dimanche 8 novembre 2020

Le yeti

 

Quand ma fille a découvert mon premier billet dans lequel j'annonçais mon intention du documenter son expérience d'école « un jour sur deux », elle n'était pas très contente. Mais quand elle a lu mon billet, elle a sourit et elle m'a donné son accord pour poursuivre la démarche. Fiou!

Donc, j'ai passé le reste de la semaine dernière à lui dire que je prenais des notes pour la suite. Mais, je n'écrirai pas tout ici, il faut se garder une petit peu d'intimité quand même. 

Avant d'entreprendre une nouvelle semaine, je voulais donc faire un petit compte-rendu ici. 

Donc, la semaine dernière, ma fille aura passé trois jours à la maison. La première journée a déjà été raconté.

Au cours des deux autres journées, nous avons eu droit à une vidéoconférence reportée pour cause de trafic (l'enseignante étant arrivée en retard à l'école), un « cours théorique » d'éducation physique et six autres périodes de cours qui se sont somme toute bien passées. Généralement, les enseignants donnaient 45 minutes de matière puis un travail à compléter pendant la dernière demi-heure que durerait normalement le cours. 

Ma fille s'installait dans le salon tout près de mon « lieu de travail », alors je suivais distraitement les cours tout en travaillant. Je me rendais compte que c'était très facile pour elle de faire autre chose en même temps, de décrocher de l'écran et de laisser filer son attention ailleurs (comme en témoigne sa fabrication de flocons de neige présents sur la photo illustrant ce texte). Cela demande un effort vraiment important pour les jeunes de garder leur attention sur l'écran.

Le défi est de taille pour les enseignants et je ne peux que leur témoigner mon admiration. Ils n'ont pas le contact visuel comme en classe pour voir le langage non verbal des élèves. Ce n'est pas évident pour eux de capter l'attention, de maintenir un lien avec les élèves. On parle beaucoup d'ajouter de l'interactivité à ces périodes de classe à distance, mais ce ne sont pas tous les profs qui sont rendus là.

Entre les cours, ma fille se mettait au travail naturellement pour terminer le travail demandé. Bien sûr, elle a sollicité mon aide à quelques reprises, surtout en français, en espagnol et en anglais. Faut croire que les langues, c'est plus ma force. Une occasion de revenir à la base du vouvoiement en espagnol (Cuàl es su nombre?), de discourir sur l'atmosphère qui se dégage dans un texte en anglais et de découvrir « Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes? ». (Moi, je le sais maintenant!)

C'est vrai qu'elle est habituée que je sois présente pour elle. Ce soir, on révisait ensemble pour son examen de science, première période demain matin en classe. C'est une des choses que je trouve le plus important dans mon rôle de mère. Donc, pour moi, c'est naturel de l'aider. J'aime ça. 

Je sais que les journées où elle est en « école à la maison », je suis un peu moins productive pour le boulot.  J'ai l'impression d'être entre deux mondes, constamment interrompu. Je me reprends le soir. Je sais que c'est passager et je suis prête à m'investir pour cela. Je suis bien consciente que ce ne sont pas tous les parents qui peuvent faire cela.

Je me permets même quelques danses dans le salon pour alléger l'atmosphère, lorsque le motivation baisse en fin de journée. Y'a rien comme un peu de musique de Noël pour vous redonner un petit air d'aller!

Car au-delà de l'aspect pédagogique et de vouloir passer la matière, je me rends de plus en plus compte que ce sont des moments précieux que nous vivons présentement. L'occasion de revenir à l'essentiel. Il faut relativiser. 

Oui, la situation actuelle met en lumière les travers du système scolaire, le fait que l'enseignement avec et par le numérique ne sont pas maîtrisé par tous, que la façon d'évaluer les apprentissages aurait sérieusement besoin d'être dépoussiérée.. mais on ne peut pas penser changer tout ça, en ce moment, alors qu'on vit dans une incertitude constante. 

Alors, laissons-nous une chance de réussir collectivement. Essayons de voir le beau et le positif dans chaque journée. 

Le bilan de la semaine:

- La situation n'est pas idéale mais ça se passe plutôt bien. 

- Les enseignants donnent moins de devoir. « On dirait qu'ils ont pitié de nous ».

- Je développe d'incroyables aptitudes de « cheerleader » pour encourager ma fille à garder sa motivation dans la réalisation de ses travaux. (Au moins, cela génère d'innombrables fous rires dont on se souviendra longtemps!)

