lundi 29 janvier 2024

Un résumé de 2023

 


Pour garder des traces, voici un résumé de ma vie professionnelle en 2023 (puisque j'avais fait le résumé de 2021 et de 2022). En faisant la liste, j’ai presque eu le vertige d’avoir réussi à accomplir tout ça en une seule année (et j’ai sûrement oublié des choses!). 

Pas pour rien que je suis fatiguée des fois, mais tous ces projets sont tellement stimulants. Comment m’arrêter!?! (Pour mieux comprendre, lire mon billet « Je suis une multi ».)

Je retiens entre autres :



Je suis une multi

 


J'avais le livre de Véronique Boisjoly dans ma liste de livres à lire. En rapportant un autre livre à la bibliothèque municipale, je suis tombée face à face avec Multi sur la table des nouveautés. Je l'ai ramené chez moi et j'ai commencé à lire. 

Sans surprise, il n'y a aucun doute que je m'identifie à cette catégorie de personnes et cela ressort encore plus depuis que je suis devenue travailleuse autonome il y a trois ans. D'ailleurs, Véronique, je sais que tu m'avais sollicitée pour répondre au questionnaire qui a servi à ta collecte d'information initiale, mais je n'avais pas réussi à le prioriser dans mon emploi du temps. Tu auras quand même réussi à trouver plusieurs de nos semblables pour alimenter ton livre qui est si pertinent. ;)

Dans les premiers chapitres, l'auteure explique les différents types de personnes multis. Malgré les traits communs (grande capacité d'adaptation, vue systémique, capacité à faire des liens, esprit de synthèse, rapidité d'apprentissage, curiosité intellectuelle, intérêts variés), il ne s'agit pas d'un bloc homogène. Elle invite plus particulièrement les multis à se définir à partir des catégories énoncées. J'ai joué le jeu et voici le résultat. 

Ainsi, je suis une multi en simultané qui mène plusieurs projets en même temps. Et dans cette catégorie, je suis une « tourneuse d'assiette », c'est-à-dire que je peux maintenir plusieurs intérêts en simultané. Mon « jeu de cartes », tel que présenté par l'auteure, seraient composées des cartes : multi projet (la nouveauté, les débuts et les fins, les priorités brûlantes), multi passion (diversité de sujets) et multi perspective (faire des liens, synthétiser des idées). 

Cela concorde avec mon choix de carrière en journalisme. J'ai toujours dit : « J'aime le journalisme parce que cela me permet d'écrire sur toutes sortes de sujets différents, de découvrir des gens de tout horizon, d'en apprendre un peu plus sur des sujets qui m'étaient jusqu'alors inconnus ». Chaque article, chaque dossier représente un projet en soi. Et même à l'époque de mes études, mes professeurs reconnaissaient ma capacité de vulgarisation et mon aptitude à faire des liens entre des sujets complètement différents. 

C'est par le biais du journalisme que j'en suis venu à m'intéresser aux technologies (devenu le numérique au fil des ans), ce qui est devenue une sorte de spécialisation pour moi (tout en demeurant un sujet très vaste et infini, qui me permet de naviguer d'un mandat à l'autre sans problème, et ce dans plusieurs secteurs d'activités : éducation, culture, entrepreneuriat, etc.). 

L'auteure amène ensuite les multis à « apprendre à se nommer ». Vous savez lorsqu'on vous demande : « qu'est-ce que tu fais dans la vie? » et que vous vous perdez dans une mer d'explication? L'exercice proposé est excellent. Je l'ai suivi en diagonale puisque j'avais déjà réalisé un exercice similaire au moment de créer le site Web de mon entreprise Scriba - Les mots décodés. (Plusieurs découvriront le site aujourd'hui, car je n'en ai jamais fait la promotion.)

L'exercice propose de rédiger sa « microhistoire ». En fait, il s'agit de nommer les dénominateurs communs de son parcours, ses actions, ses valeurs, ses forces, puis d'en faire une déclinaison en un paragraphe. Personnellement, c'est ce paragraphe que je modifie lorsque je dois envoyer ma biographie à des collaborateurs. 

