vendredi 14 octobre 2016

La circulation en mode solution

Je l'ai écrit récemment, notre attitude face à certains événements de la vie peut changer la façon dont on les vivra. Ce soir, j'ai envie d'appliquer ce principe à l'un des plus grands irritants de la vie moderne des travailleurs: les déplacements vers le boulot le matin et la maison en fin de journée.

Au cours des dernières semaines, les discussions entourant la congestion routière dans la région de Québec se sont multipliées. Il est facile de s'emporter, de critiquer, de réclamer... J'ai moi-même écrit des billets sur la situation:
Esclave de la route
Le ridicule ne tue pas

La solution idéale n'existe probablement pas ou du moins n'a pas encore été trouvé. En attendant, les faits sont que la qualité de vie se dégrade dans la région en raison des problèmes de circulation routière et qu'il devient urgent d'agir pour éviter que la situation ne s'aggrave.

Par contre, au-delà des routes et des infrastructures à moderniser et à ajouter, il faut probablement tenter de voir les choses autrement, donc de changer notre attitude, pour en arriver à mettre en place des solutions à plus court terme. Au rythme où vont les projets au Québec, les routes et les infrastructures, cela prendra des années à être modifiées. Les études de marché, les études de faisabilité, les plans et devis, les estimations budgétaires, mettez-en!

En attendant, soit on continue de subir en stressant et « chialant » constamment, soit on se demande ce qu'on peut faire. Bref, pouvons-nous passer en mode solution?

Ma solution à moi n'est pas révolutionnaire. Elle a même déjà été avancée au cours des dernières semaines par François Bourque et Clément Laberge.

Faire en sorte que l'heure de pointe soit moins pénible en l'étalant sur une plus longue période le matin et en fin de journée.

Comme l'écrit François Bourque, « puisque le problème est de vouloir aller tous aux mêmes endroits en même temps, la solution pourrait être de ne pas tous y aller en même temps ».

En milieu de travail, cela demande que les employeurs soient ouverts notamment à mettre en place des heures de travail véritablement flexibles, qu'ils favorisent des quarts de travail condensés (sur 4 jours au lieu de 5, par exemple), qu'ils permettent le télétravail de façon régulière (toute la technologie nécessaire existe pour garder un lien constant entre le bureau et la maison).

Déjà, avec cela, je suis convaincue qu'il y aurait un certain gain. Je sais que certains employeurs ont déjà mis en place des mesures, mais malheureusement, il reste énormément de travail à faire pour les encourager à aller dans cette direction de façon massive. Il s'agit ici d'une question de confiance envers les employés mais également d'un souci de maintenir leur qualité de vie.... qui ne semble pas donné à la majorité.

Pourquoi j'écris qu'il reste énormément de travail à faire?

En septembre, l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés a publié les résultats d'un sondage à propos de l'effet des travaux routiers et de la congestion routière sur les travailleurs, partout au Québec, mais dont les résultats pour la région de Québec sont disponibles.

Fatigue, stress, irritabilité et perte de productivité figurent parmi les dommages collatéraux des travaux routiers et de la congestion. Les travailleurs et les employeurs ayant répondu au sondage l'ont tous souligné. Un travailleur sur quatre serait même prêt à gagner moins pour éviter les bouchons de circulation (un sur cinq à Québec).

Les employeurs ont aussi mentionné des retards de plus en plus importants le matin (15 à 30 minutes), de l'absentéisme, des départs volontaires et la perte de candidats potentiels en raison de la localisation de l'entreprise.

Jusqu'ici pas de surprise...
Sauf qu'ensuite viennent les deux questions qui tuent avec leurs réponses qui confirment que rien n'est gagné.
Votre entreprise a-t-elle mis en place des mesures spécifiques pour faire face aux inconvénients causés par les travaux routiers et la congestion routière?
Oui 16,7 %  Non 74,6 % 
Votre entreprise prévoit-elle mettre en place dans le futur des mesures spécifiques pour faire face aux inconvénients causés par les travaux routiers et les problèmes de circulation?
Oui 4,3 % Non 65,4 % Je ne sais pas 30,3 %

Autrement dit, les entreprises vivent le problème, constatent les effets négatifs sur leurs employés, mais ils n'ont pas vraiment l'intention de faire des changements dans leur organisation. Cela revient à dire qu'elles acceptent la baisse de productivité et l'absentéisme causés par la congestion routière, qu'elles sont prêtes à vivre avec des employés stressés, irritables et fatigués.

