mardi 31 août 2021

Une rentrée pas comme les autres

 



Hier était jour de rentrée scolaire. Nouvelle école. Nouveau programme. Cela annonçait donc de nouvelles péripéties. Il n'en fallait pas plus pour que j'ai envie de reprendre le clavier pour vous raconter quelques anecdotes croustillants en lien avec le retour à l'école de ma fille.

La rentrée scolaire est toujours un moment de fébrilité. C'est stressant et enthousiasmant en même temps.  Une rentrée sous la pluie, fait plutôt rare, disons-le, cela ne pouvait pas être une journée comme les autres.

Dès que ma fille a commencé à me raconter sa journée à son retour, j'ai été propulsé dans une sorte de « flashback ». Je suis dit que, finalement, le secondaire, c'était pas mal pareil qu'il y a 25 ans!

Depuis trois ans, elle évoluait dans un programme avec iPad. Le seul objet qu'elle transportait à tous les jours. Le choc a été intense pour elle, lorsqu'elle s'est rendue compte qu'elle aurait besoin d'un « énorme » cartable par matière. Moi, j'étais utopiste (comme toujours) et je me disais que ça ne serait pas si pire que ça de revenir à un mode plus traditionnel. Mais disons que le papier a encore un bel avenir dans nos écoles. Surtout avec un agenda où la moitié des pages sont des règlements et consignes.

Au-delà du papier, ce qui me renverse, c'est l'attitude de certains enseignants qui entrent en classe et « embarquent » dans le programme, sans même demander « Comment ça va? » à leurs élèves. Des élèves qui entrent dans une nouvelle école pour la plupart, qui sont donc dans un nouvel environnement et qui viennent de sortir d'une année scolaire chaotique, soit dit en passant. Un peu d'empathie pourrait être de mise au lieu du « pilote automatique », parce que « nous avons beaucoup de choses à voir et il ne faut pas perdre de temps ». Ces prof ont l'air hyper organisés, mais sont-ils en contrôle de leur classe? Sauront-ils entretenir la flamme chez leurs élèves?

Et puis, il y a les groupes d'élèves qui sont formés de façon aléatoire par la direction. Comme ma fille qui se retrouve dans une classe, pour une seule matière heureusement, composée presque exclusivement d'élèves ayant échoué cette matière l'année dernière. Elle y trouvera sa place, mais elle a d'abord fait demi-tour en entrant dans le local, ne reconnaissant aucun élève, elle était convaincue qu'elle s'était trompée de lieu.

Finalement, impossible de passer sous silence, le fameux code vestimentaire qui prend (trop) de place dans nos écoles secondaires. On ne règlera pas ce débat ici. Je suis d'accord pour dire qu'il faut des limites, mais il ne faut pas en faire une fixation pour autant. Rappel des enseignants, gardiens de codes dans les corridors, rappel à l'intercom. Cacher ce ventre, cette épaule ou ce genou que je ne saurai voir. D'ailleurs, « vous savez les gars, ce n'est pas pour vous le code, c'est pour les filles. Alors, les filles, écoutez bien, vous êtes mieux de le respecter, car je vois tout », dixit une enseignantE. 

25 ans plus tard, même discussion, même combat. 

Tout ceci me porte à poser 4 constats, qui sont aussi des évidences : la transformation numérique est loin d'être terminée, l'effet enseignant est tellement important, déterminant même, il suffit de peu pour démotiver un élève, pourrions-nous en finir avec le code vestimentaire une bonne fois pour toute.

La fin du secondaire, ce qu'on appelle « high school » en anglais, c'est une période tellement déterminante pour nos jeunes. Ils se forgent une identité, ils devront faire des choix de carrière, basés sur leurs intérêts personnels. Mais ce choix de carrière dépendant souvent de leurs résultats scolaires. La personnalité d'un enseignant peut faire tout basculer pour certains élèves. L'organisation de la vie dans l'école aussi.

Je peux tellement comprendre que certains jeunes ne cadrent pas du tout dans le modèle qu'on entretient année après année dans certaines écoles, rigide et non adaptatif. S'ils ne sont pas bien soutenus par leurs parents, ils doivent décrocher assez vite. 

On ne le répétera jamais assez, l'école devrait être un lieu de découvertes et d'apprentissages. Cela doit aussi et surtout être un lieu pour avoir du plaisir, s'accomplir, grandir. 