En gros, ça donne ceci et je trouve que ça me définit bien, même si ça ne dit pas tout ce que je fais : 

    « Martine est rédactrice et gestionnaire de projets d'éditions numériques. Pour elle, l'écriture est une véritable passion. Au fil de ses expériences, elle a développé une solide expertise en lien avec la transformation numérique dans divers secteurs d'activités (éducation, culture, administration publique, etc.). Elle maîtrise les subtilités de l'univers numérique, ses enjeux, ses possibilités et sait les vulgariser en deux clics de souris. Elle carbure au travail d'équipe, à la collaboration et à la réalisation de projets concrets. Pragmatique, dans les faits et l'action, elle aime avoir un impact dans la société et entrer en contact avec une multitude d'humains. »

En fonction du destinataire, je donne plus de précision sur une expérience ou une autre.

Plus loin dans le livre, ce passage m'a rejoint particulièrement : 

 « ... de notre point de vue de multi, la vie est trop courte pour laisser passer une chance. Chaque occasion d'explorer différents courants et de s'affranchir de nos rôles antérieurs peut s'avérer être une irrésistible promesse. En plus d'évaluer les risques, nous évaluons les possibilités, et l'équation donne souvent une somme positive qui nous encourage à faire ce saut. »

Avec le recul, je peux dire que mon parcours professionnel a pas mal été guidé par cet état d'esprit. Je n'ai jamais eu de plan précis sur la suite des choses. J'ai saisi les occasions au fur et à mesure qu'elles se présentaient à moi et ça m'a bien réussi jusqu'à maintenant. 

Je retiens aussi ce passage : 
 « [Les multis] ont appris à tenir en équilibre et à avancer dans des contextes parfois hors normes, et ce, même si leur fil de fer prend des angles imprévus et s'étend rarement en ligne droite. Les personnes multis s'entrainent pour arriver de l'autre côté (de chaque aventure, projet, détour) en évitant de perdre pied. » Ceci est parfois à nos risques et périls, mais c'est si stimulant en même temps.

En lisant le livre, j'ai compris pourquoi les personnes qui ne sont pas dans ma tête peuvent en venir à me dire : « On te voit partout, mais on ne comprend pas trop tout ce que tu fais. » Le fil conducteur est dans ma tête, mais elles voient uniquement des extraits qui défilent sur les réseaux sociaux au gré de mes partages.

J'ai aussi pris un peu plus conscience du fait que les multis peuvent être déstabilisants pour les « non-multis » et j'ai gagné quelques trucs à appliquer au travail et dans ma vie personnelle!

En conclusion, l'auteure invite également les multis à se mettre en action pour mettre leurs aptitudes au service du monde et à « contribuer à repenser nos systèmes et à définir de nouveaux modèles de vie ». Pour ma part, j'ai fait de l'éducation mon champ de bataille dans l'objectif de promouvoir la diversité des parcours et les pratiques pédagogiques innovantes. J'ai aussi développé une compréhension des enjeux numériques qui me permet de faire la promotion de ces effets positifs au-delà des risques et je suis bien déterminée à les faire valoir le plus largement.

Je ne vous en dirai pas davantage sur l'ouvrage de Véronique Boisjoly, j'en ai déjà dit beaucoup. J'espère vous avoir donné l'envie de vous le procurer pour mieux vous comprendre comme multis ou pour mieux comprendre les multis qui vous entourent.


À retenir : « Avoir confiance en soi, ce n'est pas être sûr de soi. C'est trouver le courage d'affronter l'incertain sans le fuir. » - Charles Pépin, philosophe



samedi 30 décembre 2023

Exit 2023!

 

2023, tu me laisseras un goût amer. J'aurais voulu que tu finisses plus rapidement. En juillet, j'avais déjà exprimé mon essoufflement. En août, j'entamais l'automne avec plein d'espoir. Les péripéties se sont poursuivies, à mon grand désarroi. 

Heureusement, avant d'écrire ce texte, j'ai pris un moment pour regarder les photos accumulées dans mon cellulaire au cours de l'année. J'ai pu me remémorer tous les interludes de bonheur et de joie (New York, Paris, le FEQ, Gaspésie, Winnipeg). Des escapades hors du temps et de la réalité. Et tout plein de beaux moments en famille ou tous ces projets professionnels si satisfaisants. Cela m'a rappelé à quel point j'aime ma vie en général.

Ce n'est pas pour rien qu'en 2023, j'ai l'impression d'avoir vécu deux vies en une. T'sé, il y a des moments qu'on capte à tout jamais et ceux qu'on préfèrerait oublier. Il y a des choses dont on ne parle pas en public ni à tout le monde. Des choses que l'on vit, que l'on garde pour soi. Parce que ce n'est pas si important. Des choses qui ne se disent juste pas. On connait d'une personne ce qu'elle nous laisse voir. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai choisi l'image de l'iceberg pour illustrer ce billet.

