lundi 8 février 2021

1, 2, 3, 42... Plongez!


Ce matin, j'étais très fébrile. C'était le début de la première Piscine du campus 42 Québec. La première quoi?, diront ceux qui ne connaissent pas le concept de 42. Il s'agit de l'accueil de la première cohorte d'étudiants qui, pendant 26 jours consécutifs, doit réaliser des projets informatiques en vue d'être finalement admis « pour vrai » au programme de formation de 42. 

42, c'est un centre de formation unique en son genre, qui s'appuie sur un apprentissage autodidacte secondé par les pairs, qui a vu le jour à Paris et qui se déploie maintenant en réseau un peu partout à travers le monde. 

Pourquoi cette journée est si spéciale pour moi? Je veux vous expliquer. Car derrière cette première Piscine, cette ouverture officielle du campus 42 Québec, il y a toute une histoire. Une histoire d'humains qui ont cru très forts en ce projet et qui y ont déployé des efforts énormes pour le mener à bien.

Pour moi, cette aventure a débuté à l'automne 2017 alors que je venais d'être nommée directrice générale de l'organisme Québec numérique. Il y avait, dans les cartons, le projet de doter Québec d'un lieu de formation aux métiers du numérique, inspiré de 42. Malgré tous les autres projets qui étaient déjà route chez Québec numérique (WAQ, Semaine numériQC, etc.) et tous ceux qui étaient en émergence (100% numériQc, Culture/NumériQC, etc.), j'étais convaincue qu'il fallait mener ce projet à bien.

Parce que l'éducation doit être une priorité sociale. Parce que le monde du numérique a désespérément besoin de main d'oeuvre qualifié. Parce qu'il faut savoir penser en-dehors de la boîte pour créer de nouveau modèle. Parce que l'apprentissage, c'est quelque chose qui se vit pendant toute la vie, souvent en-dehors des murs des établissements d'enseignement. Parce que Québec a été le berceau de l'éducation en Amérique du Nord (c'est symbolique).

Le 16 novembre 2017, je me souviens d'une première rencontre (allô Carl Frédéric, Éric, Audrey et Maxime!), où nous avons échangé sur les formes et les prémisses qui devraient guider le projet, à quoi devrait ressembler ce lieu de formation. Puis, les mois ont passé et le temps manquait. Un matin de février, j'ai pris le téléphone (quand c'est vraiment important, on n'envoie pas un texto, on appelle!) et j'ai appelé Éric. Je lui ai dit: « Embarques-tu, on se fait un document fondateur et on avance. Il faut le faire ce projet». 

Et on l'a fait! 

Je ne décrirai pas la suite en détails mais... Le conseil d'administration a embarqué dans le projet. Des ponts ont été établis avec le 42, qui devait être une source d'inspiration au départ, puisqu'aucune franchise n'était autorisée. Des recherches de financement ont été faites. Le ministère de l'Éducation du Québec a accordé une somme de 75 000$ pour réaliser une étude d'opportunité. Des visites ont été réalisées au 42 Paris, dont l'une avec le maire de Québec. Nous avons même rencontré Nicolas Sadirac, qui est celui qui a pensé le modèle pédagogique de l'institution. Sophie Viger est arrivée à la tête de 42 Paris. Tout à coup, la porte s'est ouverte pour un réseau mondial de campus 42. Nous avons invité Sophie à Québec comme conférencière pour le WAQ. 

Puis, j'ai quitté Québec numérique, mais l'histoire ne s'est pas arrêtée. Dominic Goulet, le nouveau directeur général, a repris le flambeau et il a poursuivi les démarches. Il était maintenant décidé que Québec aurait SA franchise de 42. Certaines embûches se sont présentées sur le chemin, mais Dominic et l'équipe ont persévéré. Recherche de financement, recherche de partenaires, visite du ministre du Travail à 42, visite du ministre de la Transformation numérique aussi, recherche d'un local, etc.; les conditions gagnantes se mettaient en place. 

Et... il y a eu une pandémie mondiale... ça vous dit quelque chose?

Le calendrier a été bouleversé mais l'équipe a persévéré encore. Ce projet devait absolument voir le jour. On était si prêt du but.

Nous arrivons à ce matin. À l'invitation de Carl Frédéric (Merci tellement!), je suis entrée dans les locaux de 42 Québec. C'est indescriptible. Magique. J'avais peine à croire que c'était bel et bien réel. Il y avait là, les 40 premiers participants à la Piscine de 42 Québec. Des gars et des filles, motivés, qui ont répondu à l'appel et ont eu envie de s'investir dans une formation hors de l'ordinaire, une formation qui bouscule les façons de concevoir l'éducation. Des gars et des filles qui ne se reconnaissent peut-être pas dans le monde scolaire traditionnel et qui souhaitent néanmoins acquérir de nouvelles compétences en informatique. 