Je ne suis pas négative face à cette première journée d'école. C'était une première, justement. Je suis convaincue qu'il y a du beau dans chaque journée. Je dis à ma fille : « Amuse-toi! » à chaque matin lorsqu'elle quitte pour prendre le bus. Il y a toujours une façon de se faire une place et de réussir, même si le système ne nous facilite pas toujours la vie. On entreprend donc cette nouvelle année avec optimisme.

La deuxième journée est en cours. Je sais seulement que le cours d'anglais est « chill ». S'il le faut, je reprendrai le clavier pour vous ce soir ou demain. En attendant, j'essaie de me faire à l'idée que je dois recommencer à faire des lunchs!

Bonne rentrée!




mardi 10 août 2021

Ralentir ou arrêter?

 


Parfois, il ne suffit pas de ralentir, il faut arrêter. C'est le constat que j'ai fais au milieu de l'été.

La dernière année et demie m'a rappelé l'importance de trouver l'équilibre et de me concentrer sur l'essentiel. Et pourtant, c'est tellement facile de dire « oui » à tout et de se laisser encombrer par toute sorte de tâches ou de projets superflus. Il faut dire que la dernière année et demie a aussi été un défi d'organisation et de gestion des priorités. Bonjour la fatigue mentale!

Dans ces moments, il faut refaire le focus sur ce qui compte vraiment, garder le positif avec soi, mettre de côté le négatif. Cela a toujours été important pour moi.

Facile à dire, moins facile à faire. Surtout que je suis de celles qui ont beaucoup de difficulté à tout fermer, même en vacances. Et puis, il y a du négatif qui ne s'efface pas, même avec un « effaceur magique ». Et, bien sûr, il y a les aléas de la vie auxquels il faut bien faire face (un peu trop nombreux à mon goût ces temps-ci).

Au début de l'été, mon cerveau avait définitivement besoin d'une pause. Il était surchargé, encombré. 

Parfois, ralentir ne suffit pas, ne suffit plus.

Il faut arrêter. Prendre le temps de fermer quelques onglets qui restent ouverts de façon perpétuelle dans son ordinateur, mais surtout dans sa tête. Faire un bon ménage.

Je suis une passionnée. Je voudrais tout faire. Mais je ne peux pas. Je dois faire des choix. 

Dans un courriel, au début de l'été, Leticia Lacroix, du Printemps numérique, écrivait: « Le temps passé en dehors du travail stimule la créativité et les vacances favorisent la santé mentale ». C'est tellement vrai!

Mon cerveau carbure à la productivité et aux idées. Il a besoin de repos pour refaire le plein d'inspiration. Si non, il se fatigue vite et les idées ne viennent tout simplement pas.

J'ai pris des vacances, j'ai même arrêté quelques jours de plus. J'aimerais réapprendre à faire le vide, pour vrai, à me reposer. Prendre le temps d'arrêter au lieu de juste ralentir. 

Les spécialistes le disent : « Il faut décompresser tous les jours ». Ce sera mon défi de l'automne : réapprendre à fermer des onglets le soir pour ne les réouvrir que le lendemain matin, faire le vide pendant la fin de semaine pour revenir en meilleure forme le lundi matin.

Je vois la rentrée qui arrive. Le rythme au ralenti de l'été tire à sa fin. Tous les beaux projets passionnants sur lesquels je travaille reprendront de la vigueur. J'ai hâte, mais en même temps, je suis à la recherche de suggestions pour mieux organiser mon temps, pour mieux me concentrer sur des tâches à réaliser, pour avoir un horaire de travail moins éclaté. Bref, pour permettre à mon cerveau d'être plus efficace et d'avoir des pauses plus régulières.

Je dois partager mon horaire entre rencontres, réunions d'équipe et périodes de rédaction. Vous faites quoi, vous? Est-ce que vous concentrez toutes les rencontres la même journée? En après-midi seulement? Le matin? Partagez-moi les trucs qui marchent pour vous. Cela pourrait sans doute m'inspirer quelques essais dans les prochaines semaines. Je vous en redonnerez des nouvelles.



dimanche 25 juillet 2021

Une démarche pour l'innovation

 



J'ai déjà cité sur mon blogue la première phrase du livre Innover à tous les coups de Fred Colantonio :  « Innover. Il ne s'agit pas d'imiter le déjà vu, encore moins de rompre avec l'essentiel. Il s'agit de changer le monde et de l'écrire au futur, durablement. »

Selon ce livre, pour innover, il faut savoir « Oser, Investiguer, Expérimenter, Visualiser, Naviguer, Négocier et Recycler ».

Ce discours me parle beaucoup. Faire les choses autrement, ça peut parfois donner des résultats surprenants. La dernière année et demi nous l'aura certainement prouvé encore plus, faut-il le répéter.  