Bref, elles ne sont visiblement pas « en mode solution », pas de façon majoritaire en tout cas.

Je comprends qu'il s'agit d'un simple sondage, mais il a quand même été mené par CROP et devrait être représentatif.

Malheureusement, ces réponses témoignent de l'état d'esprit (l'attitude) dans lequel trop de gens semblent être, soit en attente que quelqu'un fournisse une solution miracle. Je le répète, au point où nous sommes, nous devrions plutôt essayer de voir chacun de notre côté ce que nous pouvons faire pour améliorer la situation. Et je lance un appel aux employeurs pour qu'ils se mettent en action en ce sens.

Bien sûr, même si les employeurs adaptaient leur façon de faire demain matin, cela ne règlerait pas tout. Les grandes institutions publiques, particulièrement les écoles, cégeps et universités, devraient également collaborer en modifiant l'heure de début et de fin des cours. De même, les horaires du transport en commun devraient tenter de se coller à ces nouvelles réalités. Et ainsi de suite, c'est l'effet Domino.

Étaler l'heure de pointe, ce n'est probablement pas si simple, puisque, pour des résultats optimaux, nous avons besoin de la collaboration d'un grand nombre. Par contre, je suis convaincue que, même à petite échelle, les résultats positifs pourraient se faire sentir rapidement.

Mon idée est lancée. Personnellement, j'ai déjà fait quelques tests qui se sont avérés très concluants dans mes déplacements. Je n'ai pas encore pu modifier de façon régulière mes déplacements. Je n'ai pas non plus de pouvoir pour mettre en application ma solution de façon plus large, mais elle est là.

Qui seconde? Qui a envie de l'appliquer? Par où on commence? C'est le temps de passer à l'action. 

lundi 3 octobre 2016

Ralentir pour survivre

Il y a des mois, pour ne pas dire des années, que je me questionne sur mon mode de vie, qui est aussi le mode de vie de plusieurs parents/travailleurs/citadins/banlieusards. On est dans le jus, on court, le temps va trop vite, on n'arrive pas à tout faire, on est crevé, on se couche à bout de souffle le soir en se disant que demain, ça ira mieux. Finalement, c'est un éternel recommencement.

Apprendre à être zen, à relativiser, à déterminer ses vrais priorités, à faire du ménage dans son agenda (et celui des enfants), à prendre du temps pour soi.... ouf, tout un contrat! Je crois que j'y suis arrivée. Mais vous savez quoi? Malgré tout ça, je suis encore à bout de souffle et ça ne ralentit pas.

Car il y aura toujours des obligations et des imprévus pour jeter de solides contraintes sur notre route et du stress dans le quotidien. Souvent, j'ai l'impression qu'elles ne font que s'accumuler.

Bref, je n'ai pas encore trouvé le secret pour ralentir. Je n'ai pas encore trouvé la façon de reprendre véritablement le contrôle de ma vie. Ne vous inquiétez pas, je continue de chercher.

Je suis de plus en plus convaincue que ralentir équivaut à trouver une façon de survivre, à ne pas craquer sous la pression et la bousculade des événements. Mais ralentir, comment? Force est d'admettre qu'il y a une limite à épurer pour relaxer.

Tout l'été, j'ai lu plusieurs textes fort intéressant sur ce phénomène. Beaucoup tiré du magazine Châtelaine qui, à mon avis, est plus actuelle que jamais. Le stress et ses effets semble être le mal du siècle nouveau. Le constat est accablant.