Il y a des tempêtes qu'on traverse sans savoir trop pourquoi. On les traverse, c'est tout. On n'a pas le choix et on vit avec l'espoir de passer à autre chose. Et une autre chose arrive. Et une autre encore. Comme en 2023. Tout est allé vite, tout s'est enchaîné. Et ce, jusqu'à la toute fin de l'année. Je n'ai pas pris le temps de vivre toutes les émotions qui m'arrivaient de toutes parts. Parce qu'il fallait avancer.

La période du temps des fêtes est toujours un bon moment d'introspection.

Si j'écris à propos de ça, c'est que je sais que je ne suis pas la seule dans cette situation. Il y a la vie que l'on laisse paraître en facette et la vie derrière. La vitrine est super belle et l'arrière-boutique est un fouilli total, à tort ou à raison. À un moment donné, il faut prendre le temps de faire le ménage (et ça fait tellement de bien!). Il y a aussi les responsabilités que l'on a acceptées de prendre et les autres qui nous arrivent, les autres tâches connexes, qu'on n'a pas le choix de prendre. Tout le temps, il faut garder le cap et essayer de prendre la vie du bon pied, se réconforter en se disant que rien n'arrive pour rien, comme le disaient les stoïciens (merci cours de philo I). Parfois, les obstacles sont juste plus grands que d'autres. Parfois, cet automne, je me disais que ça n'avait juste pas de bon sens

J'ai toujours été très positive dans la vie et je continuerai de l'être. Je ne suis pas une fille qui abandonne, quand j'ai une idée, une conviction, j'y tiens. Je ne suis pas une fille de sentiments, mais je dois me rendre à l'évidence que, parfois, ça fait du bien d'exprimer ce que l'on ressent. Si la pandémie nous a laissé un héritage, c'est bien celui de prendre le temps d'apprécier les choses simples de la vie et de prendre soin de soi. C'est aussi celui de privilégier son bonheur. Parce que la vie passe et pourquoi gaspiller son temps... 

Surtout qu'avec l'âge (ou l'expérience ou la fatigue, qui sait?), il devient de plus en plus difficile pour mon cerveau de jongler avec tous ces compartiments. Alors aussi bien se concentrer sur le positif.

À travers toutes les embûches, il faut toujours se ramener à l'essentiel. Je suis en vie. C'est aussi dans ces moments où il faut se ramener à soi aussi. J'ai confiance en moi et en qui je suis.

C'est pour ça que l'année 2023 m'a conduite à deux grandes conclusions :

- Je me concentre sur les choses sur lesquelles j'ai le contrôle et sur lesquelles je peux faire une différence. Bref, je choisis mes combats et je lâche-prise sur le reste. 

- Je n'ai plus envie de tolérer les situations qui ne sont pas en phase avec mes valeurs et avec la personne que je suis et que je veux être. J'ai envie de me sentir bien.

Cela a l'air simple de l'écrire comme ça, mais ce n'est pas si facile tous les jours. Je crois que tout de même que cela m'aidera à poursuivre mon chemin avec plus de zénitude.

En ces dernières heures de 2023, je vous souhaite de prendre un moment pour jeter un regard sur l'année qui vient de passer. Regardez vos réalisations. Soyez reconnaissant. Remémorez-vous les défis. Faites-en des apprentissages. C'est important avant de passer à la suite.

À suivre...

lundi 4 décembre 2023

Ce que j'ai appris...

 

La semaine dernière s'est achevée dans un tourbillon d'émotions de toutes sortes. J'avais envie d'écrire, mais je ne savais pas sur quoi parce que j'avais trop de choses qui se bousculaient dans ma tête.

Alors, je me suis dit que je devais commencer par ce que je retenais de la semaine. Voici donc...

  1. Innover au Québec est un véritable parcours du combattant, malgré ce qu'on entend sur la place publique.
  2. Rien ne vaut une bonne stratégie de communication pour faire progresser un projet.
  3. Les copropriétés sont le parent pauvre de l'habitation au Québec et le gouvernement n'a pas l'air de vouloir bouger malgré les cas de malfaçon qui se multiplient. J'en subis les conséquences en ce moment et nous sommes vraiment laissés à nous-mêmes.
  4. Les étudiants sont stressés et la grève annoncée du 8 au 14 décembre n'a rien pour contribuer à l'amélioration de leur santé mentale.
  5. Il faut prendre le temps d'apprécier la fin d'un projet avant de passer au suivant. Pour moi, ce fût le lancement du magazine de l'hiver du magazine de l'École branchée.
  6. Il faut parfois laisser partir ceux qu'on aime pour le bien-être de tous.
  7. Certains deuils sont plus faciles à faire que d'autres.