Je suis engagée dans la transformation numérique depuis de nombreuses années. Innover, ce n'est pas nécessairement en lien avec le numérique, mais ça l'est beaucoup quand même. 

Pourquoi je vous parle de ça aujourd'hui?

Tout simplement parce qu'un grand mouvement de l'innovation semble se mettre en place au Québec. Le Conseil de l'innovation du Québec a été créé en décembre 2020 et un Innovateur en chef a été nommé. Le ministère de l'Économie et de l'Innovation du Québec progresse dans la préparation de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation 2022. 

Parallèlement au Conseil de l'innovation, un Off-Conseil a été formé. Celui-ci vise à permettre à un plus grand nombre de leaders innovants de se faire entendre, de discuter et d'échanger entre eux. J'ai eu le bonheur d'être approché pour faire partie du Off-Conseil.

En mai, nous avons eu une première rencontre. Une activité de discussion et de réseautage en ligne, qui a (à ma grande surprise) passé très vite et a été des plus agréables. Après une introduction en grand groupe, nous avons été placé en sous-groupe selon des thématiques : Recherche et institut du savoirs, Startups, Innovation sociale et durable, Culture de l'innovation. Je faisais partie d'un groupe sur l'innovation sociale et durable.

Dans les documents, celle-ci était définie comme suit: « Une innovation sociale répond plus adéquatement et plus durablement, que les solutions existantes, à un besoin social bien défini. Sa portée est transformatrice et systémique. Elle constitue, dans sa créativité inhérente, une rupture avec l’existant ». Cela est pas mal en phase avec la définition énoncée ci-haut.

Au cours de l'atelier de travail, nous avons dû nous projeter dans l'avenir afin d'imaginer un Québec plus innovant. 


À la fin de l'exercice, nous avons proposé cette idée : « Le Québec devient la 1re province canadienne à se doter d'une politique d'innovation pour atteindre les 17 objectifs de développement durable des Nations Unis ». (vous savez la petite épinglette que portait le Docteur Arruda pendant les points de presse et qui a fait jaser.)

Ces 17 objectifs contiennent à peu près tout ce qu'il faut pour remettre l'humain au coeur des décisions et des discours. L'innovation aura beau être techno et économique, elle doit être humaine avant tout. La bienveillance doit occuper une place centrale dans notre société (encore une chose que la dernière année et demie nous aura rappeler). Une plateforme de concertation sociale devra voir le jour.

Un des éléments qui est ressorti lors de nos échanges est l'importance à accorder à l'éducation. Au Québec, il y a encore 42% d'analphabètes fonctionnels et seulement 25% de diplômés universitaires. Et dès qu'on parle de numérique, la littératie numérique est mentionnée comme devant devenir prioritaire. Ce n'est pas parce que tu as un téléphone « intelligent » entre les mains que tu es compétent numériquement. Beaucoup de boulot de ce côté-là. Je vous en reparle dans un prochain billet. Promis!

Les autres enjeux qui nuisent, limitent, empêchent l'innovation sont aussi nombreux et bien connus. Plusieurs sont tannés de les répéter constamment (avec raison). Les silos (intersectoriels, inter-régionaux, intra-régionaux même), les critères des programmes gouvernementaux qui relèvent parfois d'une autre époque, la multiplication des structures, la pérennité des stratégies qui dépend des élus en place et non des réels besoins du terrain, etc.

Une fois qu'on a dit ça, il faut reconnaître que chacun peut faire sa part, se mettre en action et influencer les autres. C'est comme dans tout : si on attend après les autres, on risque d'attendre longtemps. Vaut mieux s'organiser que se faire organiser.

Bref, l'expérience a été satisfaisante pour une première. 

Une deuxième activité de type table ronde a été organisée au début juillet. En plein coeur de l'été, cela n'était pas évident de rallier les innovateurs du Off-Conseil, mais nous étions encore nombreux. Dans le groupe avec qui j'étais cette fois, nous avons parlé de l'importance de mobiliser les communautés et d'entretenir des liens informels et formels. L'importance d'avoir des animateurs de communauté dédiée qui permettent de provoquer des rencontres et discussions est alors ressorti des échanges. Sans eux, on se laisse emporter par le quotidien et on manque des occasions. ll faut prendre le temps, mais ce n'est vraiment pas évident! 

La suite de cette démarche n'est pas connu encore. On discute mais il faudra aussi tomber dans l'action. On verra la suite. 