« Les parents représentent la tranche de population qui ressent le plus la pression du temps. Ce sont les travailleurs avec de jeunes enfants qui sont les plus stressés parmi les stressés, à raison d’un taux deux fois supérieur à la moyenne » Gilles Pronovost, professeur au Département d’études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« Depuis 10 ans, on a atteint une limite de l'accroissement du temps de travail. On arrive aux maximum de ce qu'on peut exiger des travailleurs. » - Gilles Pronovost, professeur au Département d’études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« ...rien ne tue davantage les femmes que les maladies cardiaques. Et [...] les rares recherches existantes indiquent que le stress soutenu au travail serait encore plus fatal pour elles [que pour les hommes], doublant leur risque d’infarctus. » - Santé des femmes: le travail nous met en danger

« ..les contraintes à la maison, additionnées à celles du bureau, font grimper la détresse psychologique. Un ticket vers l’épuisement professionnel et la dépression. » - Santé des femmes: le travail nous met en danger

Le portrait du phénomène est bel et bien réel. 


Au cours des dernières jours, j'ai lu les témoignages de deux femmes de mon entourage qui m'ont forcé à me requestionner encore plus fort. Elles sont arrivées au bout du rouleau et elles ont osé le dire. 


Le vivre, c'est une chose. Le dire, l'affirmer, jeter l'épongée et vouloir recommencer sur de nouvelles bases, c'en est une autre. Je dirai même que ça prend du courage! Je vous conseille fortement de lire le long récit de Stéphanie: Burnout! J'ai raté le train pour épuisement professionnel 


Je souhaite seulement que ma réflexion m'évitera de me rendre au bout du rouleau et que j'arriverai à trouver une solution, ma solution à moi.

Comme le soutient la psychologue Rose-Marie Charest: « Il arrive très rarement qu’on ne puisse vraiment rien changer à sa situation, qu’on soit en haut ou en bas de l’échelle en entreprise, reprend-elle. Nous avons au moins un pouvoir sur notre attitude. » 
Ces temps-ci, je dois avouer que mon attitude est dans les montagnes russes.

lundi 29 août 2016

Tablettes, commissions scolaires et réussite...

Je profite de la période de la rentrée pour commenter certaines actualités qui ont circulé au cours des dernières semaines concernant le milieu scolaire. Je ne peux rester silencieuse face à ces sujets.

À mon avis, l'éducation mérite qu'on lui accorde autant d'importance que possible. Il s'agit d'une valeur que notre société devrait affectionner tout particulièrement, et ce pour de multiples raisons.

Les tablettes à l'école
L'école est censée former les jeunes pour le monde de demain. Elle le fait trop souvent encore avec des objets du passé... Est-ce que c'est au moins possible d'avoir des objets du présent pour former les élèves?

J'ai déjà plaidé pour une école plus numérique. Cela devient une évidence. Être actuel et de son temps pour motiver les jeunes, favoriser la réussite, favoriser l'acquisition de compétences dont les jeunes auront largement besoin une fois sur le marché du travail et même dans la vie de tous les jours...

Le ministère a tranché : « Les écoles ne peuvent exiger des parents qu'ils achètent un iPad ou autre tablette. » Je comprends les règles en place et la problématique, surtout dans les milieux moins favorisés.

Maintenant, il existe sans nul doute plusieurs moyens d'arriver à offrir des programmes scolaires avec tablettes: location, prêt, achat. Plusieurs jeunes ont probablement déjà une tablette personnelle à la maison (j'en connais plusieurs qui ont déjà un iPad mini à 10 ans), pourraient-ils l'amener à l'école tout simplement?

Par ailleurs, en tant que parents, je me fais la réflexion et cela revient à ma question du début, est-ce que je veux que mon enfant aille dans une école qui est de son temps? Est-ce que je peux financer un appareil pour qu'il développe des compétences vraiment utiles à son avenir? Est-ce que l'éducation est une réelle priorité dans mes valeurs?

Les commissions scolaires
Avec son texte publié dans le Journal de Québec de la fin de semaine dernière, Mario Dumont (mon dieu que je voudrais qu'il soit encore en politique!) résume vraiment très bien ma pensée au sujet des commissions scolaires.