- Espérons quand même que cela ne durera pendant pendant toute l'année scolaire. Le volet social est tellement important pour les jeunes.

C'est parti pour une autre semaine!

P.S. Le titre de ce blogue fait référence à l'habillement coutumier de ma fille lors de ses journées de classe à la maison : un bas de pyjama et un chandail assorti rappelant la magnifique fourrure d'un yéti. Un jour, elle m'autorisera peut-être à la prendre en photo dans cette tenue.

mardi 3 novembre 2020

Un jour sur deux

 


Une nouvelle (télé)réalité débute cette semaine chez moi. Ma fille est en 3e secondaire. Nous habitons en zone rouge. Elle se rend donc à l'école une journée sur deux, l'autre journée, elle « fréquente » l'école à partir de la maison. La mesure est prévue jusqu'au 23 novembre. Soyons donc optimiste en nous disant qu'elle est temporaire, pour quelques semaines seulement.

Déjà, en apprenant la nouvelle, j'ai eu plusieurs « flashback » du printemps dernier, alors que l'école de la mi-mai à la fin juin a été complètement en ligne, sans évaluation. Des « flashbacks » pas toujours agréables, même si quelques jolis souvenirs perdureront. 

Pour les jeunes, habitués à l'encadrement strict de l'école, guidés (pour ne pas dire conditionnés) par le son des cloches qui annoncent chaque moment de la journée (rentrée, récré, dîner, etc.), ce n'est pas naturel de regarder l'heure et de savoir quand se brancher pour le prochain Zoom.

Surtout, ce n'est pas naturel de devoir faire preuve d'initiative et de compléter des travaux seuls, sans être captif d'une salle de classe. Oui, il y a bien les devoirs, mais ça, c'est le soir, sur le coin de la table de la cuisine. Là, c'est une autre « game ». 

Bref, le dernier mois de l'année scolaire 2019-2020, je l'ai passé à guider ma fille dans ce qu'elle devait faire, à l'aider à terminer ses travaux, à surveiller pour m'assurer que tout était fait. À jouer le chien de garde.

J'ai les capacités pour le faire, les connaissances (même si je ne la suis à peu près déjà plus en mathématiques), l'intérêt et surtout la disponibilité. Et elle est enfant unique.

Je n'ose même pas imaginer le défi que cela représente dans les familles plus nombreuses, où les parents sont moins disposés à aider et à accompagner, où le matériel informatique manque, avec des enfants du primaire qui ont besoin de plus d'encadrement à la maison, etc.

Donc, j'avais une certaine appréhension face à cette nouvelle perspective de l'école à la maison. De un, impossible d'avoir une routine pour les jeunes. Une journée, tu te lèves tôt, le lendemain, tu te lèves 30 minutes (sic) avant ton premier cours, et ainsi de suite. De deux, les enseignants ne peuvent faire plus de 45 minutes de vidéoconférence (sur des périodes de 75 minutes). Théoriquement, ils doivent donner 30 minutes de travaux à terminer. De trois, ils rebrassent leur planification et déplacent des examens pour que ceux-ci puissent se tenir les journées de présence à l'école. L'enjeu de l'évaluation à l'ère numérique, on pourra en reparler.

Je me dis que je dois aborder la situation avec zénitude. Et j'ai décidé de partager l'aventure ici (de mon point de vue de parents seulement). Nous sommes plusieurs à être dans le même bateau après tout, aussi bien partager nos expériences et s'entraider.

Première journée hier: 

1- 45 minutes d'espagnol, suivi d'une longue pause sur les réseaux sociaux jusqu'à la deuxième période, car aucun travail à compléter.

2- 45 minutes d'histoire (problème de stabilité du réseau parce que j'étais en vidéoconférence en même temps que ma fille), suivi de 30 minutes de travaux (que j'ai fait avec ma fille, après qu'elle ait annoncé qu'elle ne les ferait pas. Moi, je l'aime bien Samuel de Champlain!)

3- Déclaration choc, suivi d'un long soupir: « Je n'aime pas les Zoom. » avant le cours de sciences. Un autre 45 minutes (re: problème de réseau) suivi d'un travail. (que ma fille a fait seule; les sciences, c'est plus sa tasse de thé que l'histoire)

4- 45 minutes d'anglais pour terminer la journée, suivi de la lecture d'un texte et recherche de définition de mots dans le dictionnaire, euh Google. J'ai donc participé à la recherche étant donné que j'étais déjà sur l'ordinateur en télétravail.