Finalement, tout ceci me rappelle que l'innovation peut prendre de multiples visages et qu'elle doit être présentes dans toutes les sphères de la société, à tout moment. Eh oui, ça peut sembler un « buzzword » de parler d'innovation parce que ce mot est sur toutes les lèvres, mais avouons qu'on en a bien besoin. C'est pour ça que je continuerai de participer à cette démarche avec intérêt et enthousiasme.

Il faut sortir de la boîte, comme on dit. Et si on réussissait à imaginer un monde sans boîte, tout simplement? Méchant défi!


mercredi 16 juin 2021

La fin des classes

 



Ainsi, parents, enfants, enseignants et tout le personnel scolaire auront réussi à passer au travers de la dernière année scolaire. Depuis plus d'un mois, je sens l'essoufflement. Tout le monde semble juste avoir hâte que ça finisse. Et pour cause! 

Des revirements de situation, il y en a eu plus d'un depuis septembre dernier. Pour moi, tout a commencé par l'annonce du « un jour sur deux » pour les élèves de 3e secondaire jusqu'à l'annonce du retour à temps plein, il y a environ un mois. Ce retour en classe à temps plein aura été le coup final de l'épuisement familial. Encore un changement de routine à vivre. 

On aura beau dire que les ados ont besoin de socialiser et c'est vrai! Et ils en ont tellement été privé au cours de la dernière année et demi que la socialisation est plus que nécessaire. Cependant, cet autre changement de routine aura simplement contribué à mettre encore plus en évidence « l'écoeurite aigue » de la pandémie. C'est du moins ce que j'ai observé chez moi (et je m'inclus là-dedans).

À partir de ce retour en classe à temps plein, les jeunes de mon entourage semblaient juste vouloir enfiler les journées les unes après les autres. La motivation n'y était plus. Ils s'étaient habitués à leur nouvelle routine. Cette semaine, on a beaucoup parlé du retour possible des travailleurs au bureau et du fait qu'il ne faut pas rappeler tout le monde à temps plein tout d'un coup. Pour moi, c'est un peu ce qu'on a fait vivre aux jeunes de 3e, 4e et 5e secondaire.

Étant en fin d'année scolaire, les enseignants avaient cessé de leur donner de la nouvelle matière. Tous en étaient à l'étape de la révision finale avant les examens de fin d'année. L'horaire était assez allégé, disons. Pis, c'était ben correct. Bref, ils ont eu l'impression de perdre du temps en classe, ce précieux temps dont ils veulent tellement disposer à leur guise. 

Je sais que la situation n'est pas été vécue de la même façon dans tous les milieux. Comme d'habitude, je ne fais que témoigner de ma réalité. Au fil des derniers mois, j'ai vu une équipe-école extraordinaire, qui s'est « revirée de bord » à plusieurs reprises, qui s'est adaptée, qui a été compréhensive avec les élèves et présente lorsqu'il le fallait. J'ai vu des jeunes qui ont été résilients (plus résignés parfois), qui ont appris à travailler en équipe à distance, qui ont gagné en autonomie, qui ont été débrouillards et créatifs. J'ai vu des parents jongler avec leurs enfants pendant des séances de vidéoconférence (plus ou moins officielles), rattraper des heures de travail en soirée, manquer de sommeil et de patience.

Maintenant, tout le monde a besoin d'une pause pour reprendre son souffle. Au printemps 2020, le Québec était sur pause. De septembre 2020 à juin 2021, le milieu scolaire a parcouru une véritable course à obstacle. Cela n'a pas été sans conséquence sur la santé mentale de tous. Je ne crois pas me tromper en affirmant que tout le monde aura besoin de l'été pour s'en remettre. Il n'y a pas eu de Gala Méritas à l'école cette année. Selon moi, tous les élèves, le personnel et les parents en méritaient un!

Et déjà, je pense à septembre. L'année scolaire reprendra à temps plein pour tous. J'espère qu'on ne reprendra pas tout simplement « comme si de rien n'était ». N'oublions pas que, depuis mars 2020, certains jeunes n'ont pas eu de véritable routine scolaire, surtout ceux de la fin du secondaire. Leur cerveau aura besoin d'un peu de remise en forme pour reprendre le rythme. Ils se sont aussi habitués à un enseignement plus actif où on les laissait un peu plus gérer leur horaire de travail et l'ordre dans lequel ils complétaient leurs travaux. 