Si j'ai déjà été ambivalente quand à leur efficacité, je crois que leur inutilité est de plus en plus évidente. Les commissions scolaires ajoutent de la lourdeur et de la bureaucratie dans un espace public où nous n'en avons pas (plus) besoin.

Et si les écoles pouvaient avoir plus de pouvoir décisionnel pour orienter leurs actions en fonction de leur clientèle? Je suis de plus en plus convaincue que cela serait bénéfique pour tous, plus logique en tout cas. Il ne peut y avoir de solutions mur à mur en éducation, même à l'intérieur d'une région donnée. Arrêtons la « procédurite » et agissons pour les élèves.

Dans son texte, Mario Dumont écrit que des personnes lui ont déjà demandé par quoi les commissions scolaires seraient remplacés... Évidemment, elles n'ont pas besoin d'être remplacé. Je me permets même d'avancer ici que l'absence de cette structure jugée inefficace pourrait probablement offrir plus d'espace pour les parents qui désirent s'engager dans l'école de leurs enfants.

La réussite
Et une chose en entraînant une autre... je lisais justement dans le Journal de ce matin que le taux de diplomation plus élevé dans les écoles anglophones serait en partie explicable par le plus grand engagement des parents. L'esprit communautaire, le désir de s'engager, de faire de l'école de ses enfants un milieu de vie accueillant/stimulant, tout ceci est davantage présent dans les communautés anglophones. Arrêtons d'attendre que le système agisse pour nos enfants et apportons notre contribution.

D'autres facteurs entrent aussi en jeu dans la réussite des élèves anglophones, notamment le fait que les anglos s'inspirent davantage de la recherche dans leur enseignement. Au cours de ma carrière à l'École branchée, j'ai souvent constaté la barrière de la langue dans le milieu de l'éducation. Une désolation. Oui, les études sont plus souvent réalisées en anglais, mais les résultats qu'elles apportent valent certainement la peine qu'on s'y attarde et qu'on les mette en pratique. Des exemples concrets de réussite existent déjà, comme la iClasse, un concept scolaire qui fonctionne extrêmement bien et qui basé sur la recherche.

Bref, si nous voulons que les jeunes réussissent bien et mieux à l'école, nous devrons bousculer l'ordre établi. Le statu quo ne donnera jamais de résultats différents pour nos jeunes.

Nous avons peut-être un petit examen de conscience à faire face à l'état actuel du système scolaire. Jusqu'à quel point l'éducation est-elle une priorité pour nous, comme société en général et comme parent en particulier?

vendredi 17 juin 2016

Plaidoyer pour une école actuelle


Le ministère de l'Éducation blâme les réseaux sociaux pour certaines « fuites » en lien avec des examens ministériels survenu en cette fin d'année scolaire. Pour en savoir plus sur cette saga, lisez le billet de Mario Asselin publié dans le Journal de Québec qui résume très bien la situation.

Voici une preuve que ce  « Ministère » est bien déconnecté de la réalité.... et malheureusement, cela ne date pas d'hier.

Pendant une dizaine d'années, j'ai collaboré puis été à la barre de l'infobourg, un site web d'information en éducation, ainsi que du magazine l'école branchée et plus particulièrement de son guide annuel des 500 sites web pour réussir à l'école.

L'objectif de ces médias étaient de faire la promotion de l'utilisation des technologies à l'école primaire et secondaire. En 2006, et j'insiste sur le 2006 - c'était il y a 10 ans, j'ai participé au guide Éduquer à Internet plutôt que censurer.

Des exemples de projets innovants dans les écoles, j'en ai vu défiler à la tonne. J'ai visité des classes branchées, j'ai témoigné d'aventures stimulantes, d'essais concluants mettant en scène les technologies.

La diversité de projets est aussi vaste que le nombre de classes au Québec et chacun avait sa particularité, son côté prometteur.

J'ai assisté à l'émergence des médias sociaux et échangé avec des enseignants précurseurs qui n'ont pas hésité à les utiliser avec leurs élèves.