Je ne sais pas ce que je vais faire de ces apprentissages, mais je voulais garder des traces. Je prendrai peut-être l'habitude de nommer des apprentissages, qui, je l'espère, seront plus positifs que négatifs.

Parfois, il faut danser sous la pluie. J'ai l'impression que j'ai fait ça depuis le début de 2023. Mais, rassurez-vous, il y a quand même eu du beau dans cette année mouvementée. J'y reviendrai.


dimanche 15 octobre 2023

Garder des traces de la rentrée collégiale

 


Je ne sais pas si c'est moi qui avais oublié ou si ce sont les temps qui ont changé... mais il semble que la transition entre le secondaire et le cégep ne soit pas si facile à vivre. En d'autres mots, la première partie de la session de l'automne a été un véritable tour de montagnes russes, avec plusieurs bas, quelques hauts et une foule de turbulences!

À la fin août, ma fille a commencé sa première session au cégep en sciences naturelles (anciennement nommées les sciences pures). Adaptation est un mot faible pour qualifier les jours et les semaines qui ont suivi. Elle s'est remise en question. Je me suis remise en question. J'ai remis le monde en question. La semaine de lecture marquant la mi-session a été une bouffée d'air frais dans notre automne qui ressemble à une course à obstacles.

Je connais bien le milieu scolaire, primaire et secondaire, pour y baigner de différentes manières avec mon travail à l'École branchée. Pour ma fille, le rythme était plutôt lent, même avec des maths fortes, des sciences et de l'anglais enrichi.

Et bam, je redécouvre le cégep... qui n'a peut-être pas changé tant que ça avec les plans de cours, les nombreuses lectures et les travaux écrits. Pour ma fille, ça va vite (trop?). C'est un feu roulant d'apprentissage en 15 semaines top chrono. 

Comme au primaire et au secondaire, les profs sont tout aussi différents les uns que les autres. Tu as le prof d'anglais techno qui encourage les étudiants à utiliser ChatGPT pour trouver des idées en vue de l'écriture d'une « short story » et le prof de philo qui ne veut voir aucun appareil électronique et qui fait tous les travaux papier/crayon en classe pour éviter le plagiat. 

Je ne pouvais pas ne pas garder de traces de mes constats des dernières semaines, même si je les inscris ici dans l'ordre et le désordre. Je me permets probablement quelques généralisations, basées sur mon expérience personnelle. Je ne prétends nullement que ce sont tous les jeunes qui vivent leur rentrée collégiale de la sorte. À chacun son rythme et sa façon de vivre les étapes de la vie. 

Quelques constats en vrac : 

  • Le cégep, c'est l'entrée dans le monde des études supérieures. C'est normal que cela demande des efforts et un engagement en temps. Est-ce qu'on a oublié de le dire à nos jeunes? Est-ce qu'on a trop nivellé vers le bas au primaire et au secondaire (principalement depuis la pandémie)?

  • C'est fini le 9 h à 16 h! Parfois, c'est du 8 h à 18 h! C'était dont plaisant d'habiter en face de l'école secondaire! (Je ne reviendrai pas sur le transport en commun (non-efficace) de Lévis, on a adopté l'auto comme tant d'autres.)

  • Tu ne peux pas tout avoir dans la vie - études, travail, vie sociale et familiale. Il faut faire des choix et prioriser. Oui, je sais, moi-même, je suis encore en apprentissage! Ma fille a lâché un cours pour alléger son horaire et réduit son nombre d'heures de travail par semaine.

  • Les jeunes sont beaucoup plus habiles avec leurs appareils mobiles qu'avec un ordinateur. Les compétences de base en bureautique sont loin d'avoir été apprises à l'école. Je suis la mère techno de services pour montrer comment créer des documents Word et les classer de façon efficace. Que dire des raccourcis claviers si importants! Et on ne parle pas de l'absence de technique pour taper au clavier!

  • Réussir à trouver l'adresse courriel à utiliser pour installer la licence Office 365 du cégep relève du parcours du combattant. J'ai trouvé! Et après,... revoir le point précédent (aka Microsoft est pas mal moins convivial que Google pour des jeunes habitués à Classroom).