WOW! J'étais émue. Je le suis encore.

Je ne peux nommer tout le monde qui a cru au projet et qui l'a fait avancer, ne serait-ce que de quelques centimètres. Ces personnes se reconnaîtront et je vous salue tous. Je vous dis Merci d'être embarqué dans l'aventure, d'avoir permis la concrétisation de ce grand rêve pour Québec. Un rêve dont certains doutaient, mais on l'a fait. Tous ensemble!

Une page d'histoire s'est tournée ce matin, mais l'histoire ne fait que commencer. 42 Québec existe pour vrai maintenant, avec sa première cohorte. Une deuxième est déjà prévue en mars et ça continuera.

Dans chaque jour, il y a du beau. Aujourd'hui, c'était particulièrement beau!



La pandémie force l’accélération des projets numériques

 


La dernière année a certainement permis de faire la démonstration que les organisations publiques peuvent s’adapter, et même changer rapidement, lorsqu’elles y sont contraintes. Effectivement, même si la transformation numérique était déjà en marche, la pandémie de la COVID-19 a permis une accélération phénoménale des projets numériques. Celle-ci se traduit par des retombées positives pour les citoyens.

 

Consultations médicales à distance, enseignement en mode virtuel, comparutions judiciaires par vidéoconférence… des possibilités qui étaient bien réelles avant 2020, mais qui ont pris forme à vitesse grand V en cours d’année. « La pandémie a accéléré – dans certains cas, de plusieurs années, les avancées numériques des gouvernements », confirme d’ailleurs la firme Deloitte, dans un article intitulé Creating the government of the future, publié sur son site web le 25 novembre 2020. 

 

Il y a longtemps que les citoyens s’attendent à obtenir davantage de services numériques de la part des instances publiques, et surtout plus de services simples à utiliser et faciles d’accès. Depuis un an, ils ont été servis en matière de nouveautés. Les organisations publiques canadiennes et québécoises ont fait preuve d’initiative pour faire face aux contraintes imposées par la crise sanitaire et proposer des services adaptés.

 

Projet à échelle humaine

Souvent, dans les médias, ce sont les projets publics de plus grande envergure qui sont présentés. On n’a qu’à penser au projet d’identité numérique ou au Dossier santé numérique. Pourtant, une foule d’autres projets de plus petite envergure et ayant un effet immédiat dans le quotidien des citoyens se réalisent quotidiennement. 

 

L’événement Initiatives numériques gouvernementales, présenté dans le cadre de la Semaine numériQC, le 16 avril prochain, sera notamment l’occasion de faire connaître quelques projets qui ont rapidement été déployés afin de répondre aux besoins des citoyens dans le contexte actuel.

 

Par exemple, la Société d’habitation du Québec a été amené à mettre en place, dans un très court délai, deux mesures d’aide pour des citoyens directement touchés par la pandémie; un soutien financier pour les ménages en attente de leur résidence et un programme d’aide financière aux locataires pour le paiement de leur loyer. Dans une conférence, qui sera présentée pendant la journée du 16 avril, les deux architectes responsables de ces initiatives présenteront comment leurs équipes ont concrétisé en urgence et surtout avec succès les deux solutions.

 

Du côté de la Société du Plan Nord, l’implantation de la signature électronique pour ses ententes et contrats, conjuguée à l’attribution d’une signature numérique pour l’ensemble de ses employés, a été l’une des initiatives concrètes du printemps 2020. Celle-ci a permis la poursuite des activités de la société d’État de façon sécuritaire, alors que les déplacements étaient limités et que le télétravail était imposé. Brigitte Boulianne, la directrice générale de l’administration et du soutien à la gouvernance, et Karine Candré, la responsable de la transformation numérique viendront en témoigner.

 

Pour des changements pérennes

En 2020, en matière de transformation numérique, la pression exercée sur les organisations publiques, reconnues pour leur désir de stabilité et leur conservatisme, a été plus intense que jamais auparavant. « … Dans le contexte de la COVID, on se rend compte que quelle que soit la situation, la transformation digitale est effectivement le seul levier d’action viable à court terme », écrit d’ailleurs sur son blogue Frédéric Cavazza, directeur général de SYSK (Something You Should Know), un cabinet conseil et formation qui accompagne les moyennes et grandes entreprises dans l'accélération de leur transformation numérique.

 

Bien sûr, la pandémie n’est pas la seule « force » qui pousse les organisations publiques à s’imprégner de l’univers numérique. Alors que le secteur privé avançait déjà rapidement dans la transformation numérique, le secteur public devait inévitablement le rattraper, comme le souligne aussi Deloitte dans l’article mentionné ci-haut. 