Ils avaient saisi le potentiel de ces outils, la portée qu'ils peuvent avoir, l'ouverture sur le monde qu'ils peuvent permettre.

J'ai développé une profonde conviction que les technologies peuvent changer le monde en général (elles sont en train de le faire).

En 2009 (remarquez encore l'année), avec mon ami Clément Laberge, nous avons rédigé le Credo pour une école branchée.
Nous avons écrit que « l’implantation des technologies dans les écoles doit être guidée par la volonté de favoriser l’égalité des chances pour tous les élèves; qu’elle doit leur permettre de réaliser leur plein potentiel ».

Je l'ai déjà écrit et je le répète. Mon rêve est que « chacun ait accès à la technologie et puisse l'utiliser comme outil d’apprentissage et d’ouverture sur le monde ».

Bref, au cours de ces années, j'ai vraiment constaté qu'une utilisation intelligente et adéquate des technologies peut contribuer à la réussite et à la persévérance des élèves.

Et pourtant, il y avait toujours une absence remarquée. « Quelqu'un » qui ne semblait pas constaté la même chose que plusieurs acteurs du monde de l'éducation.

Oui, le « Ministère » était absent. Pas orientation. Pas de soutien. Pas de nouvelles façons de faire. Pas d'innovation.

Ce n'est pas parce que le « Ministère » a donné de l'argent pour que les ordinateurs et les tableaux numériques entrent dans les écoles qu'il a pris position en leur faveur. Ce n'est pas parce qu'il offre des sommes pour que les élèves en difficulté puissent bénéficier « d'outils d'aide technologique » qu'il a valorisé leur utilisation.

Chaque décision a toujours été en lien avec du matériel informatique tout simplement. Du contenant pur et simple. Rien dans le contenu. Pas de matériel pédagogique réinventé. Il n'y jamais eu d'orientation claire.

Les enseignants peuvent utiliser les technologies mises à leur disposition avec leurs élèves, mais ils doivent quand même atteindre tous les objectifs fixés dans les programmes et faire passer des examens traditionnels en fin d'année. Il n'est pas question d'enseigner autrement, d'apprendre autrement, d'évaluer autrement.

Le « Ministère » est une institution bien ancrée dans ces procédures et sa bureaucratie... du passé, qui ne rejoint absolument pas les élèves et les enseignants dans leur réalité quotidienne d'aujourd'hui.

On se retrouve, en 2016, avec des cafouillages comme ceux vécus dans les derniers jours, avec des façons d'évaluer complètement désuètes, avec des labos d'informatique que les élèves visitent une fois par deux semaines, avec des TNI qui ne sont pas utilisés à leur plein potentiel, avec des enseignants qui se battent constamment pour continuer de mettre sur pied des projets prometteurs en lien avec l'utilisation des technologies et surtout avec un « Ministère » qui fait fit de la réalité et qui continue de se mettre la tête dans le sable.
 
Il est grandement temps que le « Ministère » sorte de son ineptie et fasse  un « vrai coming out » en faveur des technologies en revoyant ses façons de faire. Entendra-t-il le message cette fois? Espérons qu'il arrive en 2016 avant 2020!

dimanche 5 juin 2016

Le ridicule ne tue pas

« On va commencer par se payer le SRB, pis on verra après si on se paye un 3e lien » - dixit Régis Labeaume dans le journal de ce matin. Et puis, de toute façon, d’après lui, la question du 3e lien est un faux débat et il est ridicule de penser à réaliser ce projet.

Est-ce qu’on peut appuyer sur pause un instant ? Figer le temps et réfléchir un peu ?

SRB ou 3e lien ? Cela semble devenu le duel de l’heure à Québec.  A-t-on vraiment besoin de voir les deux projets en opposition. Québec veut le SRB vs Lévis veut le 3e lien? Je ne pense pas qu’il faut le voir ainsi.

Selon moi, il faut d’abord se pencher sur la situation de la circulation routière dans la région et voir le tout dans un ensemble, pas séparément, ville par ville. C’est le développement économique de toute la région qui est concernée ici.