Également, je dois préciser que j'habite en face de l'école de ma fille. Pendant les périodes de pause, elle est donc sortie (masquée) pour aller voir ses amis dans la cour. Pour sa part, c'est le côté social de l'école qui lui manque le plus. La motivation, elle n'en a pas tant, mais je réussis à compenser en faisant la « cheerleader ».

Bilan de la journée: 

Patience et accompagnement sont les mots d'ordre pour moi. Je me dis qu'il faut traverser cette période sans trop d'écueil mais que ce ne sera pas simple. Si je dois sacrifier un peu de ma productivité au travail pour faire en sorte que ma fille persévère, je suis prête à le faire. Je me dis que plusieurs jeunes seront laissés à eux-mêmes les journées d'école à la maison (sans mauvaise volonté des parents). Je me dis que ça représente un méchant défi pour tout le monde. J'essaie de ne pas penser aux conséquences, mais je me dis aussi qu'il ne faut pas trop se mettre de pression sur les épaules.

Suite

Je vais continuer de documenter mon « expérience » dans les prochains jours/semaines. 

Parallèlement, la vie m'a ramené sur le chemin de l'École branchée où j'ai déjà passé une partie de ma carrière professionnelle. C'est avec joie que je retrouve l'équipe pour mener à bien un nouveau projet, tout à fait en lien avec ce que je viens de vous raconter. 

Comme moi, plusieurs parents accompagnent présentement leur.s enfants. dans l'apprentissage à distance. Cette responsabilité s'ajoutent à leur rôle de parent. Qu'est-ce qui les préoccupent? De quelles ressources ont-ils besoin? Ce serait bien si on pouvait partager ce moment de grands défis ensemble. 

Ainsi, je collabore avec l'École branchée pour réaliser, dans un premier temps, un sondage auprès des parents québécois. Les résultats du sondage serviront à alimenter le contenu d'un numéro spécial du magazine qui sera préparé spécifiquement à l'intention des parents. Normalement, le public de l'École branchée, ce sont les enseignants. En ce moment, nous voulons aussi rejoindre les parents. Mon expérience personnelle pourra alimenter la production du magazine, mais j'ai surtout besoin de vous entendre sur le sujet. Je ne suis sûrement pas la seule à me sentir parfois démunie et impuissante face à la situation. Soyons solidaires!


 





lundi 28 septembre 2020

Sortir du sentier



Peut-être que nous devrions sortir du sentier... Changer complètement notre façon de voir les choses.

On est dedans. Elle vient de nous frapper. On ne peut pas dire qu'on n'était pas préparé. On se le faisait dire depuis des semaines. Continuez de faire attention. Respectez les consignes sanitaires. On n'a pas écouté. On était trop pressé de retourner à notre vie d'avant. La deuxième vague est là.

Notre vie d'avant... Elle ne reviendra pas. Avant est passé. C'est maintenant que ça se passe. Et après, on verra.

On avait plein de bonnes et belles intentions au printemps. On disait : « il faut retenir quelque chose de cette pandémie », « il faut en profiter pour revoir / refaire / recréer le monde dans lequel nous vivons ». 

À peine quelques semaines plus tard, on était tous pressé de sortir de chez nous et de reprendre nos activités. On était déjà en train d'oublier nos bonnes intentions. 

Il y a quelques semaines, mon ami Pierre-Luc Lachance demandait: «... sommes-nous prêts à faire évoluer nos habitudes pour sortir de nos labyrinthes de certitudes et instaurer un réel changement durable... ».

J'en suis de moins en moins sûre. Ce n'est pas la majorité en tout cas. Des habitudes, c'est dur à changer. Des choses qu'on prenait pour acquises, c'est encore pire. On n'est pas capable de se projeter dans un nouvel univers, parce qu'on n'a jamais rien connu d'autres. On est assis dans notre confort. Chassez le naturel et il revient au galop. 

Dernièrement, tout ce que j'entendais autour de moi, c'est « ça vas-tu finir cette affaire-là». 

Mais non, ça ne finira pas. 

Qu'on le veuille ou non, il va falloir apprendre à faire les choses autrement. Alors, aussi bien collaborer et participer plutôt que de se faire imposer le futur. On peut rester là à se plaindre ou on peut tourner la situation à notre avantage. Personnellement, dans nos vies. Collectivement, aussi. Et ces changements devront devenir durables. Il n'y aura pas de retour en arrière.

Appuyer sur RESET, comme disait Pierre-Luc.