 

L’année 2020 a été consacrée à la mise en place de plusieurs initiatives répondant directement à la crise. En 2021, il est temps de sortir de l’urgence pour poursuivre le changement organisationnel vers la concrétisation de la véritable transformation numérique gouvernementale. Il n’y aura pas de retour en arrière. 

 

L’événement Initiatives numériques gouvernementales vise à présenter des projets numériques réalisés par des équipes gouvernementales (municipales, provinciales ou fédérales) et qui ont un impact direct et positif dans la vie des citoyens. Au cours de la journée, six projets concrets seront présentés. Les participants auront aussi l’opportunité de participer à une classe de maître sur la transformation numérique gouvernementale. La programmation complète sera dévoilée dans les prochaines semaines.


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Rédigé en tant que responsable de la programmation de l'événement Initiatives numériques gouvernementales de la Semaine numériQC.

 

mardi 2 février 2021

Les médias pourraient faire partie de la solution

 


Les médias du Québec sont « en train de perdre pied. Le lien qui les rattache à leur société s'effiloche ». Ce n'est pas moi qui le dit. C'est Marie-France Bazzo qui l'écrit dans un essai plus que pertinent qui vient d'être publié chez Boréal.

Quand elle parle des médias, Mme Bazzo le fait au sens large et ne se limite pas uniquement à leur fonction d'information. D'ailleurs, elle reproche à la télé de chercher presque uniquement à nous faire garder le moral avec légèreté, sans chercher à alimenter les débats et à élever les discussions.

Dans l'essai, « Nous méritons mieux, Repenser les médias au Québec », l'animatrice et productrice jette un regard dur mais juste sur les médias québécois. Complaisance, conservatisme, peur des débats, emploi de l'humour pour éviter les réels discussions, nivellement vers le bas, polarisation des positions, non-représentativité.... les médias ne sont plus ancrés dans leur époque alors que leurs publics s'étiolent. (Ce n'est pas uniquement le propre des médias québécois, dirons-nous, mais regardons d'abord dans notre cour.)

Mais, en fait, les médias ne sont même pas ancrés dans leur territoire alors qu'ils oublient (ou ignorent volontairement ou involontairement) des portions de notre histoire qui pourraient aider à contextualiser certaines informations. Et ils se limitent souvent à présenter la métropole et ses environs. Les régions étant généralement mises de côté. Et pourtant... habiter le territoire, n'est-ce pas quelque chose qu'on a entendu souvent au Québec... On n'y est visiblement pas encore. 

Je cite ce passage avec lequel je suis particulièrement d'accord: « Plus que jamais, nous avons besoin de balises, de profondeur de champ, de temps de digestion des événements, et on nous donne à la place du bruit et de la fureur. Nous assistons à un net recul de la pensée critique, à ne pas confondre avec la surabondance des opinions. La pensée critique n'a rien à foutre de l'opinion. Elle se base sur les faits. Elle ne jaillit pas au milieu de commentaires unanimes. Elle requiert du recul, des discussions nourries d'arguments solides et diversifiés, de culture et d'expérience... »

Bref, en ce moment, beaucoup d'opinions sont publiés un peu partout, mais on retrouve peu de mise en relief, d'analyses, qui permettraient de faire du sens dans « ce bruit ambiant ».

De plus, « on se prive de beaucoup en ayant peur de débattre. Le débat est essentiel pour asseoir une démocratie. [...] Une société qui en a peur témoigne de sa frilosité. »

Donc, puisqu'on ne veut pas débattre (pour toutes sortes de raison bonnes et moins bonnes), on se change les idées avec des émissions à saveur humoristique...

Tout ceci n'est probablement pas étranger au fait que l'art rhétorique, le développement de l'esprit critique sont trop peu (voire absents) de nos écoles. Mme Bazzo y fait mention et j'y crois également.

Mais surtout elle marque un point en écrivant: « On pourrait [...] défricher des pistes de solution plutôt que de se lamenter tous sur le même ton ». Effectivement, les médias se font fatalistes et rapporteurs d'info, mais on ne peut pas dire qu'ils soient en mode solution pour regarder devant et proposer de nouvelles avenues collectives.

Cela me ramène à un texte publié récemment par mon ami Clément, justement au sujet des médias: « Tout a l'air d'être devenu grave, irréversible ou catastrophique ». Je me suis beaucoup reconnue dans son texte.

Il écrit: « J’aimerais voir à la une des journaux des textes nuancés. Des textes qui engagent les lecteurs au lieu de leur faire baisser les bras. Des textes qui donnent envie de poser des gestes, au lieu de se dire que ça ne sert à rien. Des textes qui font des lecteurs des acteurs sociaux à part entière au lieu d’en faire des spectateurs-commentateurs des décisions prises par d’autres ».