Ne pensons pas tout de suite à septembre. Prenons le temps de célébrer la fin des classes. Félicitons-nous pour la dernière année. Prenons le temps de le dire à nos enfants. Puis, profitons de l'été pour relaxer, faire le vide, apprécier les petites choses de la vie alors qu'on retrouve un peu de liberté.



vendredi 30 avril 2021

Un épisode sur la langueur

 


Depuis quelques jours, j'ai l'impression d'être dans une sorte de « no man's land », entre deux mondes, en flottement. Et puis, j'ai vu passer, probablement comme plusieurs d'entre vous, cet article qui parlait du nouveau terme à la mode: la langueur.

C'est l'émotion dominante depuis le début de l'année. C'est « un état de fatigue, de lassitude, un manque de motivation et de concentration ». On vit dans l'attente que « ça finisse ». On n'ose plus faire de projets à moyen et long terme. On ne sait pas ce qui nous attend demain même si ce sera probablement la même chose qu'aujourd'hui. En fait, contrairement au dicton, les journées se suivent... et se ressemblent toutes.

Personnellement, c'est comme si j'étais sur une sorte de « pilote automatique ». J'ai arrêté de penser à demain tout simplement. Je me lève, je travaille, j'accompagne ma fille dans ses apprentissages à distance, je jase avec mon chum, j'appelle ma mère, je vais prendre une marche... C'est comme si j'avais oublié que la vie, ça pouvait être autre chose que ça. 

Ça pouvait aussi être de prendre une pause de l'ordinateur, aller marcher au bord du fleuve, aller passer un après-midi à magasiner à Place Laurier, aller voir la dernière exposition au Musée, manger au restaurant, prendre une bière dans une microbrasserie, (enfin) aller voir La déesse des mouches à feu au cinéma et quoi d'autres encore. Il y a tant de choses qui commencent à nous manquer, plus fort que d'habitude.

C'est comme si j'étais enfermée dans une sorte de monde parallèle où tout semble désormais irréel. Plus capable d'en sortir. Mais je n'arrête pas de me répéter qu'il faut garder le moral, que « ça achève ». Je dois me convaincre que « ça finira pour vrai un jour ».

Et là, je pèse sur « Pause ». La langueur m'a gagné depuis quelques jours mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de « beau » autour de moi. Depuis un an, je répète à tout le monde qu'il y a quelque chose de beau dans chaque journée. Ça devient peut-être plus difficile de le trouver, mais il est là quand même. 

Alors, je pèse sur « Pause ». Je prends un temps d'arrêt pour regarder derrière moi, jeter un regard sur ce que j'ai accompli au cours des derniers mois. Je prends le temps de réaliser qu'il y a bien du positif pour moi professionnellement et personnellement. Ces mois n'auront pas été vainc. 

Je suis retournée à l'Université. Ça faisait longtemps que je voulais m'inscrire à une nouvelle formation. J'ai trouvé le DESS en gestion des affaires numériques à l'Université Laval. J'ai fait la demande et j'ai été accepté (le contraire m'aurait surprise, mettons!). 

Je viens de terminer le cours sur les systèmes d'information. Je commence le cours sur les technologies futures en affaires. Un cours par session, c'est réaliste pour moi. Je le fais pour moi, parce que j'ai toujours aimé apprendre. Parce que j'ai un bacc en communication mais que le numérique fait partie de ma vie. Je le fais pour montrer à ma fille qu'on n'a jamais fini d'apprendre dans la vie. 

J'ai coordonné la réalisation d'un numéro spécial du magazine École branchée, destiné aux parents. Ce fût un retour à l'édition pour moi. Un véritable projet coup de coeur, centré sur le bien-être des familles en cette période trouble. Je l'ai voulu utile pour les parents. J'ai voulu qu'ils y trouvent une source de réconfort pour passer à travers la tempête. Des auteurs extraordinaires ont contribué à ce magazine. 

Je n'ai jamais perdu de vue ce message que je voulais transmettre tout au long de la production : « L'usage accru du numérique suscite bien des inquiétudes, mais offre certainement la possibilité de développer de nombreuses habiletés et compétences. L'enseignement à distance devient source de stress, mais représente aussi l'occasion de revenir à l'essentiel dans les relations enfants-enseignants, parents- enfants, parents-enseignants. »

Justement, pour moi, l'enseignement à distance m'a permis de « booster » ma relation avec ma fille. Oui, je ne suis pas autant productive quand elle est là. Mais, que ces moments passés avec elle me sont chers. Nos fous rires sont devenus mémorables. Notre complicité me rend fière. Et puis, ma présence l'aide grandement à garder sa motivation à l'école. Je fais le choix de la placer en priorité. Après un mois d'enseignement à distance, le moral de certains élèves doit être au plus bas. Ça, ça m'inquiète.