Ma ville, myself and I, c’est ce que j’ai cru lire ce matin.

Est-ce que les priorités de Régis Labeaume sont devenus la priorité de tous?

Il aurait décidé que le SRB était devenu la priorité numéro un dans la région de Québec?

Il me semble qu'un investissement de la sorte demande plus que la volonté d'un seul homme. Il s’agirait de l’investissement le plus important depuis de nombreuses années dans la région. Est-ce qu’on peut au moins en débattre un peu avant de décréter qu’on va le faire ? On vit en démocratie, il me semble. A-t-on pensé à consulter les citoyens dans tout ça ?

J’écris ça et je ne paye pas de taxes à Québec. Je suis une lévisienne qui traverse le fleuve à chaque jour pour aller travailler à Québec, pour une entreprise qui paie des millions en taxes à chaque année. Je vais aussi à Québec pour magasiner, manger et me divertir les samedis et dimanches. De l’argent, j’en dépense à Québec. Ah, et j’ai « ma place » dans le Centre Vidéotron, est-ce que ça me fait remonter dans l’échelle de valeur ?

En lisant les déclarations de Régis Labeaume dans le journal de ce matin, j’ai eu l’impression qu’il n’en avait carrément rien à faire de moi. Comme si les gens de Lévis étaient des sous-citoyens dans la région.

J’écris ça et en même temps, je me dis que ces propos sont tout aussi méprisants pour les citoyens de sa propre ville. Il aurait décidé de ce qui était bon pour eux, un point, c’est tout !

À la page suivante, dans le journal de cematin, Régis Labeaume saluait l’arrogance de Muhammad Ali…

Je ne sais pas encore si je suis pour ou contre le SRB, pour ou contre le 3e lien. Je suis encore au stade de me demander quelle serait la meilleure solution. 

La seule chose dont je suis convaincue, c’est que le ridicule ne tue pas ! Toutes les options doivent pouvoir être mises sur la table et analysés convenablement avant qu’on dépense des milliards pour améliorer la circulation dans la région.


Ce n’est pas parce qu’on sent qu’il y a urgence d’agir qu’il faut prendre n’importe quelle décision sans réfléchir ou pire, tenter d’en imposer une. 

J’espère seulement que quelqu’un aura la décence de s’en rendre compte et d’insister pour que le débat puisse avoir lieu !

vendredi 3 juin 2016

Esclave de la route



T’sé quand tu embarques dans ton char le matin pis que tu entends à la radio : « Matin difficile pour les automobilistes. L’accès au pont est particulièrement congestionné. » On ne peut pas dire que ça commence bien la journée.

Tu prends une grande respiration, tu embrayes ton auto, tu prends ton courage à deux mains et tu te diriges vers le trafic. Advienne que pourra, il faut se rendre au boulot.

Puis, quand tu finis de travailler, tu entends : « Armez-vous de patience. La situation est particulièrement problématique à l’approche des ponts. » Tu pousses un soupir, tu es brûlée de ta journée de travail, tu hésites entre rire jaune, pleurer ou devenir folle.

Tu as une petite boule de stress qui se forme dans ton ventre. Tu as ta fille qui t’attend à l’école, le souper à préparer, les devoirs à faire, etc… Pas de panique, il faut y aller.

Pratiquer l’art du lâcher-prise. Tenter de devenir zen. Inspirer. Expirer. Écouter de la musique. Toutes les stratégies sont bonnes, mais pas toujours efficaces.

Au début, c’était juste quand il y avait un accident sur le pont que j’entendais ces phrases. Ou bien l’hiver quand il y avait une tempête de neige. Puis, c’est devenu un peu plus fréquent. Et il y a eu le festival du cône orange qui dure de mai à novembre. Et c’est devenu un peu plus fréquent encore.

Je suis déménagée sur la rive-sud de Québec, à St-Jean-Chrysostome, en 2003. À cette époque, je travaillais au 580 Grande-Allée à Québec, la bâtisse à côté du Dagobert pour ceux qui connaissent la ville. Je me levais à 7h. Je partais de chez moi à 8h20-8h30 le matin et à 9h, j’étais assise devant mon ordinateur.