J'ai déjà écrit que j'avais mal à mon diplôme (étant diplômée de journalisme). Il y a 5 ans déjà et ça n'a pas changé, mais je garde espoir que de nouvelles formes de journalisme, de divertissement prendront forme et seront un peu plus synonyme d'ouverture, de réflexion et porteur de solutions. Je me dis que de nouvelles voix pourront s'élever, même si elles n'auront jamais aussi d'impact que les médias de masse. Je sais qu'il est possible de faire du journalisme positif, car c'est ce que nous faisons à l'École branchée.

Personnellement, ce que je déplore le plus des médias québécois, c'est:

  • De verser dans la nouvelle éphémère: La nouvelle d'aujourd'hui sera vite oubliée demain et on n'aura plus jamais de suivi alors que cela pourrait être pertinent.
  • De manquer de profondeur: En étant dans l'éphémère, on ne creuse pas les nouvelles, on ne met pas en contexte, en perspective. Il y a tellement de nuances et d'angles différents pour chaque nouvelle.
  • De ne pas être représentatif: Je suis une fille de région et je défendrai toujours le droit des régions d'être visibles, d'exister pour vrai dans les médias. Ce n'est pas le cas présentement.
Et puis, comme d'autres, je m'éloigne des médias, lentement mais sûrement. Je m'informe de moins en moins. Je ne suis plus capable du catastrophisme, du superficiel... Avant, je ne pouvais manquer le bulletin de nouvelles de 18h. Maintenant, je vais prendre une marche après avoir entendu les grands titres du jour.

En ce moment, tout invite à faire autrement, à regarder vers l'avenir avec un regard nouveau, les médias devraient s'y mettent aussi.

Ressource en prime pour les éducateurs:
Former à s’informer : développer l’esprit critique ! Comment éduquer et accompagner les adolescents et les jeunes adultes dans l’univers médiatique contemporain pour les aider à grandir ?

mardi 5 janvier 2021

Regarder derrière pour voir devant

 

Je voulais faire un petit bilan de 2020 avant de débuter 2021. Je suis retourner lire mon bilan de 2019 avant de commencer à écrire. On dirait que c'est à des années-lumières mais, en même temps, pas tant que ça.

J'avais fini l'année 2019 en écrivant:

« Après des années à chercher des façons de ralentir, je crois que j'y suis finalement arrivée à trouver une recette pas pire. Je dis ralentir dans le sens de reprendre le contrôle, apprendre à relativiser les aléas du quotidien, à mieux prioriser, à faire de meilleurs choix. Je dis ralentir aussi dans le sens de changer d'attitude face à la vie, ce qui veut dire qu'on ne peut pas tout faire et qu'il faut cesser de culpabiliser pour ce qu'on n'a pas fait entrer dans l'agenda. »

Ceci m'aura tellement servi en 2020. Beaucoup plus que j'aurai pu l'imaginer au moment où je l'ai écrit. Cette attitude face à la vie, cette capacité à relativiser les aléas du quotidien, disons que cela a été omniprésent au cours de la dernière année. Rien n'est acquis et il faut toujours se le rappeler. Et je l'ai évoqué dans plusieurs de mes billets.

Certains ont crié de joie à la fin de 2020, en disant « enfin ». Moi, comme d'habitude, je préfère voir le positif dans ce qui s'est passé et mettre de côté le négatif. Mon année 2020 n'a pas été si pire que ça.

Sur le plan personnel, l'année avait débuté en force avec l'accident de travail de mon chum, transfert d'urgence à Montréal, amputation et greffe de doigts, réhabilitation. Côté émotions fortes, on était déjà servi avant même d'avoir entendu le mot pandémie.

Le quotidien familial était déjà transformé. Au cours des mois suivants, notre bulle familiale s'est plus resserrée que jamais. La complicité de notre trio (avec ma fille) a grandi et je ne peux que m'en réjouir. Heureusement, que nous avons pu nous évader au chalet pour refaire le plein d'énergie, et ces moments comptent dans mes meilleurs souvenirs. Il y a aussi eu la Gaspésie (je ne pourrais plus m'en passer!) et une escapade sur la Côte-Nord au cours de l'été. 



J'avais déjà réfléchi sur les valeurs qui me guident en 2019: l'authenticité, la gratitude, la collaboration et l'ouverture. Finalement, cette réflexion m'aura amenée à prendre un autre virage professionnel. Après mûre réflexion, j'ai quitté mon poste de conseillère politique au cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale. 