  • Pendant qu'on dit aux enseignants du primaire et du secondaire de diversifier les traces d'apprentissage pour évaluer la progression des jeunes, la réussite au cégep semble (encore principalement) basée sur les compétences en lecture et en écriture des jeunes. 

    • C'est le festival de la rédaction d'au moins 700 mots en français, en philo, en anglais... C'est quoi, ça, une dissertation déjà? (Ceux qui ont lu mon billet Classe de français et autres dérives systémiques connaissent mon aversion pour les textes-recettes) Je ne dis pas que ce n'est pas correct, je dis juste qu'on sous-estime peut-être la marche à monter.

    • Et puis, pour disserter, il faut avoir de la culture générale, avoir développé son jugement critique, savoir argumenter de façon structurée... Tout ça, il faut l'apprendre. Où et comment? Je me le demande sérieusement présentement.

    • Oh! Les fautes de français comptent maintenant dans TOUTES les matières. « Pourquoi ce n'est pas comme ça au secondaire, ça nous préparerait mieux? ». Cette citation n'est pas de moi.

    • Lire de manière efficace, ça s'apprend. Enseigne-t-on des stratégies de lecture aux jeunes? Que retenir? Que surligner? Comment résumer? Sinon, énormes pertes de temps garantis. 

  • Finalement, apprendre à gérer son temps, sans distraction (allô TikTok!), est un véritable défi.

Demain lundi, on repart pour la deuxième moitié de la session. Pour faire redescendre la pression, j'ai un nouveau leitmotiv que je répète : « Ce n'est pas grave de vivre des échecs, ça fait partie des apprentissages de la vie ». Si tu fais des efforts et que tu essaies, même si tu te trompes, ce n'est pas grave. On va à l'école pour apprendre, on ne peut pas tout savoir avant d'avoir commencé!


Image : trouvée sur Instagram. Désolée, elle est en anglais, mais je n'ai pas trouvé d'équivalent en français.

lundi 9 octobre 2023

Briser le plafond de papier

 

Depuis quelques mois, cela fait quelques fois que j'entends parler du « plafond de papier ». J'aime bien cette expression. Elle est utilisée pour décrire le fait que certaines personnes ne peuvent pas accéder à des emplois parce qu'elles n'ont pas de diplôme (vous savez, le fameux papier?!). En brisant le « plafond de papier », il serait possible d'offrir un milieu du travail plus égalitaire et probablement plus représentatif des réelles compétences de certaines personnes.

Je ne dis pas qu'il ne faut pas valoriser les études, loin de là. Mais je dis que, dans une société où l'apprentissage tout au long de la vie et où les formes d'acquisition de connaissances se multiplient, toutes sortes de modèles de dotation de poste pourraient et devraient coexister. Il est possible d'acquérir des compétences de diverses manières et surtout pas seulement à travers un parcours éducatif linéaire et traditionnel et ses compétences devraient pouvoir être reconnues d'une façon simple.

J'avais déjà réfléchi à la question. Je pourrais moi-même être victime de la contrainte du diplôme et même (encore pire) du mauvais diplôme. Je suis diplômée en communication publique, profil journalisme. Je n'ai jamais fait d'études en informatique, technologies, affaires numériques ou autres. Pourtant, je crois que je peux me qualifier d'experte de la transformation numérique et j'ai déjà occupé des postes en lien avec les compétences liées à ce titre. Malgré cela, dans certaines organisations, je ne pourrais pas occuper un poste dans une direction dédiée à la transformation numérique parce que je n'ai pas de « papier ». Pour pallier ce manque, je me suis inscrite au Diplôme d'études supérieures en gestion des affaires numériques. Ça avance au compte-goutte, car la motivation n'y est pas. J'ai l'impression que je pourrai donner la majorité des cours à la place des professeurs ou chargés de cours. Bref, je ne sais pas si je vais terminer cette formation. L'absence de diplôme ne m'empêche pas de progresser et de gagner ma vie. Cela peut être le contraire pour certaines personnes.

Il y a quelques mois, je suis tombée sur un texte de Chloé Freslon, publié dans la revue Gestion de HEC Montréal. Et c'est là que j'ai découvert l'expression qui est si juste. Elle présentait ce que je viens d'expliquer plus haut et donnait des exemples d'entreprises privées qui avaient choisi de ne plus exiger de diplôme pour des emplois qui en nécessitaient auparavant. Bravo!