Aujourd’hui, 13 ans plus tard, je travaille au 625, St-Amable, juste en arrière du 580 Grande-Allée. Je me lève à 6h. Je pars de chez moi à 7h30 et je m’assoie devant mon ordi à 9h. Une semaine sur deux, je dois faire un petit détour pour aller reconduire ma fille à l’école. J’arrive alors un peu plus tard. Oui, il y a des exceptions et des journées où ça va mieux. Je fais une moyenne ici.

Bref, le trafic a augmenté… de façon considérable au cours des 10 dernières années. Personne ne peut le nier. C’est devenu un réel problème dans la région de Québec. Cela ne fait plus aucun doute. Je parle de la traversée des ponts car cela est ma réalité quotidienne, mais la situation est tout aussi problématique sur d’autres axes routiers.

Quand j’entend des gens me dire : « Tu as seulement à déménager plus proche de ton travail » ou « Ah, c’est toi qui a choisi de rester sur la rive-sud », je fais maintenant la sourde oreille plutôt que de faire une crise de nerf. Il y a des choix qu’on fait dans la vie qui nous suivent pendant plusieurs années. Je suis dans cette situation. Je dois assumer, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas le droit de dénoncer.

Je n’écris pas ce texte pour me plaindre de mon sort. Je n’ai pas envie de faire pitié. Je veux seulement témoigner d’une réalité. La qualité de vie dans la région de Québec se dégrade au fur et à mesure que le trafic augmente sur les routes. Le système routier est désuet et ne suffit plus au nombre de voiture. Surchargé, il est complètement inefficace.

Je ne sais pas qu’elle est la solution, mais je suis maintenant convaincue que toutes les options possibles doivent être mises sur la table.

Un troisième lien Québec-Lévis ? À l’Est ou à l’Ouest de la ville ? Élargir le pont Laporte ou le Pont de Québec ? Ajouter des voies sur l’autoroute 20 ? Cesser de barrer des voies inutilement à certains endroits (pas besoin de bloquer la voie 1 km avant le chantier de construction !) ? Se doter d’un véritable système de transport en commun ?

Cependant, je ne crois pas que nous ayons des années devant nous pour en discuter. Il devient urgent d’agir. Rapidement, analysons les différents scénarios, prenons des décisions et agissons.

Je sais que ce type de dossiers demande mûre réflexion, études et budget important. Mais je ne peux pas croire qu’il n’est pas possible de s’entendre rapidement sur une solution et de réaliser les travaux à court terme. 

Le statu quo ne peut plus durer. Cela prend des élus qui mettront cartes sur table et qui penseront d’abord au bien-être de leurs citoyens.


Ma santé mentale en dépend, c’est certain ! Je ne dois pas être la seule !

dimanche 24 avril 2016

Ode au Québec rural

Ce matin, il y avait un très bon texte de Myriam Ségal dans Le journal de Québec, Branchés de force. Ce texte fait un retour sur la manchette de la semaine à l'effet que le gouvernement souhaite amender le Code du bâtiment « pour qu'on équipe toutes les constructions neuves d'une sortie 240 volts pour accueillir les actuelles bornes de recharge pour voiture électrique ».

Ce qu'elle écrit résume très bien ce que je pense de ce dossier. Je vous encourage donc à le lire.

Si j'écris ici ce soir, c'est à cause de cette phrase qui a retenu plus particulièrement mon attention dans son texte:

« Les ruraux subiront encore une mesure tout urbaine! »

Au cours de l'hiver et des dernières semaines, j'ai eu l'occasion de me déplacer à quelques reprises dans les régions du Québec: Bas-St-Laurent, Estrie... À chaque fois, je me disais : « Les gens qui vivent ici ne doivent tellement pas se reconnaître dans les manchettes gouvernementales, dans ce qu'ils entendent dans les médias ».