Je me sens choyée d'avoir vécu cette expérience et je crois toujours autant au projet de transformation numérique du gouvernement du Québec. Projet qui est plus pertinent que jamais avec la pandémie. Celle-ci nous a d'ailleurs mis dans la face à quel point il fallait appuyer sur l'accélérateur. Mais j'avais le sentiment que je devais revenir sur le terrain pour contribuer plus activement à la transformation numérique.

Ce fût un saut dans le vide, mais j'ai confiance en moi et les mois qui ont suivi m'ont déjà prouvé que j'ai pris la bonne décision. Ce fût une succession de surprises professionnelles, de rencontres (virtuelles) incroyables, d'opportunité à saisir. Je me suis laissée guider par la vague (sans jeu de mot): collaboration avec Les arts et la ville, conférences sur la "digital transformation" et sur le télétravail pour l'événement Novembre numérique du TechnoCentre TIC, table ronde sur les villes de demain (merci K2 Géospatial et Pascal Beauchesne), contribution bénévole pour la programmation de la Semaine numériQC. Et puis, j'ai obtenu un poste d'administratrice pour les Fêtes de la Nouvelle-France (événement mythique de Québec pour une férue d'histoire comme moi).

Surtout, l'automne m'a permis un fabuleux retour aux sources avec l'équipe de l'École branchée. J'ai repris la rédaction d'articles d'actualité pour le site web et je suis arrivée juste à temps pour prendre en charge la production d'un numéro spécial du magazine qui sera disponible quelque part en février, en format numérique, en français et en anglais. Un numéro destiné aux parents qui accompagnent leurs enfants dans l'apprentissage à distance. Quel timing! Un sujet qui me passionne et me rejoint personnellement.

J'ai aussi débuté une collaboration avec le RÉCIT du développement de la personne (RÉCIT DP pour les intimes). Une équipe liée au milieu scolaire qui produit des ressources en lien avec la citoyenneté à l'ère du numérique. Un autre sujet qui me tient à coeur, en lien avec l'éducation et le développement des compétences numériques chez les jeunes et les citoyens en général. 

La pause du temps des Fêtes a été bien méritée. J'essayais de me convaincre que je n'en avais pas tant besoin, mais finalement, cela a été salutaire de mettre mon cerveau à « off ».

Et puis, 2021 est arrivée. Rien n'est vraiment différent. Mais il faut continuer à vivre. C'est ce que j'ai décidé.

Au moment où j'écris ces lignes, la menace d'un confinement plane sur nous (encore). J'aime mieux ne pas y penser. Pour une rare fois, je suis un peu déstabilisée. Je ne peux juste pas croire que les écoles pourraient être fermées à nouveau et que l'enseignement se fera exclusivement en ligne. On traversera le pont quand on y sera. Demain. Un jour à la fois, c'est la nouvelle devise.

Pour 2020, je voulais faire de meilleurs choix au restaurant (pas trop dur, les restos ont été fermés presque toute l'année). Je voulais prendre plus de temps pour moi (j'ai réussi aussi en prenant de longue marche quotidienne et en écoutant des balados). 

En 2021, je compte me détacher des médias que je trouve de plus en plus toxiques. Ça ne sert plus à rien d'écouter les nouvelles en continu, de lire les commentaires sur les médias sociaux. Et ça me fera prendre une pause des écrans.

Je veux continuer de profiter de chaque instant en famille, de chaque contact avec mes amis comme source d'énergie et de bien-être.

Je vais aussi organiser mon offre professionnelle de travailleure autonome. Ce virage me plaît de plus en plus et je dois prendre le temps d'organiser tout ça. J'ai la chance de pouvoir faire ce qui me plaît, en conformité avec mes intérêts et mes valeurs. Je dois bien le faire.

C'est parti pour une autre année et, quoi qu'on en dise, il faut la vivre et toujours essayer de voir le positif. 

Je vous souhaite du beau, car il y en a forcément un peu dans chaque journée. Il faut apprendre à le reconnaître. « Every day may not be good, but there is something good in every day. »

Bonne année 2021!



vendredi 18 décembre 2020

Les fleurs

 

Comme le veut le vieil adage, nous arriverons tous à Noël en même temps encore cette année. Par contre, le chemin parcouru pour y arriver aura été bien différent d'une personne à l'autre. Pas besoin de le répéter, l'année a été difficile pour plusieurs. J'y reviendrai dans mon traditionnel bilan annuel.

La semaine qui se termine aura peut-être été l'une des plus éprouvantes pour bien des parents québécois. La fatigue accumulée aidant, les journées de gestion des enfants à la maison et du télétravail (lorsque possible) auront été tout un défi.