J'ai aussi coordonné la réalisation d'une première série de balado, avec l'équipe du service national du RÉCIT, domaine du développement de la personne (le RÉCTI DP, pour les intimes!). Le balado Les Temps modernes vise à prendre le temps de discuter sur des enjeux autour de l'univers du numérique (équilibre, temps d'écran, droit à la déconnexion, multitâche, jeux vidéo). Un autre sujet que j'ai grandement à coeur. L'éducation à la citoyenneté à l'ère du numérique devient un thème central dans notre société.

Ici encore, j'ai collaboré avec des gens extraordinaires et généreux qui ont accepté de participer aux épisodes. Je suis sortie de ma zone de confort en animant deux épisodes. J'ai apprivoisé le balado comme médium. Pour une fille de l'écrit comme moi, ce fût formateur.

Je regarde derrière et je vois d'autres « beaux », comme l'événement Initiatives numériques gouvernementales de la Semaine numériQC. Et comme l'équipe a travaillé fort pour rendre l'événement complet de la Semaine numériQC accessible en ligne!

Je regarde devant moi maintenant et je vois de l'espoir. Les projets emballants se poursuivent avec l'École branchée et le RÉCIT DP, avec d'autres à venir aussi. Je me répète que cette pandémie ne va pas tuer ma passion pour faire vivre le numérique, ma passion pour l'écriture, les communications. Elle ne va pas tuer le plaisir que j'ai à côtoyer des gens de tous les horizons, mon désir de contribuer à la société. 

Il faut que je combatte cette langueur parce que le « beau » est toujours là. Il faut que je m'arrête un peu plus souvent. 

Cette semaine, j'ai participé à plusieurs conférences dans le cadre du Sommet du numérique en éducation. Je retiens deux citations qui m'ont fait du bien.

« Le monde dit normal que nous connaissions était la somme de nos décisions du passé. Nous avons la chance aujourd'hui de créer une nouvelle normalité selon nos désirs et à notre image. Nous ne pouvons pas passer à côté de cette opportunité. »

« Dans les cours de secourisme, on nous répète qu'il faut prendre soin de soi avant de prendre soin des autres (ex. mettre son masque à oxygène en premier en avion). Car si on est mal en point, on ne pourra pas aider les autres. C'est d'autant plus vrai en ce moment. »

Alors, je m'en vais relaxer et prenez soin de vous! 









lundi 12 avril 2021

Le déploiement d’une stratégie numérique en prévention du suicide


L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a le mandat de déployer une stratégie numérique en prévention du suicide pour le Québec. L’équipe de la Semaine numériQC en a discuté avec Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS.

 

Si la réalisation du projet de l’AQPS a quelque peu été influencée par la pandémie, le déploiement complet a quand même eu lieu le mois dernier. Le nouveau Service numérique québécois en prévention du suicide, disponible au www.suicide.ca, est un service gratuit.

 

Bilingue, accessible et confidentiel, il a pour but de prévenir le suicide au moyen des technologies numériques, en informant et en aidant les personnes vulnérables au suicide, les proches et les endeuillés par suicide. Plus concrètement, Suicide.ca propose un service d’intervention par clavardage, des informations pratiques et des outils pour prendre soin de sa santé mentale.


Semaine numériQC : Tout d'abord, j'imagine que la pandémie a fortement influencé la façon dont vous rejoignez les gens qui ont besoin de vos services?  Quels ont été vos plus grands défis depuis le début de la pandémie?


Jérôme Gaudreault : Du côté de l’AQPS, les principaux utilisateurs de nos services sont les intervenants qui agissent auprès des personnes vulnérables au suicide, notamment par le biais des formations que nous prodiguons. Le défi pour notre équipe a donc été d’effectuer un « virage numérique » rapide pour adapter et proposer nos contenus de formation en mode virtuel.


Semaine numériQC : La pandémie a permis de remettre la santé mentale au centre des préoccupations. Comment croyez-vous que cela influencera votre travail au cours des prochaines années?


Jérôme Gaudreault : C’est certain que la pandémie a permis de mettre la santé mentale au cœur des conversations. Pour nous, qui véhiculons depuis des années l’importance de parler du suicide, cela représente une belle ouverture.


Par contre, on ne saurait prédire l’avenir : difficile de savoir si la pandémie aura un effet sur la santé mentale des individus à plus long terme ou si cela demeurera une préoccupation pour une majorité de la population. Chose certaine, nous souhaitons que les conversations sur le suicide demeurent ouvertes et que la prévention reste à l’avant-plan.

