mercredi 21 octobre 2026

Manuels scolaires à l'école : quelques précisions


Mon commentaire sur les manuels scolaires, fait récemment dans le balado Cette semaine à l'école de Carlo Cocarro, a fait réagir quelques personnes sur les réseaux sociaux. Pour rappel, j’ai affirmé être contre les manuels scolaires à l’école. Le format du balado ne permettant pas d’expliquer toutes les nuances de ma position, je souhaite apporter quelques précisions ici.

Certaines personnes ont interprété mes propos comme un rejet du papier, du crayon et des activités d’écriture manuscrite. Pourtant, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, je crois pleinement à l’importance de ces activités dans les apprentissages. Ma réflexion porte plutôt sur le rôle des manuels scolaires et des cahiers d'activités traditionnels dans l’enseignement.

Un même manuel pour des élèves différents

Ce qui me préoccupe, ce sont les manuels papier complets, conçus pour une matière et organisés en chapitres selon une séquence prédéfinie d’apprentissage et de contenu.

Ces ouvrages reposent, à mes yeux, sur une logique de one size fits all : un même outil, un même contenu et une même progression qui devraient convenir à tous les élèves. Or, les jeunes n’apprennent pas tous de la même façon, au même rythme ni à partir du même niveau de connaissances.

La diversité des apprenants exige de pouvoir adapter les approches pédagogiques, de moduler les activités et de proposer des parcours qui tiennent compte des besoins de chacun. Une séquence conçue à l’avance dans un manuel ne peut pas, à elle seule, répondre à cette diversité.

Préserver le jugement professionnel des enseignants

Cette réflexion m’amène aussi à m’interroger sur la place accordée au jugement professionnel des enseignants.

Leur expertise leur permet d’observer les besoins des élèves, d'ajuster les activités, de revoir l'ordre des apprentissages et de choisir les ressources les plus pertinentes selon les situations. Ils doivent pouvoir exercer cette liberté pédagogique plutôt que de se retrouver à suivre une séquence préétablie simplement parce qu'elle figure dans un ouvrage.

L’enjeu n’est donc pas de rejeter un outil en particulier, mais de se demander quelle place il occupe dans l'enseignement. Lorsqu'un manuel devient le cadre de référence qui dicte la progression, il risque de limiter la capacité des enseignants à adapter leur enseignement à la réalité des élèves.

Papier ou numérique : ce n’est pas la question

Être contre les manuels scolaires traditionnels ne signifie pas être contre le papier, le crayon ou l’écriture. Cela ne signifie pas non plus que je souhaite une école où les écrans prennent toute la place.

Les activités papier-crayon ont leur importance, elles sont mêmes nécessaires, tout comme les exercices d'écriture et les autres formes de pratique de motricité qui contribuent aux apprentissages. Les outils doivent être choisis en fonction des objectifs pédagogiques et des besoins des élèves.

Ce qui compte, ce n’est pas tant le support utilisé que la façon dont il contribue aux apprentissages.

Au fond, ma position s'inscrit dans une réflexion plus large sur notre conception de l'école. Peut-on réellement tenir compte de la diversité des apprenants si l'on s'appuie sur des outils qui proposent une progression uniforme? Comment donner aux enseignants les moyens d'adapter leur enseignement si les ressources utilisées imposent une structure rigide?

L'école accueille des jeunes aux profils, aux besoins et aux rythmes d'apprentissage différents. Les outils pédagogiques devraient refléter cette réalité, et non chercher à faire entrer tout le monde dans le même moule.

🎧 Écouter l'épisode

→ YouTube : https://youtu.be/J1QdHDByKNo (le segment commence à 05:05)

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