Moi, je dis : Sortons du sentier. Empruntons un nouveau chemin. Inconnu, incertain. Partons à l'aventure et laissons-nous transporter par la nouveauté. 

En fin de semaine, je suis allée me promener dans la montagne. D'habitude, j'emprunte toujours le même sentier pour monter au sommet puis redescendre. J'ai décidé de passer par un chemin différent en redescendant. Ça m'a pris un peu plus de temps pour revenir, je devais faire plus attention aux endroits où je posais les pieds, mais j'ai vu des paysages sous une nouvelle perspective, j'ai découvert d'autres sentiers. 

C'est sûr que ça m'a demandé un effort. Mais j'étais contente de moi en arrivant au chalet.

Et c'est là que je me suis dit que c'est probablement l'attitude à adopter par rapport à la situation actuelle.  Adoptons une nouvelle façon de considérer les contraintes. Je sais bien que la situation est loin d'être idéal en ce moment. Elle est même tragique pour certains. 

Mais l'occasion est là. Il ne faudrait pas la laisser passer, même si ça nous rend inconfortable.

Pour une fois, on a la chance de mieux « choisir à quoi et à qui (encore plus important) on consacrera du temps », comme le dit Clément Laberge.

Normalement, on était plutôt submergé par les événements de la vie, incapable de s'arrêter. Au lieu de se plaindre qu'on n'a pas le temps, on peut enfin ralentir. Ma grand-mère paternelle disait: « La vie est un festin de miettes ». Chaque petite chose compte pour se tisser un bonheur. C'est le moment de nous remettre cette maxime à l'esprit. On n'est plus habitué de meubler notre quotidien de petits plaisirs, trop habitués à courir. Il faut recommencer à le faire.

Faisons les sacrifices nécessaires avec un objectif en tête. Moi, c'est définitivement de passer plus de temps en famille, de prendre le temps de lire tous ces livres que je n'avais jamais le temps de lire, de cuisiner plus aussi (je sais, c'est cliché!). J'ai eu une période yoga au printemps. J'en fais moins. Mais je fais toujours du sport et mon 10 000 pas quotidien est devenu sacré. 

Et puis, je planifie mieux mes déplacements et mes achats. Est-ce que j'en ai vraiment besoin? Est-ce que je dois absolument aller acheté ceci aujourd'hui? 

Il nous appartient à tous d'être attentif et de poser des gestes qui viendront concrétiser nos bonnes intentions énoncées au printemps dernier. Poursuivons la réflexion. Quels changements durables voulons-nous faire dans nos vies? 

Pour répondre à la question, je pense qu'on a vraiment besoin de sortir du sentier et de mettre de côté tous les référents qu'on avait. Ils n'existent plus déjà ou ils n'existeront plus bientôt. Construisons le monde de demain. Hier n'existe plus.




dimanche 30 août 2020

La rentrée n'est plus ce qu'elle était

 


La rentrée n'est plus ce qu'elle était et ce n'est pas la faute de la pandémie. C'est la faute au temps qui passe et à nos enfants qui vieillissent. À mon ado qui grandit.

La rentrée scolaire a toujours eu quelque chose de magique. C'est un des grands moments de l'année. C'est un rituel important dans la vie des enfants (et de leurs parents). Reprendre le chemin de l'école pour retrouver les amis et faire de nouveaux apprentissages. 

Bien sûr, la rentrée signifie aussi le retour des devoirs et de la fameuse boîte à lunch. Ne vous en faites pas, vous savez comme moi qu'on y survivra tous!

Après les tumultes du printemps et le laxisme de l'été (lire ado qui passe le tiers de son temps à dormir, l'autre tiers au parc avec ses amis et le reste collé à son écran d'iPad), cela fait aussi du bien de retrouver une certaine routine.

Et c'est là que j'y viens. L'adolescence. Ma fille débute son secondaire 3. Pas de photo d'elle sur les médias sociaux cette année. (Alors qu'elle passe ses journées à faire des séances photos avec ses amies.) 

Elle ne voulait même pas que je fasse une publication pour dire à quel point je suis fière de son cheminement et lui souhaiter une belle rentrée. (Alors, j'ai fait pire et j'ai écrit ce blogue hahaha).

Vous comprendrez donc que la rentrée perd un peu de magie pour moi. Mais cela ne veut pas dire que ce n'est pas important.

Au contraire, cela est d'autant plus important. 