On a entendu toute sorte d'histoire dans les médias. Pas besoin de le répéter, la « prestation de service » est très inégale, des enfants ont été laissé à eux-mêmes, le nombre d'appareils électroniques disponible pour les élèves est encore un enjeu, l'accès à Internet demeure un défi pour certain. À ce sujet, la bande passante du Québec a dû être mise à rude épreuve. Dans la journée de jeudi, c'était pratiquement impossible de tenir une conversation en vidéoconférence avec quiconque. 

Alors, je n'ai pas envie de revenir sur tout ce qui « accroche » en éducation en ce moment au Québec. D'autres l'ont mieux décrit que moi, et les commentaires sont nombreux sur la page Facebook de notre premier ministre.

Plein de gens ont lancé des pots publiquement. Je veux plutôt lancer des fleurs.

Ce soir, je vais poursuivre sur ma lancée et parler de ma situation personnelle. Car à travers toutes les histoires d'horreur qu'on a entendu dans les derniers jours, il y a heureusement du beau aussi.

Et moi, j'ai simplement envie de lever mon chapeau aux enseignants de l'École secondaire l'Horizon de Lévis. Et j'oserai même étendre au Centre de services scolaire des Navigateurs car j'ai entendu d'autres beaux témoignages en lien avec ce CSS.

Les enseignants de l'Horizon ont multiplié les initiatives au cours des dernières semaines afin de maintenir un milieu de vie agréable à l'école et en ligne pour les élèves de 3e secondaire. Je pense qu'après presque 2 mois d'enseignement hybride, ils sont rodés. Les activités proposées sont pertinentes, les cours en ligne sont justes assez longs, la charge de travail est correct, les élèves progressent. 

Les enseignants font travailler les élèves en équipe, enregistrent des capsules, présentent des vidéos, font des quiz, etc. Je sens qu'ils sont de plus en plus à l'aise (j'écoute en catimini les Meet de ma fille... chut, faut pas le dire!). Les évaluations ont eu lieu normalement.

La nouvelle routine est prise par les élèves et les enseignants. Je le vois dans le comportement et l'attitude de ma fille. Si au début du « un jour sur deux », il fallait que je l'encourage à compléter les travaux, elle se met maintenant à la tâche naturellement. Quand elle a des questions, elle me consulte (j'avoue que j'ai mis mon grain de sel dans ses productions écrites) ou elle communique avec ses enseignants via Meet. Alors, cette semaine, c'était du « déjà connu » pour elle.

Comme me disait aussi une de ses enseignantes récemment: « Nous avons perdu tous nos repères avec la mise en place de l'enseignement hybride, mais nous retombons sur nos pattes. » Oui, elle a quand même des inquiétudes pour certains élèves en difficulté. Oui, elle cherche encore des façons de maintenir un lien plus fort avec les élèves malgré la distance.

Et oui, tout n'est pas parfait, mais je pense que, dans ce cas, l'équilibre est atteint.

Mais cet équilibre n'est pas arrivé par magie. Cela fait des années que cette école (et le CSS au complet) a entrepris sa transformation numérique. Les enseignants ont été formés, la majorité des élèves avaient déjà des iPad ou des ordinateurs personnels bien avant la pandémie, les parents sont habitués au portail scolaire et aux communications sans papier. Bref, on était prêt et on avait sans doute une bonne longueur d'avance sur d'autres. Aujourd'hui, je pense qu'ils récoltent simplement le fruit des efforts et des investissements des dernières années. Il y a eu des ajustements à faire mais ça se passe bien, à mon sens. Alors, je leur lève mon chapeau.

Je me compte tellement chanceuse d'être dans cette situation lorsque j'entends d'autres histoires invraisemblables et tellement choquantes autour de moi. 

Je ne peux que sympathiser avec les parents, les enfants et les enseignants qui se retrouvent démunis en ce moment et sans ressources adéquates pour faire face à la situation. 

Je ne peux que rêver qu'un jour, le numérique pourra véritablement se déployer partout dans le système scolaire et dans nos foyers. Le potentiel est tellement grand.

PS. La photo illustrant ce texte est celle d'une oeuvre culinaire de ma fille entre deux Meet. 






dimanche 29 novembre 2020

Se donner un air d'aller

 


Une nouvelle routine s'installe... encore! C'est la « combientième » depuis mars déjà? Mais, qu'à cela ne tienne, nous allons traverser cette crise dans la joie et l'allégresse. C'est ce que je répète sans cesse à ma fille. Parfois, je dois me le répéter à moi aussi. 

Le contact avec des vrais humains en chair et en os me manque de plus en plus. La bonne bouffe au resto aussi. Ou le café pris avec un ami pour parler de tout et de rien. À travers un écran, ce n'est pas pareil. Merci à mon amie Claudine qui est venue cogner à ma porte cette semaine! Quelques minutes de rasette qui ont fait du bien.