Il y a quelques semaines, dans son bulletin de veille en innovation et économie, le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Environnement du Québec relayait une nouvelle qui avait pour titre Les États américains ouvrent leurs portes aux travailleurs sans diplôme. On apprend dans cet article que la Virgine est devenue récemment le 13e État à supprimer les exigences de diplôme pour les fonctions difficiles à pourvoir au sein de son gouvernement. Rebravo!

Dans le texte, on lit : « Le passage à l’embauche basée sur les compétences au lieu de l’embauche basée sur les diplômes n’est pas seulement une réforme sensée du secteur public pour trouver des travailleurs qualifiés dans un marché du travail tendu, il peut également débloquer la mobilité économique pour des millions de travailleurs qui ont été négligés pendant des décennies. »

Au gouvernement du Québec, des efforts ont été faits dans les dernières années pour simplifier les processus d'embauche, mais on semble encore loin de briser le plafond de papier, si j'en crois les discussions que j'ai avec des personnes évoluant dans la fonction publique québécoise. Parfois, l'État perd même d'excellents employés, déjà en poste et donc compétent, parce qu'ils ne peuvent plus faire avancer leur carrière. C'est déplorable.

Finalement, cette fin de semaine, ce texte de Christophe Charré, directeur de projets à l'Institut de la gouvernance numérique, publié sur LinkedIn. Il demande : « La suppression des exigences de diplôme est-elle un pas vers l'égalité des chances au travail? ». Son texte est en continuité directe avec ce que je mentionne ci-haut. Cela vaut absolument la peine d'aller lire les échanges sous la publication LinkedIn qu'il a fait pour promouvoir son texte. 

Il présente des avantages au fait d'adopter une embauche basée sur les compétences, puis il présente le modèle de l'École 42 en France. Il aurait aussi pu parler du campus de 42 Québec, une franchise du modèle français qui a ouvert ses portes à Québec en mai 2021. (Ici, je dois préciser que j'ai largement contribué à la venue de ce campus dans la province (avec tout un groupe de personnes qui y croyaient très forts) et que je suis encore engagée dans le développement du lieu d'apprentissage.)

Ce modèle éducatif tout à fait hors de la boîte a fait ses preuves en France. J'en ai déjà parlé sur ce blogue à quelques reprises. Cette formation est entièrement conçue pour permettre aux personnes d'acquérir des compétences en programmation informatique, en résolution de problèmes, en collaboration, à la fois des compétences humaines et techniques. 

Une fois la formation complétée, aucun diplôme n'est émis! Et pourtant, en France, depuis 10 ans, les finissants de 42 Paris sont reconnus dans les entreprises privées comme d'excellents programmeurs. Le taux de placement frôle les 100 %. C'est la reconnaissance de la qualité des compétences acquises par les apprenants qui fait le travail, et non le diplôme. 42 a réussi à briser le plafond de papier en France.

Au Québec, la réputation du lieu d'apprentissage et la qualité de la formation sont encore à faire connaître. Déjà, des entreprises ont saisi l'opportunité en accueillant des stagiaires. Et vous savez quoi? Signe que les compétences sont au rendez-vous, ils et elles se sont fait offrir des emplois au terme du stage (allô et merci à Korem qui a été la première à y croire!).  

Et les histoires à succès vont se multiplier dans les prochains mois. Il y a près de 200 étudiants à 42 Québec, quelques dizaines s'ajouteront dans les prochains jours alors que la rentrée de l'automne aura lieu.

Pourtant, on entend encore des organisations qui ne peuvent pas devenir partenaires de 42 Québec parce qu'elles ne pourront pas embaucher les finissants de 42... en raison des règles d'embauche en place chez elles, du « plafond de papier » donc. Elles se privent alors d'un bassin de travailleurs compétents.

Cette histoire de 42 bouscule beaucoup de modèles établis à la fois... pas de diplôme, mais des compétences, pas d'enseignants, mais de l'apprentissage par les pairs, pas d'horaire fixe, mais des étudiants suffisamment motivés pour avancer de façon autonome dans leurs apprentissages, des examens oui, mais quand l'apprenant se sent prêt à les passer, une formation gratuite, mais sans accès aux prêts et bourses... Il y a matière à faire plusieurs autres billets ici avec chacun de ses thèmes. Par-dessus tout, ce modèle remet en question la définition même du mot réussite. Quand réussit-on un parcours académique? Est-ce lorsqu'on a complété toute la matière au programme? Est-ce lorsqu'on se trouve un emploi « dans son domaine »? Est-ce lorsqu'on a réussi à améliorer sa situation économique grâce à la formation (qu'on l'ait terminé ou non)?