J'ai l'impression que c'est souvent quelque part, là, au tournant de l'adolescence que certains jeunes perdent de leur motivation pour l'école. Ma fille n'aime pas autant l'école que moi je pouvais l'apprécier. Elle a besoin d'encouragement et d'une bonne dose de « pep talk » pour persévérer, même si, au final, elle réussit très bien. Elle a besoin de sa vie sociale et parascolaire pour accepter ce qu'elle aime moins de l'école.

Alors, j'ai l'impression que c'est d'autant plus important de célébrer la rentrée. C'est d'autant plus important que je sois là pour l'aider et l'accompagner. L'aider à trouver ce qui est « cool » à l'école, l'aider à voir le positif dans ce qui lui semble contraignant, l'accompagner dans ses apprentissages scolaires, mais aussi dans ses découvertes de la vie d'adolescente.

Je laisse ici deux citations de Stéphane Laporte, écrites dans un billet sur la rentrée, publié dans La Presse en 2019, et qui me rejoignent particulièrement. Je l'ai ai souvent répété à ma fille.

«N'y allez pas pour vous trouver une place après, allez-y pour vous y faire une place maintenant.»

«À l'école, il y'a plein de trucs qu'on n'aime pas, mais il suffit de trouver un truc qu'on aime.»

Eh oui, l'école, il faut en profiter et vivre ce moment pleinement, intensivement, même si ce n'est pas toujours évident. C'est là qu'on jette les bases de notre futur, mais c'est aussi là qu'on apprend à apprécier les petites joies du quotidien.

C'est en cette rentrée scolaire que je me rends encore plus compte que le rôle de parent ne se termine jamais. Il change et se transforme. On s'adapte. 

Et, même si ma fille est maintenant en secondaire 3, je vais encore me plonger dans ses manuels scolaires  avec elle cette année. Je veux suivre ses apprentissages et l'aider à cheminer. Je pourrais la laisser aller mais ces moments de discussions et de complicité sont essentiels pour moi. On va rire, on va se décourager (à faire de l'algèbre), on va se créer des anecdotes, des souvenirs.

Au fur et à mesure que nos enfants grandissent, on grandit encore avec eux. C'est ce que j'apprécie le plus de mon rôle de parent.

Il y a quelque chose de déroutant et de sécurisant à la fois dans le fait de voir grandir ses enfants. Déroutant, surtout à l'adolescence, parce que je me souviens de ma propre adolescence et cela me projette immanquablement dans le passé. Sécurisant, parce que je vois ma fille gagner en autonomie, prendre sa place, développer sa personnalité, avoir des opinions, s'exprimer.

Alors, c'est parti! Tout est possible en cette nouvelle rentrée!


lundi 15 juin 2020

Normalité programmée




Ainsi, trois mois ont passé....


Le déconfinement est bel et bien entamé. La vie normale, pas tout à fait normale, reprend. Je suis définitivement remonté à la surface après le creux de vague de mon dernier billet alors que je cherchais les rayons de soleil.


Si je suis beaucoup plus positive face aux prochaines semaines, aujourd'hui, j'ai comme l'impression que nous sommes dans une sorte de « no man's land», un entre-deux. Pas tout à fait normal, mais pas tout à fait confiné non plus.


Je peux maintenant retourner chez la coiffeuse... avec un masque.

Je continue de faire mon épicerie une fois par semaine pour éviter de faire la file.

Je peux réserver une table dans un restaurant près de chez moi.

Je continue de faire des achats en ligne pour limiter mes déplacements. 

J'ai pu retourner quelques fois physiquement au bureau.

Je me suis habituée au confort de ma maison pour travailler.


Ma fille termine cette semaine ses travaux scolaires.

J'ai refais trois mois de secondaire 2 avec elle (mais nous avons surtout fait le plein de fou rire et « d'inside jokes » pour un bout). 

Nous pourrons prendre des vacances cette été.

Bye bye le forfait au Mexique. Gaspésie, je reviendrai te voir!

Le prêt de livre recommence le 25 juin à la bibliothèque municipale, sur réservation.

Cette semaine, via Zoom, j'assisterai à une conférence qui devait avoir lieu à Toronto.


Quand je sors, le petit moment d'hésitation est devenu une partie de moi. À chaque geste que je pose, je me demande si j'ai vraiment le droit de le poser. Ai-je besoin de me sentir coupable d'entrer à la pharmacie simplement pour m'acheter de la crème à main et une brosse à dent? Puis-je prendre ma voiture et rouler jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli pour aller marcher au bord du fleuve sans me demander si je fais un déplacement inutile?