Mais, bon, on garde le cap, « the show must go on », comme on dit. La Terre n'a pas arrêté de tourner. Le travail continue. L'école continue.

J'avais déjà écrit qu'il fallait sortir du sentier pour aborder autrement la réalité actuelle. Je le crois toujours.

Je pense qu'il faut aussi apprendre à relativiser les choses. Les remettre en perspective. Ça se peut qu'on soit moins productif certains jours. Ou qu'on décide de s'habiller en mou. Ça se peut aller se coucher un soir sans avoir tout coché dans sa « to do » (ok, ça m'arrive tous les soirs, mais vous comprenez l'idée.) Ça se peut passer une journée sans entraînement, sans avoir marché 10 000 pas.

Il ne faut pas se mettre trop de pression sur les épaules et chercher (encore) la perfection dans nos vies. Le mot de la semaine était « efficacité » (voir image ci-haut). Nous l'avons remplacé par « rigolade ». Juste le changer, ça a fait du bien. On a respiré un peu mieux. On a peut-être même été plus efficace après l'avoir changé!

L'école en format hybride se poursuit pour ma fille. Ça fait une drôle de routine. On n'est jamais certain de quelle journée on sera le lendemain. Y'a des jours où c'est plus dur que d'autres de se motiver. Dans l'ensemble, ça se passe plutôt bien. Les profs arrivent à être intéressants quand même. Ils donnent des explications, puis font travailler les élèves seuls ou en équipe. Je sens que les jeunes se responsabilisent plus pour travailler ensemble et avancer les travaux.

Le prof d'éducation physique a fait faire un travail sur les saines habitudes de vie. Les prochains cours à distance se passeront avec Strava. Je sens qu'on va aller courir!

La prof d'arts plastiques avait remis du matériel à amener à la maison. Ma fille adore ses périodes d'arts à la maison et redécouvre son côté (et surtout son grand talent) artistique. J'adore.

J'incite ma fille à intervenir pendant les cours, à poser des questions, à répondre surtout. Mon dieu, que ce ne doit pas être évident pour les profs de demander « Avez-vous des questions? » et obtenir un long silence comme réponse! Je leur lève mon chapeau.

Un des gros désavantages de l'enseignement hybride, c'est que les enseignants gardent les examens pour les journées en classe. Alors ma fille a eu des journées avec quatre examens dans la même journée. Par contre, je remarque que les profs font plus de « micro tests » que de gros examens. Avancer à petits pas et ne pas stresser les élèves avec des examens trop complexes. Je pense que c'est une bonne stratégie dans les circonstances.

Par ailleurs, comme les élèves du secondaire sont toujours dans la même classe maintenant, certains enseignants ont décidé de faire une activité de décoration de la classe. Un moment de détente, qui a permis de mettre de la joie dans une journée d'école alors que les activités décontractées se font plus rares.

Dans chaque journée, il faut trouver le positif. C'est ce qui aide à se donner un élan supplémentaire pour avancer. Les journées se succèdent et nous devons faire un effort pour les rendre agréables et différentes les unes des autres. Avec la musique de Noël en bruit de fond ces temps-ci, difficile de ne pas danser dans le salon sur l'heure du midi. En janvier, ferons-nous durer les rigodons du Jour de l'An?

Cette semaine, je donnais une conférence sur le télétravail et sur comment le rendre plus agréables pour tous. Je répétais comment c'est important de prendre le temps de quitter son environnement de travail pour décrocher un peu, sortir prendre une marche le midi, se changer les idées. Je partageais des trucs qui font du bien. 

Des trucs bien simples comme:

  • La tape dans le dos: Dire Merci, Dire qu’on apprécie le travail et les efforts des autres (c'est vrai que dans l'action, on oublie parfois)
  • Le réconfortant: Demander « comment ça va? » aux gens… et écouter la réponse (pour vrai).
  • Le travail d’équipe: Rester en audio avec ces collègues comme si on était au bureau (via le téléphone, FaceTime ou autres applications, comme Discord - Merci Clément!), même si on ne parle pas et on entend juste des bruits de clavier. Ça crée une ambiance.
  • La récompense: Envoyer un repas, des fleurs, panier-cadeaux, etc. (Je suis allée chercher un chocolat chaud au Tim Hortons au coin de la rue pour ma fille un midi en prenant ma marche. Ça a fait son après-midi!)

Et vous, quels sont vos trucs?

Allez, on lâche pas! On se donne un petit air d'aller!




dimanche 8 novembre 2020

Le yeti

 

Quand ma fille a découvert mon premier billet dans lequel j'annonçais mon intention du documenter son expérience d'école « un jour sur deux », elle n'était pas très contente. Mais quand elle a lu mon billet, elle a sourit et elle m'a donné son accord pour poursuivre la démarche. Fiou!

