Dans une école secondaire de Lévis, une dizaine de jeunes ont créé et diffusé des images truquées de membres du personnel scolaire à l’aide de l’intelligence artificielle. Les images, qualifiées d’offensantes, de diffamatoires, de haineuses ou de violentes, ont circulé dans un groupe privé sur un réseau social. En réaction à la situation, les élèves concernés ont été suspendus pour une durée maximale de trois jours, soit à l’école ou à la maison.
Cette situation soulève évidemment des questions importantes sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les jeunes, le respect des personnes et les conséquences de certains usages du numérique. Mais elle m’amène surtout à réfléchir à la manière dont les établissements scolaires peuvent intervenir dans ce genre de situation.
Je me questionne plus particulièrement sur les suspensions scolaires. Lorsqu’un jeune est suspendu à la maison, que fait-il pendant cette période? Il se retrouve peut-être dans sa chambre, avec son téléphone cellulaire, à naviguer sur les réseaux sociaux. Il continue peut-être à explorer les outils d’intelligence artificielle, sans nécessairement mieux comprendre les conséquences de ses gestes. Qu’en est-il des jeunes qui sont suspendus à l’école? Sont-ils simplement placés dans un local de retrait, à attendre que la sanction prenne fin?
Je ne remets pas en question la nécessité d’intervenir lorsqu’un comportement est inacceptable. Les images truquées qui ciblent des personnes sans leur consentement peuvent avoir des conséquences bien réelles. Les jeunes doivent comprendre la portée de leurs gestes et le tort qu’ils peuvent causer.
Je me demande toutefois si nous ne pourrions pas profiter de ces situations pour aller plus loin que la simple sanction.
Voici donc une idée : pourquoi ne pas demander à ces jeunes de réaliser, pendant cette période, des projets constructifs liés à l’intelligence artificielle?
Puisqu’ils ont manifestement déjà exploré certains outils et développé des habiletés techniques, pourquoi ne pas les accompagner pour qu’ils découvrent d’autres façons de les utiliser? Ils pourraient, par exemple, participer à la conception d’activités de sensibilisation aux usages éthiques et responsables de l’IA, réfléchir aux conséquences de la création et de la diffusion d’images truquées ou contribuer à des projets éducatifs destinés à leurs camarades de classe.
L’objectif ne serait évidemment pas de banaliser leurs gestes ni de leur confier la responsabilité de sensibiliser les autres sans encadrement. Il s’agirait plutôt de les amener à comprendre les enjeux, à mesurer les conséquences de leurs actions et à mettre leurs compétences au service d’un projet positif.
En quelque sorte, leur faire faire le contraire de ce qu’ils ont fait.
Une telle approche ne constitue pas une solution miracle. Elle demanderait du temps, de l’accompagnement et une réflexion de la part de l’équipe-école. Tous les jeunes ne seraient pas nécessairement prêts à s’engager dans une telle démarche et les conséquences de leurs gestes doivent rester prises au sérieux. Mais je crois que l’école a aussi un rôle à jouer pour aider les jeunes à développer leur jugement, leur sens des responsabilités et leur capacité à faire des choix éclairés.
L’intelligence artificielle fait désormais partie de leur environnement. Plutôt que de se limiter à interdire certains usages ou à sanctionner les dérapages, il faut aussi leur apprendre à reconnaître les risques, à comprendre les limites de ces outils et à en faire un usage responsable.
Et si une suspension devenait aussi une occasion d’apprendre, de réparer et de contribuer positivement à la vie scolaire?
C’est une piste de réflexion que je soumets aux établissements scolaires. Lorsque des jeunes démontrent des compétences qu’ils utilisent de façon inappropriée, peut-être pouvons-nous les aider à les réorienter plutôt que de simplement les mettre à l’écart. Après tout, ces jeunes ont besoin d’être accompagnés pour apprendre à utiliser l’intelligence artificielle. L’école pourrait justement être l’endroit où cet apprentissage se poursuit, même lorsqu’un comportement exige une intervention.
Image par LaterJay Photography de Pixabay

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