En trois mois, on a eu juste assez de temps pour perdre certaines habitudes et s'en créer de nouvelles. Maintenant, il faut se déprogrammer et se reprogrammer pour autre chose, qui encore une fois est de l'inconnu.


Nous sommes « en liberté contrôlée », mais c'est quand même fou la vitesse à laquelle certaines habitudes reviennent rapidement.


Je m'étais dit, je n'irai plus dans les commerces le dimanche. Devinez qui était à l'épicerie dimanche soir juste avant la fermeture...


Qu'en est-il de nos bonnes intentions du début de la pandémie? Nombreux sont ceux qui ont écrit qu'il s'agissait d'un moment pour repenser le monde. J'y croyais. Je n'en suis plus si certaine.


Dans mon dernier billet, je disais que la spontanéité n'avait plus sa place et je viens tout juste d'écrire à propos du moment d'hésitation quand je sors à l'extérieur. 


Par contre, c'est quand même surprenant la vitesse à laquelle notre cerveau retrouve la spontanéité... tellement qu'on en oublie (presque déjà) qu'il faut encore faire attention. Vous lavez-vous autant les mains qu'au début de la pandémie? 


Je crois que certaines choses vont changer et qu'il faut tirer des leçons de la pandémie, de vraies leçons. Mais attention, chassez le naturel et il revient au galop. Je vois des gens autour de moi qui ont déjà recommencé à vivre « comme avant ». Ils sont trop contents de l'assouplissement des règles qu'ils font comme si il n'y en avait plus. Ils ont déjà oublié.


Si nous voulons que certains changements s'opèrent de façon durable, il faudra être très attentif et poser des gestes pour s'assurer de les pérenniser. Il faudra être lucide et constamment à l'affût. Quel est le bon que nous voulons garder? Quel est le moins bon que nous voulons éliminer? De quelle façon pouvons-nous assurer que les conclusions à tirer de cette pandémie seront les bonnes et qu'elles s'enracineront dans le temps?


Cela revient à chacun de nous de répondre à ces questions. Je n'ai pas de réponse. Je les pose tout haut pour rappeler qu'elles devront se poser. Si la pandémie nous a appris quelque chose c'est bien qu'il ne faut rien prendre pour acquis!




samedi 9 mai 2020

Cherchez le rayon de soleil



Ce soir, je relis le billet que j'ai écrit au début de la pandémie. Je me trouve tellement optimiste. Pas que je ne le sois plus. Ce billet ne fait que mettre en lumière toute la gamme des émotions par lesquelles je suis passée depuis bientôt deux mois (DEUX MOIS!).

Après ce premier billet, je m'étais dit que j'écrirais plus souvent. Puis, les jours ont passé et se sont enchaînés. Comme une suite de journées toutes pareilles. Comme une automate, je me suis mis au nouveau rythme et le temps a passé. Une semaine, deux semaines, trois semaines et ainsi de suite. Jusqu'à aujourd'hui.

J'ai vécu des journées de légèreté où je me sentais très bien. J'ai vécu des journées où je n'en pouvais plus d'être assise devant mon ordinateur de 9h à 17h, enchaînant les vidéoconférences les unes après les autres comme si c'était normal. J'ai vécu des journées de découragement total en voyant mon ado errer sans but dans la maison, se bornant à dire que l'école est optionnelle. Des journées d'inquiétude face au moral changeant et à la baisse de plusieurs proches.

J'ai pris des marches dans mon quartier en changeant de côté de rue quand je rencontrais quelqu'un. J'ai lavé mes mains avant et après être allée à l'épicerie. J'ai vécu la nouvelle façon de « scanner ses articles » et de les emballer à la pharmacie. J'ai vécu l'hésitation à toucher au dispositif pour mettre de l'essence dans ma voiture (un plein en 2 mois, pas mal).

La semaine dernière, je crois avoir atteint ma limite personnelle. On parle de plus en plus de surcharge cognitive et de fatigue mentale ou bien de « zoom fatigue », je peux témoigner que c'est bien vrai. Le télétravail est rempli d'avantages, mais les désavantages sont quand même là, surtout en ce moment. Et puis, en étant à la maison, les tâches quotidiennes deviennent omniprésentes. J'ai terminé la semaine complètement épuisée, sans énergie. J'avais déjà perdu le contrôle. Cette semaine, je me suis recentrée sur l'essentiel, j'ai revu mon horaire et la gestion de mon temps. Avec succès, heureusement.