Une chose est sûre, dans une société où l'apprentissage tout au long de la vie et où les formes d'acquisition de connaissances se multiplient, ce modèle éducatif alternatif a définitivement une place. Il répond aux besoins de personnes qui veulent se développer humainement et acquérir des compétences professionnelles, mais qui ne se retrouvent pas dans les modèles traditionnelles. Il représente une offre complémentaire qui permet à des personnes qui ne seraient pas retournées dans une « école » de le faire... avec succès. Elles n'ont pas le diplôme, mais elles ont certainement les compétences nécessaires pour occuper un emploi en informatique.

Le plafond de papier est-il fait de soie? Il devient plus facile à briser. Ça me semble une bonne chose pour accroître l'égalité des chances pour tous.


Bonus! Que faut-il pour entrer à 42? 

Il faut réussir la Piscine!


Cette vidéo résume très bien la Piscine de 42 Paris et la façon dont le début de la formation se passe. Écoutez aussi des commentaires des participants de Piscine de Québec qui s'est terminé vendredi dernier.

@konbini On a suivi deux étudiants de l’École 42, une école de code gratuite. Ici, pas de profs ni de cours mais des grosses journées pendant 1 mois pour espérer rentrer dans cet établissement hors du commun par un concours qu'on appelle "la piscine". #apprendresurtiktok #ecole #ecole42 #code #lapiscine #informatique ♬ son original - Konbini







dimanche 27 août 2023

Quelques réflexions numériques en vrac


Il y a des mois que j'avais envie d'écrire ce billet. Mais le temps manque. Et puis, c'est un sujet tellement polémique que j'avais peur de ne pas trouver les bons mots. Finalement, je me suis dit que je pouvais m'exprimer sur ce sujet que je connais si bien.

ll y a des mois que certains médias s'appliquent à démoniser les technologies à l'école et qu'ils mélangent tout dans un gros panier. Pourtant, il y a tant de nuances à apporter. On pourrait parler de l'utilisation des cellulaires par les jeunes et par les adultes aussi, de ce qu'on en fait et aussi de quand on le fait. On pourrait parler de compétences informationnelles et sociales, du jugement et de l'esprit critique qui va avec l'utilisation des appareils numériques. On pourrait parler des manières de faire apprendre, d'aider les jeunes en difficulté, de stimuler les apprentissages, de motiver. On pourrait aussi parler de compétences à développer pour pouvoir occuper un emploi en 2023, comme savoir envoyer des courriels et y répondre, utiliser des logiciels professionnels de façon efficace.

Au lieu de ça, on parle souvent et simplement « des jeunes et des cellulaires à l'école ». Ah les jeunes sont toujours sur leurs « cell », on devrait leur enlever et le bannir. Point! 

Nous sommes-nous regardés comme adulte? Avons-nous analysé nos propres comportements et l'exemple que nous donnons aux jeunes? Avons-nous posé des gestes pour apprendre à utiliser les technologies de façon pertinente? Avons-nous initié des actions pour apprendre aux jeunes à gérer leur temps et leurs comportements? Leur avons-nous proposé d'autres activités stimulantes dans laquelle s'engager au quotidien?

Cet été, il y a eu un reportage (je n'ai pas retrouvé la référence) dans lequel on parlait des parents qui passaient du temps sur leur cellulaire dans les parcs pendant qu'ils laissaient jouer leurs enfants dans les modules. La télévision a servi de « gardienne » à bien des enfants. Les tablettes et les cellulaires l'ont remplacé depuis déjà quelques années. Je ne jette pas le blâme sur les parents, je dis juste que ça existe. 

Récemment, j'ai rédigé deux articles pour l'École branchée avec des spécialistes. Leur discours est pertinent (et percutant). 

Félix Berrigan, professeur à l'Université de Sherbrooke, réalise des études sur la sédentarité chez les jeunes. Il rappelle que « les adultes ont un rôle important de modèle à jouer en ce qui concerne l'utilisation des écrans, mais aussi en tant que catalyseur pour proposer d'autres types d'activités aux jeunes, que ce soit à l'école ou à la maison ». 

Emmanuelle Parent est cofondatrice et directrice générale du Centre pour l'intelligence émotionnelle en ligne (le CIEL) et a réalisé une étude sur l'usage du numérique chez les adolescents à l'Université de Montréal. Elle soutient : « Parmi les limites à l'autorégulation, il s'agit d'une approche qui responsabilise l'individu et met le poids d'une utilisation saine que sur ses épaules, alors que cette problématique touche tous les jeunes. Est-ce réaliste d'exiger qu'une ou un ado choisisse délibérément de diminuer ses liens avec son entourage qui pourtant le sollicite et le considère disponible en tout temps? ». 