Donc, j'ai passé le reste de la semaine dernière à lui dire que je prenais des notes pour la suite. Mais, je n'écrirai pas tout ici, il faut se garder une petit peu d'intimité quand même. 

Avant d'entreprendre une nouvelle semaine, je voulais donc faire un petit compte-rendu ici. 

Donc, la semaine dernière, ma fille aura passé trois jours à la maison. La première journée a déjà été raconté.

Au cours des deux autres journées, nous avons eu droit à une vidéoconférence reportée pour cause de trafic (l'enseignante étant arrivée en retard à l'école), un « cours théorique » d'éducation physique et six autres périodes de cours qui se sont somme toute bien passées. Généralement, les enseignants donnaient 45 minutes de matière puis un travail à compléter pendant la dernière demi-heure que durerait normalement le cours. 

Ma fille s'installait dans le salon tout près de mon « lieu de travail », alors je suivais distraitement les cours tout en travaillant. Je me rendais compte que c'était très facile pour elle de faire autre chose en même temps, de décrocher de l'écran et de laisser filer son attention ailleurs (comme en témoigne sa fabrication de flocons de neige présents sur la photo illustrant ce texte). Cela demande un effort vraiment important pour les jeunes de garder leur attention sur l'écran.

Le défi est de taille pour les enseignants et je ne peux que leur témoigner mon admiration. Ils n'ont pas le contact visuel comme en classe pour voir le langage non verbal des élèves. Ce n'est pas évident pour eux de capter l'attention, de maintenir un lien avec les élèves. On parle beaucoup d'ajouter de l'interactivité à ces périodes de classe à distance, mais ce ne sont pas tous les profs qui sont rendus là.

Entre les cours, ma fille se mettait au travail naturellement pour terminer le travail demandé. Bien sûr, elle a sollicité mon aide à quelques reprises, surtout en français, en espagnol et en anglais. Faut croire que les langues, c'est plus ma force. Une occasion de revenir à la base du vouvoiement en espagnol (Cuàl es su nombre?), de discourir sur l'atmosphère qui se dégage dans un texte en anglais et de découvrir « Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes? ». (Moi, je le sais maintenant!)

C'est vrai qu'elle est habituée que je sois présente pour elle. Ce soir, on révisait ensemble pour son examen de science, première période demain matin en classe. C'est une des choses que je trouve le plus important dans mon rôle de mère. Donc, pour moi, c'est naturel de l'aider. J'aime ça. 

Je sais que les journées où elle est en « école à la maison », je suis un peu moins productive pour le boulot.  J'ai l'impression d'être entre deux mondes, constamment interrompu. Je me reprends le soir. Je sais que c'est passager et je suis prête à m'investir pour cela. Je suis bien consciente que ce ne sont pas tous les parents qui peuvent faire cela.

Je me permets même quelques danses dans le salon pour alléger l'atmosphère, lorsque le motivation baisse en fin de journée. Y'a rien comme un peu de musique de Noël pour vous redonner un petit air d'aller!

Car au-delà de l'aspect pédagogique et de vouloir passer la matière, je me rends de plus en plus compte que ce sont des moments précieux que nous vivons présentement. L'occasion de revenir à l'essentiel. Il faut relativiser. 

Oui, la situation actuelle met en lumière les travers du système scolaire, le fait que l'enseignement avec et par le numérique ne sont pas maîtrisé par tous, que la façon d'évaluer les apprentissages aurait sérieusement besoin d'être dépoussiérée.. mais on ne peut pas penser changer tout ça, en ce moment, alors qu'on vit dans une incertitude constante. 

Alors, laissons-nous une chance de réussir collectivement. Essayons de voir le beau et le positif dans chaque journée. 

Le bilan de la semaine:

- La situation n'est pas idéale mais ça se passe plutôt bien. 

- Les enseignants donnent moins de devoir. « On dirait qu'ils ont pitié de nous ».

- Je développe d'incroyables aptitudes de « cheerleader » pour encourager ma fille à garder sa motivation dans la réalisation de ses travaux. (Au moins, cela génère d'innombrables fous rires dont on se souviendra longtemps!)

- Espérons quand même que cela ne durera pendant pendant toute l'année scolaire. Le volet social est tellement important pour les jeunes.

C'est parti pour une autre semaine!

P.S. Le titre de ce blogue fait référence à l'habillement coutumier de ma fille lors de ses journées de classe à la maison : un bas de pyjama et un chandail assorti rappelant la magnifique fourrure d'un yéti. Un jour, elle m'autorisera peut-être à la prendre en photo dans cette tenue.