Mais dans quel monde irréel vivons-nous maintenant?

J'ai cessé de regarder les statistiques sur les autres pays. Je me suis repliée dans la lecture de fiction plus légère et l'entraînement maison pour me changer les idées. Après avoir vu des projets se mettre en pause au boulot, j'ai vécu de la frustration. Puis, j'ai décidé de me concentrer sur le positif et ce qui avance. Il y en a quand même beaucoup. J'y reviendrai.

J'ai lu des tonnes de blagues sur la pandémie sur les médias sociaux. Au début, je riais aux éclats, puis je me suis mise à sourire et parfois, je me suis dit « ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle». N'empêche que l'humour aide à passer au travers et que ça aide à détendre l'atmosphère.

Car, c'est bien ça. La légèreté et les bonnes intentions du début ont fait place à des inquiétudes et des questionnements pour la suite. Le ton a changé. Notre attitude face à la situation a changé aussi. La normalité, plus personne n'y croit.

Nous avons été confiné. Nous avons (plus ou moins) réappris à vivre. Maintenant, nous avons peur d'être déconfiné, car nous avons perdu tous nos repères en société. Nous devrons revoir nos comportements, nous devons réfléchir avant de poser des gestes qui nous étaient tout à fait naturels auparavant. La spontanéité n'a plus de place.

Nous avons réappris à apprécier notre foyer. Une fois le grand ménage du printemps fait, les recettes de Ricardo testées, pour ceux qui en avaient le temps, que reste-t-il? Personnellement, j'ai trouvé le temps de participer à un concours de photos sur Instagram pour me sortir encore plus de ma zone de confort et me changer les idées. Oublier un peu la situation. Comme plusieurs, je tente de me créer une nouvelle vie et de me convaincre qu'on est bien ainsi.

J'ai toujours été plutôt du genre cocooning le soir et les fins de semaine. J'ai aussi besoin de moment seule avec moi-même. En contre-partie, j'ai toujours été entouré de gens dans ma vie professionnelle et j'ai toujours déclaré présente lors des événements sociaux importants. Je ressens de plus en plus cette coupure de mon réseau de contacts. Ce n'est pas si évident de maintenir le lien et les interactions en ce moment.

Cette semaine, j'ai fait un passage au bureau pour un après-midi. J'étais arrivé au point où je devais changer d'air. Je savais que le lieu était accessible et sécuritaire. Je n'ai jamais été aussi contente de parler quelques minutes avec le gardien de sécurité et le concierge! Pendant le trajet en voiture, le long du boulevard Champlain, j'avais presque l'impression de revivre et d'être dans une vie normale.

Il faut se le dire, nous sommes de plus en plus impatient face à la situation. Rester à la maison, c'est bien beau, mais ce n'est pas sensé être ça la vie. Nous sommes de plus en plus impatient de reprendre une sorte de vie sociale, hors écran. Pourtant, cela n'arrivera pas tout de suite. Ne nous faisons pas de cachettes. L'avenir est incertain et surtout inconnu.

Je vis dans une montagne russe.

Si en mars, nous voulions mettre des arc-en-ciel dans nos vies. Aujourd'hui, nous sommes rendus au point de simplement chercher un rayon de soleil. Tant pis pour les arc-en-ciel qui semblent inatteignables. Je crois que cela sera la clé pour la suite.

Soyons attentifs à nos états d'âme. Ne pas les garder en dedans. Il faut se rappeler qu'il vaut mieux transformer l'inconfort en opportunité. Chercher le positif dans les détails du quotidien. À la fin de la journée, prendre un temps d'arrêt pour relaxer, se demander ce qu'on a fait de bien dans la journée et ce qu'on voudrait améliorer pour demain.

S'accrocher à un rayon de soleil, c'est ce que nous pouvons faire de mieux pour le moment.



dimanche 12 avril 2020

Cette ruralité qui m'habite


J'avais cette idée de blogue depuis des mois, mais je n'arrivais pas à l'écrire. Et voilà qu'une idée pour l'après pandémie lancé par mon ami Clément m'a finalement donné l'élan qui me manquait pour le faire.

J'ai grandi sur une ferme laitière, à la campagne. J'ai grandi entre la plaine et le fleuve, bercée par les marées et les vents dominants de l'ouest.

Grandir à la ferme, ça veut dire vivre au rythme des saisons, vivre selon l'horaire des animaux, profiter du grand air et de grands espaces de jeu. Cela veut dire apprendre à cultiver la terre, à cuisiner des aliments frais, à reconnaître les espèces, les races, de la faune et de la flore.