Les technologies sont débarquées massivement dans nos vies. Les temps changent, comme on dit. La société a littéralement été transformée. Il n'y aura pas de retour en arrière, qu'on le veuille ou non. 

Ça ne veut pas dire de faire n'importe quoi.

Nous avons le pouvoir de nous poser et de réfléchir calmement, sans s'enflammer ni paniquer. Tout n'est pas noir ou blanc, il n'y a que du gris. Que voulons-nous pour la suite? L'interdiction ou l'accompagnement? Faire l'autruche et envoyer la poussière sous le tapis ou prendre le taureau par les cornes pour mieux maîtriser la situation?

Et l'école maintenant?

On place plusieurs responsabilités sur les épaules des écoles et des enseignants. Une partie de l'éducation doit se faire à la maison. C'est toujours délicat d'aborder ce sujet. Il ne faut surtout pas avoir l'air de juger des compétences parentales. N'empêche... Quand celles-ci sont réduites, l'école prend inévitablement le relais.

Les propos de Florent Michelot, professeur à l'Université de Moncton, sont toujours nuancés et pertinents, comme ceux qu'il tient dans cette entrevue accordée à la radio de Radio-Canada. Le sujet est complexe et souvent, on préfère reporter les discussions sérieuses sur le sujet, dit-il. Sans nier les enjeux, il rappelle que des avantages sont bien réels. Tout est toujours une question d'équilibre!

L'année scolaire n'est pas encore commencée officiellement que plusieurs déchirent leur chemise sur la place publique pour appeler au bannissement des cellulaires entre les murs des écoles. Que se passera-t-il alors? Les jeunes continueront d'utiliser leurs appareils à tout autre moment, sans l'accompagnement d'adultes responsables. Est-ce vraiment ce que nous voulons?

Mieux choisir les moments où la technologie est utilisée en classe, certes, mais surtout pas la bannir.

L'école québécoise a trois missions : instruire, socialiser et qualifier. À travers chacune de ses missions, il y a désormais une part de numérique. Apprendre à dénicher des connaissances justes et véridiques, faire preuve de civisme, intégrer la société et le marché du travail. Tout se passe en ligne maintenant. 

Dans un article qui sera publié dans le prochain magazine de l'École branchée en septembre, un article invite à adapter l'enseignement des stratégies de lecture pour tenir compte des supports de lecture utilisé par les jeunes. On ne lit pas sur papier comme on lit sur écran.

Il y a plein d'autres situations et gestes comme ceci qui appellent à adapter les pratiques d'enseignement et d'apprentissage. Voulons-nous former les jeunes pour la société d'hier ou celle d'aujourd'hui et de demain? Il y a déjà trop d'alphabètes fonctionnels dans notre société.

C'est aussi le propos que tient Patrick Giroux, professeur en technologie éducative à l'Université du Québec à Chicoutimi, dans cette excellente entrevue, lorsqu'il aborde l'étiquette d'usage en lien avec les technologies et la formation des futurs enseignants. L'école doit s'adapter au monde d'aujourd'hui et prendre sa responsabilité de former des citoyens à l'ère du numérique.

Bien sûr, il y a un équilibre à trouver, mais de grâce, arrêtons de craindre le numérique éducatif, il y a pleins d'entreprises québécoises qui créent des dispositifs numériques éducatifs de qualité, il y a des organismes, comme l'École branchée, qui sont là pour accompagner les enseignants.

En 2023, les meilleures occasions d'emplois au Canada se trouvaient, sans surprise, dans le secteur technologique. Nous avons le choix de former nos jeunes pour qu'ils joignent ce secteur ou de laisser aller et de confier le développement de ce secteur à d'autres que nous.

Plus que tout aujourd'hui, il faut « vaincre la technophobie ambiante », comme me mentionnait la spécialiste du numérique, Nellie Brière, lors d'un entretien que j'avais eu avec elle.

L'accompagnement nécessaire auprès des jeunes ne viendra pas du bannissement des technologies, il viendra d'un engagement envers la jeunesse. Nous avons déjà perdu trop de temps. C'est pourquoi nous nous retrouvons face à la situation actuelle. Pouvons-nous reprendre le contrôle de façon nuancée et réfléchie?


Image : artefact toujours présent dans un restaurant de La Pocatière.