 

Semaine numériQC : Le service numérique québécois en prévention du suicide était déjà prévu avant mars 2020. Comment le contexte de la pandémie a-t-il influencé sa mise en œuvre?


Jérôme Gaudreault : Bien que le Service numérique québécois en prévention du suicide ait été lancé à l’automne 2020 alors que la pandémie battait son plein, ce virage numérique était prévu depuis 2017 afin d’offrir une aide à portée de main, plus accessible et adaptée aux meilleures pratiques numériques possibles dans notre créneau.


En fait, l’arrivée de la pandémie a surtout représenté des défis supplémentaires : morcellement des équipes, télétravail, pause des embauches, etc. La pandémie nous a demandé un certain ajustement dans les délais de livraison du projet, afin de respecter les capacités d’adaptation de nos partenaires. Nous avons donc opté pour un démarrage en douceur, nous permettant ainsi d’ajuster nos pratiques et valider la fiabilité du système, jusqu’à un lancement complet du service 7j/7, 24h/24, qui se fera à la mi-avril.


Semaine numériQC : Qu'est-ce que ce service numérique vous permettra de faire de plus ou différemment pour rejoindre les gens qui ont besoin de vos services?


Jérôme Gaudreault : En fait, on peut dire qu’il s’agit d’une nouvelle porte d’entrée pour demander de l’aide, que ce soit pour soi-même, pour un proche pour qui l’on s’inquiète ou en tant que personne endeuillée par suicide. Cela permet de faciliter la demande d’aide pour des personnes qui auraient plus de difficulté à parler de leurs émotions de vice voix, ou qui ne peuvent échanger à voix haute dans leur environnement. Cela permet aussi d’assurer une accessibilité à des services d’aide, peu importe le lieu géographique.


Semaine numériQC : Quelles sont les conditions gagnantes d'une collaboration entre un organisme comme le vôtre et un partenaire technologique pour la mise en place d'un projet comme celui-ci qui se veut résolument humain, car il rejoint une clientèle vivant des situations de détresse?


Jérôme Gaudreault : Une condition gagnante essentielle est certainement une grande ouverture d’esprit de part et d’autre! Les réalités de chacun sont différentes, et il faut pouvoir trouver le juste milieu. À titre d’exemple, nous avons pu constater avec notre partenaire technologique que le rythme de travail pour nos deux organisations était très différent : pour nous qui travaillons en prévention du suicide, chaque mot, chaque décision doivent être pesés, alors que pour un partenaire technologique, un fonctionnement « agile » par itération avec une certaine marge d’erreur est tout à fait possible.


D’autre part, ce qui a sans contredit été un gage de succès pour le projet est le fait que notre partenaire s’est pleinement engagé envers la cause de la prévention du suicide, bien au-delà de la simple compréhension du mandat. Au final, cela nous a permis d’avoir un meilleur produit, parce que nous ne travaillions pas ensemble seulement comme client et fournisseur, mais bien comme partenaires profondément engagés dans la prévention du suicide.

 

Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS, a présenté, le 16 avril 2021, la conférence « Virage numérique dans un contexte OBNL : exigences internes et nécessaire collaboration avec les fournisseurs » dans le cadre de l’événement Initiatives numériques gouvernementales.

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Rédigé en tant que responsable de la programmation de l'événement Initiatives numériques gouvernementales de la Semaine numériQC.


 

 


dimanche 4 avril 2021

Les écoles ne sont pas fermées.

 

J'avais commencé à écrire un billet pour souligner la fin du 1 jour sur 2 à l'école. Je ne l'avais pas terminé, à peine commencer même. Je pense que, dans le fond de moi, quelque chose me disait que c'était prématuré, que le vent allait tourner dans l'autre sens.

Depuis le retour du congé des Fêtes, ça allait bien. On continuait notre routine. Ma fille s'était fait à l'idée que le « 1 jour sur 2 » allait continuer jusqu'à la fin de l'année scolaire. L'enseignement et les évaluations allaient bien, autant à distance qu'en présence. Je sais que je suis quand même privilégiée: milieu scolaire pro actif et progéniture qui réussit facilement et s'adapte à tout. 

Puis, il y a eu une lueur d'espoir. Même si ma fille me disait tout le temps: « c'est correct, je suis bien comme ça », quand je lui ai annoncé qu'elle allait retourner à l'école à temps plein avec tous les jeunes de 3e secondaire, j'ai vu son regard s'illuminer. 

Et à son retour, après la première journée avec tout le monde, elle m'a juste dit :« Ça fait du bien! ». J'ai senti que c'était comme une renaissance pour elle. 

