jeudi 19 février 2026

Chronique au sujet de l'écriture d'un livre

 


En septembre 2025, j'ai annoncé que j'écrivais un livre et après, je me suis faite assez discrète ici. J'ai été emporté dans un tourbillon de moments de rédaction et de dates de tombée, tout ceci à travers la vie normale! Mais, ceux qui me connaissent savent que j'aime les défis et que je ne recule jamais quand j'ai une idée en tête. Pour moi, ce projet est un gros leg et ma façon d'essayer (encore) de faire bouger les choses.

Alors, le projet arrive à terme bientôt. Mon livre sera publié en mai par Septembre éditeur. Voici un aperçu des étapes par lesquelles je suis passée dans les derniers mois.

Après un véritable marathon de rédaction en octobre, j'ai remis la première version en novembre et j'ai attendu avec impatience les commentaires de mon éditrice, Lucie. Nous nous sommes rencontrés le 19 décembre et elle m'a fait part de ses commentaires. Sans surprise, j'ai appris que je devais couper environ 20 000 mots (oui, vous avez bien lu!). J'avais tant à dire. Je devais recentrer certaines sections, éviter les redondances, écrire de meilleurs introductions (ma bête noire, les sujets amenés, posés, divisés!). En parallèle, j'avais aussi entrepris des démarches pour recruter le signataire de ma préface. Il a accepté avec enthousiasme. Je laisse planer le mystère sur son identité encore un peu.

J'ai laissé passer le temps des fêtes. J'avais besoin de prendre une pause. Mon cerveau avait besoin de repos. C'est donc au début janvier que je me suis penchée sur le manuscrit qui allait devenir la deuxième version. On m'a dit que c'était la pire étape (allô Pierre-Luc!) et j'ai bien compris pourquoi. Revenir sur ce qu'on a écrit, accepter de « sacrifier » certaines sections et informations, dire autrement, ce n'est pas toujours facile. Je suis habituée de relire les autres mais me relire moi et transformer mes écrits, c'était nouveau. Au fil des soirées et des fins de semaine, j'ai avancé et j'ai coupé. J'ai consulté des amis (allô Maxime), j'ai parlé à certains de mes contacts en éducation de valider certaines sections. J'ai demandé à quelques personnes de me relire (reallô Pierre-Luc, bonjour Geneviève et Marc) J'ai ajusté, j'ai bonifié aussi. Je suis arrivée à une « V2 » satisfaisante le 1er février.

De nouveau, envoi à Lucie et attente du verdict. Est-ce que mes efforts avaient été à la hauteur? Il semble que oui! À son retour, quelques jours plus tard, elle m'a confirmé qu'il restait peu de choses à modifier. Quel soulagement d'en arriver à ce moment! C'est à la fois très satisfaisant et angoissant. Au fur et à mesure que le projet avance, je commence à me rendre compte du projet que je suis en train de concrétiser. C'est en voyant la proposition de couverture que je me suis : Wow, c'est bien vrai! Après, je me suis empressée de faire les dernières retouches au manuscrit et de mettre de l'ordre dans mes références bibliographiques (un autre beau défi!). Je dois aussi préparer la mise en ligne de quelques textes complémentaires, qui seront uniquement accessibles ici sur mon blogue (J'ai fait de la récupération dans les sections coupées!). J'ai finalement envoyé la « VF », la version finale en début de semaine! Quel bonheur de franchir cette étape!

Ça avance. Je dois maintenant penser au lancement et aux activités de promotion du livre. Ce n'est pas tout de l'avoir écrit, il faut que j'en vende maintenant! Le lancement officiel est prévu le 25 mai à Québec, idéalement dans le quartier St-Roch ou le secteur du Petit-Champlain. Je n'ai pas encore trouvé de lieu pour tenir l'événement. J'y travaille. Notez la date à votre agenda! Je publie bientôt les invitations.

Pour ma famille et mes amis du Bas-Saint-Laurent, je pense aussi à un événement plus petit à La Pocatière. Mes racines sont là et c'est important pour moi d'aller y présenter mon livre. D'autant plus que c'est une ville qui est reconnue pour ses établissements d'enseignement. À suivre aussi mais ce sera certainement en mai. Gardez votre agenda proche!

Pour ceux qui ne le savaient pas déjà, de quoi parle mon livre? Il parle d'éducation, de développement de compétences, d'apprendre à apprendre et d'apprendre toute la vie. Il parle du système qui ne favorise pas la réussite éducative de tous et qui bouge trop lentement pour la vitesse à laquelle notre monde évolue. Il parle du pouvoir que chacun a de changer les choses, un peu, à sa façon. Et il donne, surtout, des idées pour se mettre en action. Bref, il parle de ce que je connais, de ce qui me tient à coeur et de ce qui m'anime dans ma vie professionnelle depuis 25 ans (oups, on rajeunit pas!).

Pour en savoir plus, lisez le résumé ici : https://scriba-mots.ca/portfolio/livre/ 

Parmi les articles complémentaires, je vous invite déjà à découvrir le projet d'école buisonnière mis en place par le Carrefour jeunesse de Shawinigan. Un projet coup de coeur. J'ai dû raccourir la présentation du projet dans mon livre, mais je voulais absolument publier l'intégral ici.


dimanche 1 février 2026

L’École buissonnière : quand sortir de l’école permet de raccrocher


Ce texte s’inscrit dans le travail de recherche et d’écriture que je mène actuellement en vue de la publication de mon prochain livre, consacré aux angles morts et aux angles neufs de notre système éducatif. Au fil des rencontres, des lectures et des chemins explorés, une conviction s’est imposée : pour comprendre ce qui doit changer en éducation, il faut aussi regarder attentivement ce qui se construit en marge des cadres habituels.