Cela veut dire travailler de longues heures sans compter, mais toujours avec passion. Les agriculteurs sont des entrepreneurs qui font prospérer leur entreprise à la sueur de leur front, en étant à la merci des aléas de la nature.

Je me plais aussi à citer que des études ont déjà établi une corrélation entre la résistance aux allergies ou l'auto-immunité et l'exposition pendant l'enfance à des fermes ou à la vie à la ferme.

Et puis, on parle souvent des valeurs associées à la campagne: l'entraide, le partage, la persévérance, la simplicité de vivre, l'authenticité, etc.

J'ai toujours été convaincue que la ruralité avait contribué largement à faire de moi la personne que je suis. Je suis sortie de la campagne depuis quelques décennies maintenant mais jamais, cette fierté de la ruralité ne sortira de moi.

Je suis sortie de la campagne parce que la ville m'appelait aussi. Mais n'empêche que le besoin du fleuve et de la plaine se font régulièrement sentir chez moi.

« ... quand t'as goûté à l'air de la campagne, tu y reviens, tu finis par y revenir. »               - Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion 

L'odeur du foin fraîchement coupé, les balles de foin qu'on entre dans la grange en pleine canicule, les vaches que l'on traie, les veaux qu'on fait boire au biberon, les chats qui courent partout dans l'étable, le harfang des neiges qui revient à chaque hiver, les oies blanches qui passent au printemps et à l'automne. Les promenades en tracteur, le temps des récoltes, les pique-nique aux champs, la pêche à l'anguille. Entendre le camion arriver pour venir chercher le lait, aller porter le grain récolté à la meunerie locale, faire du fromage maison, etc.

Quand je circule sur les routes du Québec rural, je ressens un profond respect pour ces hommes et ces femmes qui se donnent corps et âme à l'agriculture. Ne perdez pas patience quand vous êtes « coincés » derrière un tracteur qui roule trop lentement à votre goût, soyez fiers de celui qui le conduit et qui travaille pour vous nourrir.

Le Québec rural fait partie de notre histoire, de notre patrimoine. Il est encore essentiel aujourd'hui et il le sera toujours. Pourtant, trop souvent, je trouve qu'on le sous-estime.

De plus en plus de Québécois n'ont aucun membre de leur famille qui possède une ferme. Je suis maintenant du nombre. Cela me manque. Cela me manque terriblement.

Privé de l'entraide familiale d'autrefois, le Québec agricole dépend aujourd'hui de la main-d'oeuvre étrangère pour fonctionner. C'est triste et beau à la fois.

Et puis, trop peu de Québécois peuvent aujourd'hui bénéficier d'un véritable contact avec la terre, vivre l'expérience agricole pour vrai. L'émission Arrive en campagne présentée à TVA peut sembler anecdotique, mais pour moi, elle représente une belle vitrine pour la campagne. Tout comme, le Salon de l'agriculture, de l'alimentation et de la consommation, organisé à chaque année par des étudiants de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval.

Depuis quelques semaines, en pleine pandémie, la nécessité d'avoir une agriculture locale forte, innovante, créative est plus valorisée que jamais. Je suis heureuse que cette réalité revienne à l'avant-plan de l'actualité. Nos agriculteurs qui remplissent le garde-manger du Québec sont des entrepreneurs ingénieux qui ont besoin qu'on reconnaisse leur travail.

Ceci est un long détour pour revenir à l'idée de mon ami Clément. Mais voilà, cette semaine, il suggérait d'instaurer un service agricole obligatoire pour tous les jeunes Québécois.

« Ce serait une façon de prêter main forte aux agriculteurs et agricultrices québécoises (qui autrement dépendent de la main d'oeuvre étrangère), de développer des connaissances de bases en agriculture, et de mieux comprendre le circuit alimentaire, de la terre à notre assiette. »

Depuis longtemps, je me dis que tous les jeunes Québécois devraient avoir la chance de vivre une véritable expérience agricole de quelques semaines ou quelques mois dans leur vie. Pour voir, sentir, toucher, respirer, goûter, cultiver, récolter, élever, découvrir.... pour changer leur vie.

Je n'ai aucune idée de la façon dont cela pourrait se concrétiser. Mais il m'apparaissait important de le souligner ici. Pour qu'on n'oublie pas après la pandémie et que la valorisation du monde agricole soit durable.


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