont des droits de publication.

Parmi les grandes sections, on retrouve :
Ce n'était pas si naturel de mettre en place un nouvel outil dans le contexte où la reconduction du Réseau ADN n'était pas encore annoncé (ce fut finalement fait en février 2022). Ce n'était pas si évident de mobiliser tout le monde autour de ce projet alors que tous les échanges se déroulaient en mode virtuel. Au final, je crois qu'on est arrivé à créer un lien commun et rassembleur pour les ADN. Il met en valeur leurs réalisations, permet de mieux expliquer en quoi consiste le rôle de l'ADN et la dynamique derrière la communauté de pratique, notamment ses valeurs. Il n'aurait pas pu voir le jour sans l'engagement des ADN qui y ont cru aussi.




Aujourd'hui, le travail de diffusion est en cours. À chaque semaine, une publication est faite dans le groupe Facebook Les arts, la culture et le numérique. C'est pourquoi j'ai participé au panel de discussion du Forum des innovations culturelles. Le Wiki des ADN est définitivement un lieu pour garder des traces des apprentissages au sein de la communauté et les faire connaître dans le secteur culturel. 

Mon travail de chargée de projet en transfert de connaissances s'achèvera dans les prochaines semaines. J'ai encore des contenus à documenter. Je me suis attachée à cette petite bête qu'est le wiki! J'espère que la mobilisation demeurera autour de cet outil et que les ADN continueront de le documenter, d'inscrire leurs réalisations, de mettre en valeur leurs apprentissages. L'ensemble de la communauté culturelle pourra ainsi en bénéficier. 
 


Crédit-photo : Fabrice Marcoux. Merci pour la superbe photo!