T'sé, quand l'hiver, tu ne peux pas sortir de chez toi pendant des jours parce qu'on ne voit ni ciel ni terre. Je l'ai déjà vécu dans mon enfance à La Pocatière et j'ai eu un rappel en passant par Kamouraska en février (et il faisait soleil à Québec ce jour-là!). Quand tu vis ça, tu comprends mieux que l'économie tourne au ralenti dans certaines régions en hiver. Tu comprends que la culture, les cinémas et les théâtres et même la bibliothèque municipale, ce n'est pas toujours si accessibles. Tu comprends qu'aller au restaurant les soirs de semaine et même la fin de semaine, ça peut être un gros luxe.

T'sé, quand l'épicerie (et je ne parle même pas du supermarché) est à des kilomètres de la maison, t'es mieux de rien oublier la prochaine fois que tu vas y aller. Si tu as une voiture électrique, même pas sûr que tu vas te rendre en raison du nombre de kilomètres à franchir... et imagine si il neige et que tu as des lames de neige à traverser sur la route, tu es mieux d'avoir une voiture assez grosse....  Parfois, il faudra que tu passes par un chemin de terre pour te rendre parce que l'achalandage n'est pas assez important pour qu'on asphalte la route où tu habites. Les nid-de-poule, connaît pas, ce sont plutôt des trous de terre chez toi au printemps.

Je ne dis pas que les ruraux sont coupés du reste du monde, mais leur réalité quotidienne est complètement différente. En ville, c'est facile de l'oublier. Je suis la première à le faire. Comme je l'ai écrit, je viens moi-même de la campagne. J'ai été élevée sur une ferme laitière avec le lot de contraintes et de joie que ça comporte! Je pense qu'il faut peut-être l'avoir vécu pour savoir vraiment ce que c'est que de vivre « en région ».

Pendant qu'on s'obstine sur le nombre de Syriens à accueillir au Québec, le seul immigrant qu'ils ont jamais vu est peut-être une oie blanche. (J'exagère, un peu, ici quand même!)

Pendant qu'on parle d'investir des milliards pour favoriser le transport en commun, ils veulent seulement qu'on déneige leur rue convenablement en hiver pour que l'autobus scolaire puisse passer et que le livraison du journal se fasse le jour même et non le lendemain.

Pendant qu'on déchire notre chemise en public pour l'industrie du taxi, ils rêvent d'un service comme Uber parce qu'il n'y a même pas de taxi dans leur municipalité!

Pendant qu'on chiale sur le prix des fruits et légumes à l'épicerie, ils se demandent comment ils vont faire pour trouver de la main-d'oeuvre pour les faire pousser et les récolter cette année. Ils ne doivent pas la payer trop cher cette main-d'oeuvre en plus si ils veulent vous les vendre à bon marché. Puis, ils pensent à la fosse à purin qu'ils devraient installer cette année pour respecter les normes environnementales, pis il y a le pickup à changer aussi. Ils vont racheter un truck « polluant, mal vu en ville » parce que transporter des outils agricoles, ça va mal avec une Yaris. Pour ça, ils vont payer plus cher de plaques et de gaz!

Pendant qu'on milite pour l'implantation d'un registre des armes à feu, ils veulent juste pouvoir continuer d'aller à la chasse à l'orignal, aux chevreuils et autres bibittes sauvages pour avoir de la bonne viande pour nourrir leur famille pendant l'hiver (quand la viande sera trop cher à l'épicerie - vous savez c'est quoi - ou même carrément rare sur les tablettes). Et ils y trouvent un peu de divertissement, tant mieux!

Le Québec rural, c'est ça et plein d'autres choses encore. Je pourrais continuer longtemps.

Je suis fière d'appartenir à cet univers qui n'est pas du tout folklorique et bien réel. Gens de la ville, il faudrait peut-être vous en souvenir plus souvent. Et je dirais même, gens du gouvernement, ne fermez pas les yeux ni les oreilles sur les ruraux. Je sais bien que la majorité des Québécois vit en ville maintenant, mais si on est si fier de la grandeur de notre territoire et de ses richesses naturelles, on devrait aussi être fier de ceux qui ont choisi de l'habiter ce territoire!