L’expérience de l’École buissonnière, mise en place par le Carrefour jeunesse de Shawinigan, fait partie de ces initiatives qui méritent d’être documentées et mises de l'avant dans les débats actuels sur le décrochage, les parcours non linéaires et la réussite éducative. Elle illustre concrètement comment, en sortant temporairement de l’école, certains jeunes parviennent paradoxalement à… y raccrocher autrement.

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À Shawinigan, le Carrefour jeunesse (CJE) a mis en branle le projet de l’École buissonnière, un dispositif souple de trois jours par semaine pensé pour des jeunes de 14 à 17 ans en obligation de fréquentation scolaire, mais à haut risque de décrochage, souvent en lien avec la DPJ. L’idée est simple et ambitieuse à la fois : offrir un parcours non académique qui redonne du sens aux apprentissages, aide à (re)trouver un cap et remet le pouvoir d’agir entre les mains des jeunes. «I l faut penser en dehors de la boîte pour rejoindre les jeunes qui ne se retrouvent pas dans les milieux traditionnels », résume la directrice, Geneviève Boivin.

La clientèle ciblée est composée de jeunes déjà désengagés de l’école ou en « lien pédagogique » pour lesquels les mécanismes habituels s’essoufflent. « Pour le dire simplement, les jeunes se retrouvent assis dans leur salon parce que le milieu scolaire ne sait plus quoi faire. Les milieux traditionnels peinent à leur proposer une réponse adaptée. Ce sont des jeunes qui stagnent, sans perspective de solution. » L’entrée dans le projet est volontaire : on choisit d’essayer autrement.

Concrètement, les rencontres ont lieu le mardi, le mercredi et le jeudi. Les matinées misent sur des ateliers de connaissance de soi, d’estime de soi et d’affirmation, des activités citoyennes (bénévolat, implication communautaire) et des visites d’entreprises et d’organismes. Les après-midis se déroulent à l’extérieur selon l’approche d’intervention psychosociale par la nature et l’aventure (IPNA) : randonnées, excursions, défis collaboratifs, résolution de problèmes en contexte réel, etc. Le cadre de vie (code de vie, rôles, accueil des nouveaux) est co-construit; les entrées et sorties sont continues, au rythme des plans d’action individuels. « Il s’agit de déstabiliser le jeune, de façon contrôlée, pour qu’il prenne conscience qu’il possède en lui les outils nécessaires pour recréer une stabilité dans sa vie. »

Inspirée des travaux menés à l’Université du Québec à Trois-Rivières par le chercheur Sébastien Rojo, l’approche IPNA vise à reconnecter les jeunes à eux-mêmes et au monde à travers des expériences concrètes, physiques, sociales et signifiantes. La recherche met en évidence le rôle du plaisir, de la mise à distance du quotidien difficile et du soutien du groupe comme leviers de transformation personnelle.

Le but n’est pas de remplacer l’école ni de viser d’abord une sanction d’études, mais d’accompagner vers un projet de vie réaliste, qu’il s’agisse d’un retour aux études, d’une intégration au travail ou d’un engagement citoyen. « L’objectif ultime de ce projet, c’est d’aider chaque jeune à se construire un projet de vie », dit la directrice. Pour ceux qui souhaitent reprendre des apprentissages scolaires, des plages sur mesure peuvent être aménagées les lundis et vendredis, en coordination avec le centre de services scolaire du territoire.

L’équipe de départ compte deux intervenants, appuyés par une supervision clinique et un soutien de direction à temps partiel pour le lancement. La capacité visée est de 25 jeunes par année. Le montage financier est hybride : 
fonds propres du CJE et contribution de la fondation des jeunes de la DPJ. Le rôle du CSS est repositionné en facilitation (transport, reconnaissance des présences, passerelles de retour). L’équipe du CJE documente systématiquement les présences, les cheminements et les réintégrations scolaires ou professionnelles. Des défis administratifs persistent (transport pour des jeunes non inscrits, reconnaissance des présences, modalités d’évaluation et de reconnaissance du parcours). L’engagement demeure clair : « Nous ne laisserons pas un jeune rester isolé à la maison. »

Pensée dès le départ comme une réponse agile à un vide de services, l’École buissonnière se veut aussi un modèle transférable dans d’autres régions, via le réseau des 110 CJE du Québec. Prévenir plutôt que « d’éteindre le feu », reconnaître qu’il n’existe pas un seul chemin vers la réussite, arrimer les forces des milieux communautaires, scolaires et de la protection de la jeunesse : telle est la promesse d’un dispositif qui remet l’expérience vécue, la relation et l’autodétermination au centre, là où plusieurs jeunes retrouvent enfin prise sur leur trajectoire.

Loin d’être une « école parallèle », l’École buissonnière est un lieu de transition. Elle offre un filet de sécurité à des jeunes souvent marqués par l’échec ou la stigmatisation, mais surtout un espace pour retrouver le goût d’apprendre et la confiance en soi. Comme l’explique sa directrice : « Il ne s’agit pas de faire école autrement pour le principe, mais de redonner du sens à l’apprentissage. Quand un jeune comprend pourquoi il apprend, il se remet en mouvement. »