En même temps, c'était une nouvelle routine à laquelle s'habituer. Il ne faut pas se le cacher, une journée en classe, c'est plus fatiguant qu'une journée d'école à la maison. Pour les jeunes, chaque période de transition est susceptible de créer une rupture. J'aurai aimé que les enseignants prennent le temps de demander: « Comment ça va? », « Qu'est-ce que ça vous fait de revenir à l'école à temps plein? », « Y a-t-il des choses que vous avez aimé de l'enseignement à distance qu'on devrait garder pour le reste de l'année? ». Honnêtement, je ne sais pas si ça a été fait, dans mon milieu ou dans les autres. 

Il y a longtemps qu'on devrait avoir compris que l'école, ce n'est pas juste courir pour supposément rattraper les retards et passer le programme, surtout depuis un an. L'école, c'est un lieu de vie et de bien-être, une bouffée d'air et l'espace de socialisation par excellence pour les jeunes. 

Quoi qu'il en soit, ce retour en classe à temps plein était synonyme d'espoir. Il y avait même le cheerleading qui était sur le point de recommencer, en groupe restreint, mais quand même. Je sais que le personnel de l'école travaillait fort pour rendre le tout possible. En plus, le printemps arrive, les journées allongent, on a rangé les vêtements d'hiver. Mes parents ont pris leur rendez-vous pour aller se faire vacciner. Ma fille s'est même trouvé un emploi dans un restaurant. La vie semblait plus douce.

Il y avait juste moi qui trouvait la maison bien vide, une journée sur deux, tellement habituée depuis 5 mois à avoir mon ado avec moi (Je sais, je suis un peu bizarre). 

Et puis, le ciel nous est encore tombé sur la tête. On s'est senti comme si on retournait à la case Départ d'un mauvais jeu de société. Paraît que c'est pour dix jours, mais... C'est un autre bouleversement pour les jeunes. Alors qu'ils suivront leurs cours en ligne cette semaine, ils ne pourront s'empêcher de se demander si ça va continuer comme ça dans les semaines à venir. Alors qu'ils sont dans le dernier droit de l'année scolaire, dans l'étape qui va compter le plus à la fin de l'année, ils ne seront pas pleinement concentrés.

Moi, je fais comme si tout allait bien. Je me dis que ce n'est pas grave si je dois rester à la maison, ne pas voir mes amis, limiter mes déplacements, etc. Je me dis que l'important, c'est que ma fille puisse avoir une vie un peu décente. Je ne commencerai surtout à pas à critiquer les annonces gouvernementales. 

Il y a juste une chose qui me dérange. De grâce, arrêtez de dire que les écoles ferment quand la situation devient critique. Les écoles ne ferment pas, elles basculent en enseignement à distance. Les écoles sont encore ouvertes. Les enseignants sont accessibles. L'enseignement se poursuit.

Tout est une question de mots et de perception. Ce n'est pas anodin. Fermeture, ça laisse croire qu'il n'y aura pas d'enseignement ou que c'est moins important. Ce n'est pas vrai. L'école continue. Le lien doit être maintenu et c'est essentiel pour les jeunes. L'éducation est une priorité.

Un an après le début de la pandémie, on n'a plus le droit de dire que les écoles ferment quand elles basculent vers l'enseignement à distance. C'est sûr que ce n'est pas pareil comme être physiquement en classe. Mais il ne devrait plus y avoir d'excuse. Tout devrait être en place pour poursuivre l'enseignement et maintenir le lien. Même pour un élève qui s'absente pour des raisons médicales, même lors d'une journée de tempête. Les écoles ne devraient jamais être fermées. Aux yeux des élèves, ça démontrerait toute l'importance qu'on accorde à l'éducation.

Je sais que je vois un peu la vie en rose en écrivant cela, mais disons que c'est mon monde idéal à moi.

Maintenant, les paris sont ouverts sur le retour en classe et sous quelles conditions. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Au jour le jour. C'est comme si j'avais pris l'habitude de ne plus rien planifier. On verra. Demain est un autre jour. Je sais qu'on trouvera le moyen de passer au travers de tout ça, seul, ensemble et  collectivement. 

Pour les parents qui se sentent un peu dépassés par les événements, j'ai produit un numéro spécial du magazine École branchée avec une fabuleuse équipe. Il est gratuit en format numérique. Avec ce magazine, je voulais surtout rappeler qu'il faut prendre soin de soi avant toute chose. 

En ce moment, le bien-être est plus important que le reste. 

On garde espoir! 


Crédit photo: Geoffroy Delobel, Unsplash